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Rupture de médicaments : une réunion stratégique demain au ministère

Par Kahina Hammoudi

Dans un climat marqué par une vigilance accrue autour de la disponibilité des médicaments en Algérie, une réunion stratégique se tiendra demain au ministère de l’Industrie pharmaceutique. Une rencontre qui se veut à la fois lucide et décisive, à l’heure où les tensions d’approvisionnement, bien que contenues, continuent d’alimenter les inquiétudes.

Invité de la chaîne 3 de la Radio algérienne, Mehdi Bouchene, vice-président du Snapo et membre de l’Observatoire national de veille sur la disponibilité des produits pharmaceutiques, a planté le décor : il ne s’agit plus seulement de constater, mais d’anticiper. Cette réunion périodique vise à mettre à plat, sans détour, les situations de rupture et de tension, en identifiant précisément les médicaments concernés et en ajustant les mesures nécessaires.

Derrière cette mobilisation, un objectif clair : préserver l’équilibre du marché national face à des perturbations internationales de plus en plus imprévisibles. Car si la situation reste globalement maîtrisée, elle n’en demeure pas moins fragile. Entre 30 et 60 produits sont actuellement signalés en tension ou en rupture, avec une distinction notable entre ceux encore disponibles mais difficiles d’accès, et ceux totalement absents des officines.

Les causes sont multiples et profondément structurelles : dépendance persistante aux matières premières importées, contraintes logistiques, arbitrages économiques des laboratoires. Certains médicaments, peu coûteux, ne trouvent tout simplement pas leur place dans une logique de rentabilité industrielle.

Face à cela, les autorités haussent le ton. Des commissions mixtes ont été déployées à travers les wilayas pour contrôler l’ensemble de la chaîne — producteurs, importateurs, distributeurs — et traquer toute anomalie. L’objectif est sans équivoque : s’assurer que les stocks existent bel et bien… et qu’ils arrivent jusqu’aux patients. Des sanctions sévères sont prévues en cas de manquements.

Mais au-delà des facteurs économiques et logistiques, un autre phénomène vient parfois aggraver la situation : celui des comportements. Mehdi Bouchene met en garde contre la spirale de la rumeur et du stockage excessif, qui peut artificiellement créer des pénuries et déséquilibrer le marché.

Pourtant, des signaux positifs émergent. Plusieurs médicaments ont récemment été remis en circulation, avec des délais de réapprovisionnement désormais compris entre 48 heures et cinq jours. Une amélioration tangible, fruit d’une coordination renforcée entre les différents acteurs du secteur.

Autre levier majeur : la production nationale. Aujourd’hui, 82 % des médicaments disponibles en officine sont fabriqués localement — un chiffre qui traduit une montée en puissance significative. Une avancée stratégique, même si elle appelle encore à davantage de diversification pour éviter toute dépendance à un fournisseur unique.

L’avenir, justement, se dessine à travers plusieurs projets industriels en cours. Parmi eux, la production locale de la lévothyroxine, aujourd’hui importée, pourrait voir le jour d’ici juin 2027, en partenariat avec un laboratoire allemand. Un pas de plus vers une souveraineté pharmaceutique assumée.

Dans un monde sous tension, l’Algérie ajuste ses équilibres. Entre régulation, production locale et coopération internationale, le défi est clair : garantir à chaque citoyen un accès équitable et durable aux médicaments.

K. H.

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