Controverse en Mauritanie : Qui se cache derrière la saisie du ciment algérien à Nouadhibou ?

Par Kahina Hammoudi

L’information a d’abord été révélée par le site mauritanien Kassataya.com, dans un article publié le 17 juin 2025, avant d’être relayée et approfondie par Elayem News.

Depuis, la saisie d’un lot de ciment algérien à Nouadhibou alimente un vif débat dans les milieux économiques et politiques mauritaniens, soulevant de nombreuses interrogations sur la transparence de la gestion de la zone franche et sur les jeux d’influence qui l’entourent.

Depuis plusieurs mois, un débat semble agiter la Mauritanie autour de la saisie d’un lot de ciment algérien, estimé à environ deux mille tonnes, destiné à la zone franche de Nouadhibou après son importation par une entreprise mauritanienne théoriquement autorisée à agir dans le cadre légal régissant cette zone économique spéciale.

Située sur la côte atlantique, Nouadhibou, deuxième ville la plus dynamique du pays, abriterait un port minéralier et commercial, un aéroport international ainsi que plusieurs infrastructures industrielles et touristiques, ce qui ferait d’elle la porte maritime du pays vers l’Afrique du Nord et l’Europe.

L’affaire dépasserait son cadre commercial initial pour se muer en un dossier national sensible, soulevant des interrogations profondes quant à la transparence des décisions économiques, aux limites du pouvoir administratif, et à la capacité de l’État à faire prévaloir le principe de la primauté du droit face aux ingérences et aux intérêts partisans.

Fondée en 2013, la zone franche de Nouadhibou aurait pour objectif de créer un espace économique apportant une flexibilité juridique et financière aux investisseurs, favorisant la liberté d’initiative et la concurrence dans un environnement organisé pour encourager les flux de capitaux nationaux et étrangers. Cependant, la récente saisie susciterait des questions sur l’application effective de ce modèle et sur le degré d’engagement des autorités envers les valeurs fondatrices de la zone.

Selon des documents officiels et des correspondances, il semblerait que ce ne soit pas la première fois qu’un incident de ce type se produise dans la zone, un cas comparable ayant été enregistré en mai 2025, avec la saisie d’un lot similaire sur la base d’une plainte d’une entreprise locale active dans la transformation du clinker.

Cette mesure, qui reposerait sur des «informations douteuses », aurait conduit le ministère des Finances à ordonner la saisie des marchandises, occasionnant pour l’investisseur concerné des pertes financières importantes, notamment en raison de frais de stockage élevés et de préjudices commerciaux.

Les correspondances indiqueraient par ailleurs que l’activité de l’entreprise importatrice s’inscrirait dans une stricte conformité avec les règles de la zone franche et les réformes fiscales récentes, poussant ses dirigeants à exiger la levée de la saisie et la reconnaissance de leurs droits.

Certaines parties justifieraient la saisie par la volonté de « protéger l’industrie nationale », un argument contesté sur le plan juridique et économique, puisque la philosophie même de la zone franche reposerait sur la promotion de la concurrence et l’attraction des investissements étrangers sans les soumettre aux contraintes fiscales du marché local.

Ce cas révèlerait ainsi des enjeux profonds relatifs à la clarté des politiques économiques et à la cohérence du cadre juridique d’investissement.

L’analyste stratégique Abdellah Ould Bounah aurait déclaré dans un entretien au journal Elayem News « qu’une ingérence hors cadre légal dans l’investissement pourrait porter un coup fatal à la confiance des acteurs économiques locaux et étrangers ».

Il aurait également souligné que cette situation risquerait d’être particulièrement préjudiciable dans un contexte où la Mauritanie cherche à attirer des capitaux pour des projets stratégiques dans l’énergie, les infrastructures et l’industrie manufacturière.

L’affaire prendrait donc une dimension plus large que les seuls intérêts économiques, reflétant la capacité de l’État mauritanien à équilibrer la protection de ses intérêts nationaux et la construction d’un environnement d’affaires libre et normé.

L’investisseur, qu’il soit national ou étranger, ne chercherait pas uniquement des incitations mais des garanties sécurisant son activité contre l’instabilité administrative et les conflits d’intérêts.

Le dossier constituerait un test pour la maturité économique du pays, offrant une occasion de clarifier et de renforcer la gestion de la zone franche de Nouadhibou afin d’éviter toute confusion entre souveraineté économique et ouverture au marché régional. L’État aurait à choisir entre défendre la transparence et la loi, ou laisser place à des pratiques susceptibles de raviver une bureaucratie obsolète.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page