Le Mali au bord de l’abîme sécuritaire: entre terrorisme, ingérences et sauvegarde de la souveraineté

Par Kahina Hammoudi
Le Mali traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus critiques de son histoire, plongé dans une crise sécuritaire d’une ampleur inédite qui menace directement son unité territoriale et la stabilité de tout le Sahel. Dans la foulée d’attaques coordonnées dans plusieurs villes du pays, impliquant à la fois des groupes jihadistes et des éléments de la rébellion touareg, les autorités maliennes ont été frappées de plein fouet, avec des pertes de haut niveau au sein de l’armée et de l’appareil sécuritaire. Selon des analyses régionales, non seulement le Nord et le Centre, déjà structurés comme «zones de guerre» depuis une décennie, mais aussi des axes stratégiques proches de Bamako semblent désormais sous la menace directe de réseaux armés de plus en plus offensifs.
Une situation «exceptionnelle» selon Bassem Laredj
Le docteur Bassem Laredj, docteur en droit international, analyste en stratégie géopolitique et président-fondateur du cabinet conseil Amane Risk Consulting, estime, dans son intervention à l’émission L’invité du jour de la Radio Algérienne, que la situation au Mali est «on ne peut plus préoccupante» et que tous les scénarios restent possibles. Partant des attaques simultanées dans plusieurs villes, de l’assassinat du ministre de la Défense et de plusieurs cadres militaires, ainsi que de l’exfiltration du chef de la junte, M. Laredj qualifie la configuration actuelle de «situation sécuritaire exceptionnelle», qui met en cause la survie même de l’architecture étatique malienne.
Pour l’analyste, cette escalade témoigne d’une recomposition profonde des rapports de force entre État, armées, groupes armés et acteurs régionaux, dans un contexte où la souveraineté de Bamako apparaît de plus en plus contrainte par des influences extérieures, des intérêts géopolitiques contradictoires et une absence de consensus national autour d’un projet de sortie de crise. Bassem Laredj insiste sur la nécessité de «doubler les efforts» à la fois sur le plan militaire, politique et diplomatique pour préserver la souveraineté du Mali, avant que le pays ne glisse vers une balkanisation de fait ou une fragmentation de sa zone de contrôle.
L’Algérie, un appui constant à l’unité du Mali
Dans ce contexte, la position de l’Algérie se distingue par sa cohérence et son refus systématique de toute ingérence étrangère. Lundi 27 avril 2026, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, M. Ahmed Attaf, a réaffirmé, lors d’une déclaration à la presse, la position «claire et constante» de l’Algérie en soutien à l’unité du Mali, son territoire, son peuple et ses institutions, ainsi que son «rejet catégorique» de toutes les formes et manifestations du terrorisme.
Interprétant l’expression officielle du ministre comme une mise en garde et une ligne de conduite, Bassem Laredj rappelle que la doctrine classique de l’État algérien, forgée dans l’expérience douloureuse de la décennie noire, postule que l’unité nationale et la préservation de la souveraineté sont les seuls remparts efficaces contre le chaos et l’ingérence. Le Dr Laredj souligne, à l’appui des propos de M. Attaf, que les tentatives d’imposer de l’extérieur des modèles de sortie de crise, comme cela a été le cas en Libye, n’ont produit que des scénarios catastrophiques et une aggravation des crises politico‑sécuritaires.
Terrorisme, ingérences et cohésion nationale
Le ministre Attaf a également insisté sur le fait que «la cohésion nationale au Mali constituent le meilleur rempart contre le terrorisme et un bouclier solide pour faire face à ce fléau avec l’efficacité requise». Cette déclaration, dans la lecture de Bassem Laredj, doit être comprise comme un cri d’alerte adressé non seulement à la junte mais aussi à l’ensemble des acteurs politiques, sociaux et civils du Mali, appelés à dépasser les clivages historiques entre communautés et régions pour reconstruire un socle de confiance autour de l’État.
L’analyste souligne cependant que la lutte antiterroriste ne peut se limiter à des opérations militaires, aussi spectaculaires soient‑elles. Sans une dimension politique, sociale et économique, sans une véritable réconciliation nationale et une reddition de comptes encadrée, les groupes armés trouvent toujours des relais dans les zones de marginalisation, les grievance identitaires et les frustrations économiques. C’est là, selon lui, que la «doctrine algérienne» trouve tout son sens : une approche centrée sur la souveraineté, la cohésion interne et la prévention de l’ingérence, plutôt que sur des interventions militaires étrangères ou des solutions imposées de l’extérieur.
Impacts régionaux et vigilance algérienne
Au‑delà du Mali lui‑même, la dégradation sécuritaire du pays a des répercussions directes sur toute la bande sahélienne, notamment pour l’Algérie, pays frontalier et partenaire historique. Des études spécialisées montrent que la crise malienne alimente les flux d’armes, de combattants et de radicalisation, tout en pesant sur les équilibres économiques et migratoires de la région.
Dans ce cadre, Bassem Laredj et Ahmed Attaf convergent sur un constat clé : la préservation de la souveraineté du Mali ne concerne pas seulement Bamako, mais aussi la stabilité globale du Sahel et, par voie de conséquence, la sécurité extérieure de l’Algérie. L’analyste conclut que la situation actuelle impose aux États de la région, notamment à l’Algérie, de renforcer la coordination politique et sécuritaire, tout en restant intransigeants sur le principe de non‑ingérence, afin d’éviter que le Mali ne devienne un nouveau théâtre de guerre par procuration.
K. H.




