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«Extremisme violent» à l’ONU: Quand le makhzen choisit son camp… et tourne le dos à Gaza

Derrière les formules diplomatiques et les appels généraux à la paix se dessine une orientation claire : préserver les acquis de la normalisation, malgré l’indignation populaire et l’urgence palestinienne.

Par Kahina Hammoudi 

Alors que les images de Gaza continuent de montrer des civils broyés sous les bombes, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a prononcé un discours à l’Assemblée générale des Nations unies qui a fait l’effet d’une gifle pour des milliers de Marocains.

En insistant sur la lutte contre «l’extrémisme violent», sans nommer clairement les responsabilités de l’État sioniste dans le carnage en cours, Rabat a une nouvelle fois révélé sa priorité : ménager ses nouveaux alliés, au prix d’un alignement sémantique avec la narration de l’occupation sioniste.

Un discours qui parle de «lutte contre l’extrémisme»… mais pas assez des morts à Gaza

Dans son intervention, Bourita a appelé à «sanctionner les pays qui financent, abritent et arment des groupes armés non étatiques» et a présenté des initiatives marocaines de «contre-radicalisation» comme contribution à la stabilisation du Moyen-Orient. Il a certes évoqué la nécessité d’un cessez-le-feu et de l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza, mais c’est bien la grille de lecture sécuritaire – «extrémisme», «groupes subversifs», «stabilisation» – qui a structuré son propos.

Pour les critiques, ce langage n’est pas neutre: il reprend, peu ou prou, la rhétorique utilisée par Israël et ses soutiens pour qualifier la résistance palestinienne, tout en diluant la responsabilité première d’une guerre menée contre une population entière. Dans un contexte où des dizaines de milliers de Palestiniens ont été tués et où les infrastructures civiles sont pulvérisées, mettre l’accent sur la «lutte contre l’extrémisme» revient, pour beaucoup, à inverser les rôles : l’agresseur devient garant de la sécurité, les résistants deviennent la menace.

Normalisation accélérée avec Israël : le vrai visage de la diplomatie marocaine

Ce discours ne tombe pas du ciel. Il s’inscrit dans une dynamique de normalisation de plus en plus poussée avec Israël, officialisée en 2020 via les accords d’Abraham et régulièrement approfondie depuis. Rabat et Tel-Aviv viennent ainsi de convenir d’élever leurs représentations au rang d’ambassades et d’échanger des ambassadeurs, malgré une opinion publique massivement hostile à ce rapprochement.

Dans le même temps, la coopération militaire et sécuritaire entre les deux pays se renforce, avec des exercices conjoints, des transferts de technologies et un appui israélien explicite à la position marocaine sur le Sahara occidental. Pour les opposants à la normalisation, le discours de Bourita à l’ONU n’est que la traduction diplomatique de ce marchandage : en contrepartie de gains géopolitiques, le Maroc accepte de s’aligner sur un récit qui minimise les crimes de guerre à Gaza et criminalise toute forme de résistance armée palestinienne.

Un fossé béant entre le Makhzen et la rue marocaine

Pendant que la diplomatie officielle file doux avec Israël, la rue marocaine, elle, ne décolère pas. Depuis le début de la guerre à Gaza, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Rabat, Casablanca, Tanger et ailleurs, réclamant la rupture des relations avec l’entité sioniste et dénonçant la complicité du régime. Des collectifs comme le Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation appellent régulièrement à des mobilisations nationales, tandis que des ports sont bloqués et des drapeaux israéliens brûlés en signe de protestation.

Les sondages et enquêtes d’opinion montrent un effondrement du soutien à la normalisation : selon l’Arab Barometer, l’adhésion à ce processus est passée de 31% en 2022 à 13% après le 7 octobre 2023. Pourtant, ni le gouvernement ni le Palais ne semblent prêts à infléchir leur cap. Pour les militants, cela confirme que la politique étrangère marocaine se décide sans le peuple, voire contre lui, au nom d’intérêts perçus comme ceux d’une élite coupée des réalités populaires.

Quand la «stabilisation» sert à masquer l’injustice

En proposant d’envoyer des officiers, un hôpital militaire de campagne et des programmes de «lutte contre l’extrémisme» à Gaza, le Maroc se pose en acteur «responsable» de la stabilisation régionale. Mais pour ses détracteurs, cette posture humanitaire et sécuritaire sert surtout à blanchir une politique étrangère qui, dans les faits, consolide l’ordre imposé par Israël et ses alliés.

Parler de «contre-radicalisation» sans exiger de comptes sur les bombardements de civils, les sièges humanitaires et les violations systématiques du droit international, c’est, selon ces voix, participer à une forme de schizophrénie diplomatique : d’un côté, on affiche un soutien de principe à la cause palestinienne ; de l’autre, on normalise, on coopère militairement et on adopte le vocabulaire de l’occupant.

Un choix politique assumé : celui du réalisme cynique contre la solidarité populaire

Au fond, le discours de Bourita à l’ONU ne révèle rien de nouveau : il confirme que le Makhzen a fait son choix. Face à la guerre à Gaza, il a opté pour un «réalisme» cynique, où les calculs géostratégiques (soutien américain, dossier du Sahara, partenariats sécuritaires) l’emportent sur toute exigence de justice ou de solidarité réelle avec le peuple palestinien.

Ce faisant, il creuse un peu plus le fossé entre une diplomatie d’État de plus en plus alignée sur les priorités occidentales et israéliennes, et une opinion publique marocaine qui, elle, continue de voir dans la Palestine une cause centrale, symbolique de toutes les luttes contre l’oppression. Le prix politique de ce décalage, à moyen terme, pourrait bien être plus lourd que les gains immédiats recherchés par Rabat.

K. H. 

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