Afrique subsaharienne : le FMI promet la croissance, mais la dette guette

Par Riad El Hadi
Le Fonds monétaire international relève ses prévisions de croissance pour l’Afrique subsaharienne à 4,5% en 2026 et 2027, contre 4,3% auparavant. Une bonne nouvelle, en apparence. Mais derrière ce chiffre rassurant, le FMI décrit une région fragilisée par l’inflation, la dette et sa dépendance aux matières premières.
Une croissance qui ne profite pas à tous
Dans son rapport « Perspectives économiques régionales » d’octobre 2026, le FMI attribue cette amélioration à la capacité des économies africaines à s’adapter aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales et aux réformes menées localement. Les pays riches en ressources naturelles résistent mieux, tandis que les économies moins dépendantes des matières premières subissent un ralentissement de leur activité.
Cette croissance à deux vitesses dit l’essentiel : l’Afrique subsaharienne ne avance pas comme un bloc. Les pays exportateurs de pétrole, de gaz ou de minerais captent les bénéfices de la conjoncture, pendant que d’autres peinent à financer leurs besoins essentiels. La croissance existe sur le papier ; sa répartition reste le vrai problème.
L’inflation revient, les ménages trinquent
Le FMI prévoit une hausse du taux médian d’inflation dans la région, qui passe de 3,4% en 2025 à 4,3% en 2026, avant d’atteindre 5% en 2027. Derrière ces pourcentages, il y a le prix du pain, du transport, de l’énergie et des médicaments.
La résilience de la croissance ne nourrit pas les familles quand les prix montent plus vite que les salaires. Le FMI le dit lui-même : les pressions sur les prix persistent, malgré la reprise de l’activité économique.
La dette, la bombe à retardement
Le rapport met en garde contre la hausse de la charge des intérêts de la dette et le niveau limité des réserves dans de nombreux pays. Ces deux facteurs réduisent la capacité des États à affronter de nouveaux chocs, alors que les risques entourant les perspectives économiques restent orientés à la baisse.
Des États qui consacrent une part croissante de leur budget au remboursement de la dette n’investissent plus assez dans les hôpitaux, les écoles, les routes ou l’emploi des jeunes. La croissance annoncée par le FMI ne servira à rien si elle sert d’abord à payer les créanciers.
Ce que le FMI demande aux gouvernements
Le Fonds recommande de poursuivre l’assainissement des finances publiques, d’épargner les recettes exceptionnelles issues de la hausse des prix des matières premières et de protéger les catégories vulnérables. Il appelle aussi à maîtriser l’inflation, préserver l’investissement productif et renforcer la croissance du secteur privé.
Ces conseils sont justes, mais ils ne suffiront pas sans une gouvernance plus transparente. Tant que les recettes des ressources naturelles disparaissent dans des circuits opaques et que la dette sert à financer des projets de prestige, la croissance restera un chiffre réservé aux rapports internationaux.
L’Afrique subsaharienne n’a pas besoin d’une croissance proclamée par le FMI. Elle a besoin d’une croissance qui crée des emplois, protège les ménages et libère les États de la dépendance à la dette.
R. E.




