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Sahara occidental: le veto russe brise la machine à imposer le fait accompli

Par Kahina Hammoudi 

Ce vendredi 30 octobre 2026, le Conseil de sécurité des Nations unies a infligé un cinglant camouflet à Washington et à Rabat. Le projet de résolution américain sur le Sahara occidental, qui entendait faire du plan d’autonomie marocain l’unique base des négociations, n’a pas été adopté : 11 voix pour, un veto russe, trois abstentions.

Ce n’est pas un simple incident de procédure. C’est un rappel brutal : le Sahara occidental n’est pas une affaire privée à redistribuer entre alliés, ni un territoire dont l’avenir se décide dans les salons de la Maison-Blanche. C’est une question de décolonisation, et le peuple sahraoui n’a pas cessé d’exister parce que certains aimeraient l’effacer des textes.

Une manœuvre déguisée en renouvellement technique

Le texte américain se présentait comme une prorogation du mandat de la MINURSO. En réalité, il voulait bien plus : inscrire le plan d’autonomie marocain comme seule voie de règlement, réduire la composante militaire de la mission et modifier son intitulé, au moment même où le mandat arrivait à échéance.

Autrement dit, il s’agissait de faire passer une réécriture politique majeure sous couvert d’un renouvellement administratif. Rabat espérait transformer le Conseil de sécurité en chambre d’enregistrement de ses ambitions souverainistes. Washington a tenté de lui offrir ce passage en force. La Russie a dit non.

Le veto qui change la donne

Le veto russe n’a pas réglé le conflit, loin de là. Mais il a stoppé net une tentative de verrouiller le dossier autour d’une seule option, au mépris de la perspective référendaire et du droit à l’autodétermination des Sahraouis. Moscou a critiqué une « approche unilatérale », tandis que Pékin, Islamabad et Mogadiscio ont préféré s’abstenir plutôt que cautionner un texte jugé déséquilibré.

Onze voix pour, cela montre la puissance du lobbying américain et sioniste. Mais au Conseil de sécurité, onze voix ne suffisent pas lorsqu’un membre permanent pose son veto. La diplomatie ne se résume pas à compter les amis : elle repose aussi sur des principes que l’on ne peut pas brader à coups de communiqués et de pressions.

Rabat repart les mains vides

Le Maroc voulait une consécration. Il obtient un échec retentissant. Le plan d’autonomie n’a pas été érigé en « seule base » des négociations ; la MINURSO n’a pas été rebaptisée pour gommer la référence au référendum ; et le Conseil n’a pas validé la lecture unilatérale que Rabat cherchait à imposer.

Pire encore pour Rabat : le veto russe a été suivi du rejet du contre-projet russe, laissant la mission onusienne sans mandat renouvelé à l’approche de son expiration. Cette impasse est dangereuse, mais elle révèle surtout l’échec d’une stratégie fondée sur le fait accompli plutôt que sur un règlement politique équitable.

Le droit international n’est pas une option

Le Sahara occidental demeure un territoire non autonome, et l’autodétermination du peuple sahraoui reste le cœur du cadre onusien. On peut le trouver gênant, on peut tenter de le contourner, on peut même espérer l’enterrer sous des accords bilatéraux et des déclarations diplomatiques : il revient toujours.

Le message du 30 octobre est clair : aucun parrainage étranger, aussi puissant soit-il, ne remplace le consentement du peuple concerné. Tant que les Sahraouis ne pourront pas décider librement de leur avenir, aucun texte imposé d’en haut ne produira une paix durable.

La Russie n’a pas apporté la solution. Mais elle a empêché qu’on la confisque. Et cela, Rabat comme Washington devront désormais en tenir compte.

La voix de l’Algérie : l’autodétermination n’est pas négociable

Au terme de cette séance tendue, l’ambassadeur Amar Bendjama n’a pas mâché ses mots. Intervenant pour l’Algérie — pays voisin, pays d’accueil des réfugiés sahraouis et État attaché à la Charte des Nations unies — il a rappelé que le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination demeure « la référence fondamentale » de tout règlement du conflit.

« C’est la forme la plus évidente, la plus sûre et la plus incontestable pour le libre exercice, par un peuple, du choix de son propre avenir », a-t-il déclaré. Une phrase simple, mais qui démonte toute la rhétorique de ceux qui veulent substituer à un référendum une autonomie octroyée, contrôlée et révocable à volonté.

Bendjama a également remercié la Russie pour son projet de reconduction technique du mandat de la MINURSO, ainsi que les États qui ont refusé de s’associer à « une injustice » et à une « atteinte manifeste aux fondements » de l’Organisation. Derrière cette formule diplomatique se cache une accusation claire : le texte américain ne cherchait pas la paix, mais la légitimation d’un fait accompli.

L’Algérie n’a pas demandé à prendre la parole pour faire de la rhétorique. Elle l’a fait parce que le conflit pèse sur sa sécurité régionale, parce qu’elle héberge des centaines de milliers de réfugiés sahraouis et parce qu’elle refuse que la décolonisation devienne un mot vide, soigneusement évacué des résolutions.

Et voilà le nœud du problème : on peut multiplier les déclarations sur la paix, les partenariats et la stabilité ; tant que le peuple sahraoui n’est pas consulté librement, il n’y a ni paix, ni stabilité, ni légitimité. Il n’y a qu’un conflit qu’on tente d’enfouir sous les communiqués. Le veto russe a empêché un texte de passer ; la parole d’Alger a, elle, empêché que l’essentiel soit oublié : le Sahara occidental reste une question de décolonisation, et l’autodétermination demeure son horizon incontournable.

K. H. 

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