Sahara occidental: la résolution américaine, un coup de force contre le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination

Par Kahina Hammoudi
Sous couvert de relancer un processus politique, les États-Unis tentent d’imposer au Conseil de sécurité une résolution qui fait de l’«autonomie» marocaine l’unique horizon du conflit du Sahara occidental. Une manœuvre qui vise, en réalité, à enterrer le droit imprescriptible du peuple sahraoui à choisir librement son avenir.
En réduisant les négociations à la seule proposition marocaine d’«autonomie», Washington cherche à imposer une issue déjà écrite, avant même que le dialogue n’ait commencé. La table des négociations se transformerait alors en simple décor destiné à légitimer l’occupation et le fait accompli colonial.
Un droit que personne ne peut confisquer
Le Sahara occidental n’est pas un différend frontalier ni un simple dossier régional. C’est la dernière colonie en Afrique, inscrite depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU, dont le peuple n’a jamais pu exercer son droit à l’autodétermination.
Ce droit est garanti par la Charte des Nations unies, par la résolution 1514 de l’Assemblée générale de 1960 et par l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice du 16 octobre 1975, qui a écarté tout lien de souveraineté territoriale entre le Sahara occidental et le Maroc.
Aucune formule d’« autonomie » accordée par Rabat ne peut se substituer à un référendum libre et authentique. L’« autonomie » n’est pas une solution : c’est une formule destinée à faire accepter l’occupation sous une apparence administrative.
Une MINURSO que l’on veut vider de son sens
Le projet américain porte atteinte à la MINURSO, créée par la résolution 690 du Conseil de sécurité en 1991 pour organiser un référendum d’autodétermination entre l’indépendance et l’intégration.
Proposer de supprimer le mot «référendum» de son appellation, réduire son mandat de maintien de la paix et retirer ses observateurs militaires, c’est vouloir effacer la mémoire même de la Mission et priver le territoire de ses derniers témoins internationaux.
Dans une région où les hostilités ont repris depuis le 13 novembre 2020, affaiblir la MINURSO revient à ouvrir la voie à l’impunité et à laisser le champ libre aux violations, loin des regards de l’ONU.
Washington, juge et partie
Comment un pays qui a reconnu, le 10 décembre 2020, la prétendue souveraineté marocaine sur le Sahara occidental peut-il se présenter en «facilitateur» neutre ? Washington est juge et partie dans ce dossier, et sa résolution en porte la marque.
En élargissant les consultations à des voix sahraouies extérieures au Front Polisario, le texte cherche à fragiliser la représentation légitime du peuple sahraoui, alors que la résolution 34/37 de l’Assemblée générale reconnaît le Front Polisario comme son représentant.
C’est une tentative claire de contourner l’interlocuteur légitime et d’imposer une négociation asymétrique, où une seule partie dicterait les règles, le calendrier et l’issue du règlement.
Un «deux poids, deux mesures» inacceptable
La résolution américaine condamne sélectivement certains faits, tout en passant sous silence les violences et les souffrances infligées à la population sahraouie sous occupation. Cette partialité discrédite le texte et trahit la mission du Conseil de sécurité, qui doit protéger la paix et le droit, non consacrer le rapport de forces.
Accepter une telle résolution reviendrait à récompenser l’occupation, à punir la victime et à envoyer un signal dangereux à tous les peuples qui luttent encore pour leur liberté.
Le peuple sahraoui ne négociera jamais son droit
Le peuple sahraoui n’a pas à mendier ce qui lui appartient. Son droit à l’autodétermination est inscrit dans le droit international et réaffirmé par une majorité écrasante d’États à l’Assemblée générale, où 152 pays ont soutenu la résolution annuelle sur le Sahara occidental le 15 octobre 2026.
La communauté internationale doit refuser ce projet et exiger le retour à un processus équitable, fondé sur le référendum et la libre volonté du peuple sahraoui. Car aucune « autonomie » sous tutelle ne remplacera jamais la liberté de choisir son destin.




