Maroc–Entité sioniste: six ans de normalisation, zéro dignité… le réveil d’un peuple

Par Kahina Hammoudi
Six ans après la normalisation avec l’entité sioniste, le peuple marocain n’a rien reçu — ni dignité, ni prospérité, ni souveraineté réelle. Il a surtout hérité d’une alliance de dépendance, d’une diplomatie de chantage et d’une trahison de plus en plus visible envers la cause palestinienne.
Aujourd’hui, les citoyens marocains refusent de se taire. Sur les réseaux sociaux, les langues se délient, les consciences s’éveillent et une critique de plus en plus ferme vise les pratiques du makhzen : soumission aux puissances étrangères, instrumentalisation de la cause palestinienne et priorité donnée aux intérêts du régime sur les besoins du peuple. Cette prise de parole ne relève pas d’une simple contestation conjoncturelle : elle traduit une conscience populaire qui commence à relier les injustices sociales, la dépendance diplomatique et la trahison politique.
Comme l’écrivait Lénine dans Que faire ? : «Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire». La conscience ne germe pas seulement dans la colère ; elle se construit lorsqu’elle devient compréhension, organisation et projet politique. Les Marocains qui dénoncent la normalisation ne défendent pas seulement une cause lointaine : ils défendent leur dignité, leur souveraineté et leur droit à décider de leur avenir.
Cette prise de conscience constitue déjà une forme de résistance. Car un peuple qui comprend les mécanismes de sa soumission cesse d’être un peuple silencieux. Il devient un acteur politique, capable de contester, de dénoncer et d’exiger une autre voie.

Une protection, pas un partenariat
Le Maroc n’a pas normalisé avec l’entité sioniste par conviction ni par intérêt populaire. Il l’a fait pour acheter la protection américano-sioniste, en échange de la reconnaissance par Donald Trump de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
Mais une reconnaissance présidentielle, accordée par un chef d’État sur le départ, n’est ni un traité contraignant ni une garantie durable. Rabat a troqué un principe — la solidarité avec la Palestine — contre une promesse politique précaire, sans pouvoir ni contrôle réel sur son allié.
Une colonisation sous une autre forme
Le protectorat français a appris au Maroc ce que signifie la dépossession : perdre la maîtrise de ses décisions, de ses ressources et de son destin. En s’alignant sur l’entité sioniste, le makhzen semble avoir oublié cette leçon ; il accepte une forme moderne de tutelle, où la sécurité, la technologie et la reconnaissance diplomatique dépendent de puissances étrangères.
Ce n’est pas une alliance entre égaux. C’est une relation de protection : le Maroc fournit la légitimité régionale, l’accès stratégique et la caution arabe ; en retour, il reçoit des promesses, des drones et une reconnaissance fragile.
1967 : la première trahison
La trahison de la cause palestinienne ne date pas de 2020. Elle commence bien avant, en 1967, lorsque la guerre des Six Jours a entraîné l’occupation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de Gaza.
Le Maroc a alors affiché sa solidarité arabe, mais cette solidarité n’a jamais été traduite en une politique cohérente, efficace et durable. Depuis, la cause palestinienne a été progressivement réduite à un discours de circonstance, tandis que les intérêts du régime prenaient le dessus. La normalisation de 2020 n’est donc pas une rupture : c’est l’aboutissement d’une longue dérive.
Six ans, aucun gain populaire
Six ans après, que reste-t-il pour le peuple marocain ? Rien de concret. Pas d’eau garantie, pas d’emploi stable, pas d’école digne, pas de système de santé accessible, pas de justice sociale.
Pendant que les élites se projettent à l’international et célèbrent des accords techniques, une partie du pays attend encore l’essentiel. La normalisation n’a pas amélioré la vie des Marocains ; elle a surtout renforcé l’image d’un royaume qui s’enrichit et se met en scène, tandis que son peuple attend un peu de pain et d’eau.
Une opinion sacrifiée
L’écart entre le pouvoir et la population est devenu impossible à masquer. En 2022, seuls 31% des Marocains se déclaraient favorables à la normalisation, selon Arab Barometer.
Depuis, les manifestations pro-palestiniennes n’ont cessé de rappeler ce rejet. À Casablanca, Rabat ou ailleurs, des dizaines de milliers de personnes ont demandé la suspension du rapprochement avec Tel-Aviv, tandis que les voix critiques faisaient face à des pressions judiciaires et sécuritaires.
Une politique qui doit réprimer le dissentiment pour survivre n’est pas une politique populaire. C’est une politique imposée.
Une diplomatie de chantage
La diplomatie marocaine, si l’on peut encore l’appeler ainsi, repose de plus en plus sur le rapport de force et la pression. Les crises migratoires autour de Ceuta et Melilla ont été utilisées comme leviers contre l’Espagne et l’Union européenne, créant des tensions entre États membres et alimentant une instabilité régionale.
Cette méthode peut produire des effets immédiats, mais elle détruit la confiance. Une diplomatie fondée sur le chantage, la pression migratoire ou la calomnie ne bâtit pas d’alliances durables ; elle isole et affaiblit.
Ceuta et Melilla : l’allié qui choisit Madrid
Le paradoxe est devenu brutal lorsque l’entité sioniste, par la voix de représentants de son ambassade en Espagne, a reconnu la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla. Cette position contredit directement les revendications marocaines et révèle la fragilité d’une alliance fondée sur l’intérêt immédiat.
Rabat a voulu acheter la protection israélo-américaine, mais il découvre que son allié peut rejoindre Madrid sur une question que le Maroc considère comme vitale. C’est la loi du rapport de forces : celui qui dépend d’un protecteur ne peut pas exiger la loyauté de ce protecteur.
Le Sahara : une promesse non tenue
Sur le Sahara, la normalisation n’a rien réglé. La reconnaissance américaine de 2020 a été présentée comme une « victoire » historique, mais elle n’a ni mis fin au conflit ni obtenu un consensus international autour du plan d’ »autonomie » marocain.
La promesse de Donald Trump de régler le dossier rapidement n’a jamais été tenue. Plus de six ans après, le Maroc est revenu au point de départ : un conflit non résolu, des négociations fragiles et une reconnaissance diplomatique qui ne suffit pas à imposer une solution.
Une dignité à reconquérir
Le Maroc n’a pas gagné avec la normalisation. Il a perdu en dignité, en cohérence morale et en indépendance stratégique. Il a accepté de sacrifier la cause palestinienne pour une protection américano-sioniste qui ne le protège pas vraiment.
La vraie question n’est pas de savoir ce que le Maroc a gagné. Elle est de savoir pourquoi le makhzen continue de choisir la dépendance, le chantage et la trahison plutôt que la dignité, la justice et la souveraineté réelle.
Un peuple qui se réveille ne se rendort plus
Six ans après, la normalisation n’a rien donné au peuple marocain, sinon l’humiliation, la dépendance et la trahison. Mais quelque chose a changé : les consciences s’éveillent, les langues se délient et la rue commence à reprendre la parole. Des manifestations dans une quarantaine de villes rappellent que le rejet de la normalisation ne faiblit pas.
Le peuple marocain n’a pas besoin d’un protecteur étranger pour exister. Il a besoin de dignité, de justice et de souveraineté. Tant que le makhzen choisira la dépendance et la trahison plutôt que la dignité et la justice, la colère continuera de grandir. Car un peuple qui se réveille ne se rendort plus facilement.
K. H.




