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Sahara occidental : nouvelle victoire à Madrid, le Congrès espagnol adopte la loi sur la nationalité sahraouie

Le Congrès espagnol a franchi, ce 10 septembre 2026, une étape décisive en adoptant une loi ouvrant la nationalité aux Sahraouis nés sous administration espagnole et à leurs enfants. Une victoire politique qui consacre l’existence d’un peuple distinct et place Rabat devant ses contradictions.

Par Kahina Hammoudi 

Le Congrès des députés espagnol a adopté, ce jeudi 10 septembre 2026, une proposition de loi ouvrant la voie à l’octroi de la nationalité espagnole aux Sahraouis nés lorsque le Sahara occidental était sous administration espagnole, ainsi qu’à leurs descendants directs. Un vote longuement redouté par Rabat, qui transforme une réparation symbolique attendue depuis cinquante ans en avancée politique concrète — et met le makhzen face à ses contradictions.

Le texte a été approuvé en séance plénière par 168 voix pour, 31 contre (Vox) et 145 abstentions (PP et Junts). Portée par la coalition de gauche Sumar et soutenue in fine par le PSOE, l’initiative franchit désormais une première étape décisive avant son examen au Sénat, où le processus législatif devra se poursuivre.

Une dette coloniale enfin reconnue

La proposition établit l’existence de «circonstances exceptionnelles» justifiant l’octroi de la nationalité par lettre de naturalisation (carta de naturaleza) aux personnes nées sur le territoire du Sahara occidental avant le 29 septembre 1977 — date retenue comme marquant la fin du processus de décolonisation — et à leurs enfants. Concrètement, cela signifie que des dizaines de milliers de Sahraouis — estimés à environ 80 000 bénéficiaires directs, et jusqu’à près de 200 000 en incluant les descendants selon certaines estimations — pourront entamer des démarches de recouvrement de la nationalité espagnole, qu’ils se trouvent en Espagne, dans les camps de Tindouf ou ailleurs dans le monde.

Le makhzen pris à son propre piège

Que ce texte fasse trembler le pouvoir marocain n’a rien d’étonnant. Toute la politique étrangère du royaume, ces dernières décennies, repose sur le déni pur et simple du droit à l’autodétermination des Sahraouis et sur la fiction d’une «marocanité» du Sahara occidental que ni le droit international, ni les Nations unies, ni l’histoire n’ont jamais entérinée. Accorder aux Sahraouis une nationalité qui leur soit propre, c’est acter, noir sur blanc, qu’ils ne sont pas une composante du royaume chérifien mais un peuple colonisé puis annexé — exactement ce que le makhzen s’emploie à faire oublier depuis 1975.

Reste une inconnue : la fermeté espagnole tiendra-t-elle jusqu’au bout du processus législatif ? Certains observateurs redoutent déjà des tentatives de dilution du texte au Sénat, voire une pression accrue sur le PSOE pour freiner l’application concrète de la loi. Un tel renoncement ne serait pas un choix souverain de Madrid, mais une nouvelle reddition face aux méthodes de chantage désormais bien identifiées de Rabat.

Ceuta, ou la preuve par les faits

Car ce chantage, l’Espagne vient d’en subir une démonstration grandeur nature. La crise migratoire des 30 et 31 juillet à Ceuta n’avait rien d’un mouvement spontané de désespoir : c’est ce qu’établit le rapport du Centre national espagnol de l’immigration et des frontières, validé par la justice. La magistrate en charge du dossier à l’Audiencia Nacional a retenu la participation active d’agents marocains, en uniforme comme en civil, dans l’organisation méthodique du passage des migrants vers la frontière — un dispositif orchestré depuis le territoire marocain, photos et vidéos à l’appui, diffusé sans le moindre embarras sur les réseaux sociaux comme un avertissement adressé à Madrid.

Le calendrier ne doit rien au hasard. Cette vague migratoire est survenue à peine une semaine après que la commission de la justice du Congrès a débloqué, avec le soutien socialiste, l’examen de la loi sur la nationalité des Sahraouis. Le message du Makhzen est sans ambiguïté : toute avancée sur le dossier sahraoui se paiera d’une instrumentalisation cynique des migrants comme arme de pression aux frontières — une méthode déjà éprouvée à plusieurs reprises face à l’Union européenne.

Une façade qui se lézarde

Cet épisode achève de fissurer la façade d’un partenariat hispano-marocain longtemps présenté comme un modèle de coopération stratégique. Depuis fin juillet, un climat clairement anti-marocain s’est installé dans l’opinion espagnole. En miroir, trois ministres marocains ont cru habile de raviver de vieilles revendications territoriales sur Ceuta et Melilla — signe que le pouvoir choisit une fois de plus l’escalade rhétorique plutôt que la moindre remise en question de ses propres pratiques.

L’avenir du Sahara occidental ne se décidera plus seulement dans les couloirs feutrés des chancelleries ou dans les résolutions oubliées de l’ONU. Il se joue désormais dans la capacité des démocraties à assumer leurs responsabilités historiques et à refuser la logique du fait accompli. Chaque avancée juridique, chaque reconnaissance de la spécificité sahraouie, chaque passeport délivré sur la base de cette loi est une pierre de plus dans l’édifice d’une souveraineté populaire que ni l’occupation ni le silence international n’ont réussi à effacer.

Le chemin reste long, semé d’embûches et de pressions. Mais ce jeudi 10 septembre 2026 restera une date charnière : celle où l’Espagne a choisi de regarder en face sa dette coloniale et, ce faisant, a offert au peuple sahraoui un levier supplémentaire pour écrire son propre avenir — libre, digne et enfin reconnu.

K. H. 

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