Assises de la mémoire : l’Algérie plaide pour une gouvernance institutionnelle

Les participants aux travaux de la 2e session des Assises nationales sur la mémoire et l’histoire, tenue jeudi à Alger, ont appelé à renforcer la protection de la mémoire nationale face aux mutations internationales et numériques, à travers la mise en place d’une gouvernance institutionnelle de la mémoire et la construction d’un récit national solide, capable de contrer les tentatives de désinformation et de falsification.
Dans ce contexte, le professeur de relations internationales, Mohamed Amroune, a souligné, lors d’une conférence qu’il a animée, intitulée » La mémoire nationale, l’identité et la souveraineté à l’ère des mutations internationales et numériques », que la notion de souveraineté dépasse désormais les domaines traditionnels, compte tenu de la multiplicité des domaines de mesure de la puissance des Etats et du recul du rôle des médias traditionnels dans la formation de la conscience chez les nouvelles générations, face à l’émergence de médias numériques échappant au contrôle de l’Etat.
M. Amroune, également président de la Commission des affaires étrangères, de la coopération internationale et de la communauté algérienne à l’étranger au Conseil de la nation, a également abordé le concept de souveraineté narrative, soulignant que les Etats ne peuvent contrôler l’ensemble des contenus diffusés dans l’espace numérique, d’où la nécessité de construire un récit national solide, capable de faire face aux récits erronés.
De son côté, le membre du Comité scientifique de la Commission nationale Histoire et Mémoire, Abdelkader Baghdad Bey, a indiqué, lors d’une conférence intitulée « La gouvernance de la mémoire nationale, du concept aux politiques publiques », que la gouvernance de la mémoire nécessite la mise en place de cadres institutionnels et d’instruments clairement définis encadrant la gestion de la mémoire nationale, en vue de garantir la continuité et l’efficacité des efforts déployés, faisant, à cet égard, une distinction entre celle-ci et la commémoration, cette dernière étant liée aux événements et aux occasions commémoratives.
M. Baghdad Bey, également doyen de la Faculté des sciences humaines et sociales de l’Université de Relizane, a défini plusieurs principes devant fonder la gouvernance de la mémoire, notamment la crédibilité scientifique reposant sur les documents et la méthodologie historique, la transparence dans la production et l’accès au savoir, la définition des responsabilités des institutions et leur soumission à l’obligation de rendre compte, ainsi que la participation, l’échange, la continuité et l’évaluation périodique.
Dans le même contexte, il a formulé plusieurs recommandations, dont l’élaboration d’un inventaire national des fonds d’archives disponibles à l’intérieur et à l’extérieur du pays, la création d’un portail numérique unifié permettant aux chercheurs d’accéder aux archives, ainsi que le lancement d’un programme national d’histoire orale visant à recueillir et à documenter les témoignages des moudjahidine et des témoins de la Révolution, en collaboration avec les universités et conformément à un protocole unifié d’enregistrement et de conservation.
Tenus au Centre national d’études et de recherche sur la Résistance populaire, le Mouvement national et la Révolution du 1er Novembre 1954 (CNERMN54), les travaux de cette 2e session se sont déroulés en présence d’enseignants, d’historiens, de membres de la famille révolutionnaire, ainsi que de cadres du ministère des Moudjahidine et des Ayants-droit.
Pour rappel, les Assises nationales sur la mémoire et l’histoire, lancées le 27 octobre dernier, constituent un espace national de dialogue scientifique, de production de connaissances, d’échange d’expériences et d’élaboration de propositions au service de la mémoire nationale et du développement des mécanismes de sa préservation.
Organisées par le ministère des Moudjahidine et des Ayants-droit, ces Assises s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre des orientations du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, au regard de l’importance de la mémoire nationale dans la protection de l’identité, le renforcement du sentiment d’appartenance et la consolidation des connaissances historiques.




