Maître Amina Chemami : « du souvenir colonial à la sanction juridique mondiale des crimes perpétrés »

Par Kahina Hammoudi
Directrice du Centre d’appui à la technologie et l’innovation, professeure à l’École nationale supérieure de journalisme et avocate chevronnée, Maître Amina Chemami a décortiqué, ce lundi, les propos du président Abdelmadjid Tebboune tenus au sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, en particulier sur la criminalisation des exactions coloniales.
À l’antenne de «L’invité du jour» sur la chaîne 3 de la Radio algérienne, elle a balayé d’un revers de main la simple commémoration : «L’Algérie ne se contente plus de la mémoire. Elle pilote une révolution juridique à l’échelle internationale», lance-t-elle avec force. «Il s’agit de franchir le cap : transformer la mémoire coloniale en qualification juridique universelle des crimes commis, pour entrer dans l’ère de la responsabilité internationale des forfaits coloniaux».
Le droit, arme de souveraineté affûtée
Pour l’avocate, le droit s’impose désormais comme «un levier stratégique majeur». «Il est devenu l’instrument même de la souveraineté. L’Algérie l’manie avec une sérénité calculée, une profondeur tactique, érigeant la mémoire en forteresse juridique», décrypte-t-elle. L’approche algérienne, ancrée dans le droit international, mise sur la précision légale plutôt que sur l’affrontement politicien.
Trois piliers structurent cette offensive. D’abord, «la traque impitoyable des archives sur les crimes coloniaux» : documents militaires, rapports officiels, témoignages gravés dans le marbre.
«On fouille les recoins les plus sombres», insiste-t-elle.
Le deuxième pilier : «la qualification juridique», via un projet d’incrimination des crimes coloniaux en examen aux échelons nationaux, calibré sur des normes internationales irréprochables.
Enfin, le troisième : « l’offensive multilatérale africaine», en mobilisant les rouages continentaux. Elle nomme les cibles : Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples, Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, instances spécialisées de l’Union africaine. « Il faut les assaillir avec des preuves blindées », martèle-t-elle.
Ces munitions ? Archives accablantes, témoignages de survivants, expertises démographiques sur l’hécatombe algérienne, exodes forcés, doctrine de la terre brûlée. «Les archives ne mentent pas. Massacres, destructions systématiques : tout est là, noir sur blanc», assène-t-elle.
Questionnée sur la Cour pénale internationale, Maître Chemami rappelle sans trembler : «Crimes contre l’humanité, crimes de guerre, génocide tombent sous sa juridiction. Imprescriptibles. Ces forfaits internationaux défient le temps». Les éléments accumulés, dit-elle, pèseraient lourd au bureau du procureur.
L’Afrique, de victime à juge du monde
Au-delà des réparations, fussent-elles symboliques, elle y voit un basculement continental. «L’Afrique mute : de victime passive, elle devient législateur global», proclame-t-elle, en applaudissant la Commission de l’Union africaine pour le droit international qui forge le colonialisme en crime contre l’humanité.
«Fini le relativisme historique. Le colonialisme ? Un système de domination méthodique», tranche-t-elle. Cette reconnaissance juridique internationale marque le pas décisif vers une accountability totale.
K. H.




