Sahara occidental: Saïd Ayachi dénonce une tentative de dénaturer la cause sahraouie
Ce que l’on tente aujourd’hui de faire au Conseil de sécurité ne relève pas d’une simple réforme technique. C’est une offensive diplomatique contre la mémoire, le droit et l’avenir du peuple sahraoui. En voulant dénaturer le dossier du Sahara occidental, ses promoteurs cherchent à transformer une cause de décolonisation en un banal contentieux régional, à désamorcer la question du référendum et à légitimer, à petit feu, une occupation imposée par la force.

Par Kahina Hammoudi
Le président du Comité national algérien de solidarité avec le peuple sahraoui (CNASPS), Saïd Ayachi, a lancé dimanche un avertissement sans détour : le projet de résolution soumis récemment aux membres du Conseil de sécurité des Nations unies vise, selon lui, à «dénaturer complètement» le dossier du Sahara occidental.
Derrière les formulations prudentes des textes onusiens se cache une ambition claire : faire oublier que le Sahara occidental demeure un territoire non décolonisé, dont le peuple n’a jamais renoncé à son droit inaliénable à l’autodétermination.
Sur les ondes de la Radio algérienne, Ayachi a rappelé une vérité que les manœuvres diplomatiques cherchent à effacer : le Sahara occidental n’est pas un simple différend territorial, mais une question de décolonisation. Il a accusé le Maroc et ses soutiens de vouloir faire entrer dans la légalité internationale un fait accompli colonial, imposé par la force au peuple sahraoui.
Une situation dangereuse pour la MINURSO
Interrogé sur le non-renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), le président du CNASPS a qualifié la situation de «dangereuse». Toutefois, il estime que la bataille diplomatique n’est pas terminée : des discussions se poursuivent dans les couloirs du Conseil de sécurité, notamment entre les membres permanents, à la recherche d’une issue.
Pour Ayachi, quelle que soit la formule retenue — revitalisation, reconduction ou remplacement —, il doit exister un instrument onusien pour continuer à traiter ce conflit. «Il faudra bien un instrument des Nations unies dans le dossier, puisqu’il reste au niveau de l’ONU et au niveau du Conseil de sécurité», a-t-il insisté.
Supprimer le référendum, vider la cause de son sens
Le cœur de la manœuvre, selon Saïd Ayachi, réside dans la redéfinition de la mission de la MINURSO. Il dénonce notamment l’objectif de supprimer la lettre «R» de son acronyme — celle du mot référendum — afin de transformer une mission créée pour permettre l’autodétermination du peuple sahraoui en un simple dispositif de gestion d’un statu quo colonial.
Sans référendum, il n’y a plus de décolonisation. Sans décolonisation, il n’y a plus qu’un fait accompli que l’on veut faire passer pour une normalité. C’est exactement ce que dénonce Saïd Ayachi : une volonté de sortir le dossier du cadre des Nations unies, de le soustraire au droit international et de le réduire à un «dossier ordinaire», sans les obligations ni les sanctions que ce droit impose.
Sortir le Sahara de l’ONU : l’objectif du Makhzen
Saïd Ayachi estime que le souhait du Makhzen est clair : faire sortir le dossier de la décolonisation du Sahara occidental du cadre des Nations unies, pour le réduire à un «dossier ordinaire», débarrassé des obligations et des sanctions du droit international.
Une stratégie qui vise à isoler les Sahraouis, à banaliser l’occupation et à imposer progressivement la reconnaissance d’une annexion jamais consentie par le peuple concerné. Face à cette offensive, la cause sahraouie demeure, pour ses défenseurs, une cause anticoloniale, légale et légitime : celle du droit inaliénable d’un peuple à l’autodétermination.
Le Makhzen veut peut-être faire sortir le Sahara occidental de l’ONU. Il ne pourra pas le faire sortir de l’histoire. Il ne pourra pas effacer des décennies de résistance sahraouie, ni faire disparaître la légitimité internationale d’une cause née du refus du colonialisme.
Le Sahara occidental n’est pas une monnaie d’échange. Ce n’est ni un dossier de gestion, ni un problème de sécurité à encapsuler dans une résolution consensuelle. C’est une question de justice, de droit et de liberté. Tant que le peuple sahraoui n’aura pas pu s’exprimer librement, la communauté internationale restera face à son devoir : défendre l’autodétermination, protéger la MINURSO dans sa vocation première et refuser toute dénaturation du dossier.
K. H.




