Le Président Tebboune : «Pas de froid avec la Russie», l’Algérie ne choisira pas de camp

Par Kahina Hammoudi
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a affirmé que l’Algérie reste attachée à ses relations avec la Russie, les États-Unis et la Chine. Elle refuse de limiter ses partenariats extérieurs à un seul camp international. Selon lui, le choix des partenaires obéit à l’intérêt national, et les relations algéro-russes n’ont connu aucun refroidissement : elles reposent sur un parcours historique et sur le principe de l’avantage mutuel.
Lors de sa rencontre périodique avec la presse nationale, le chef de l’État a déclaré que les relations avec la Russie «existent depuis avant l’indépendance et n’ont pas changé». Il a précisé qu’elles reposent sur le bénéfice partagé, avant de démentir tout refroidissement.
Le contexte historique va dans ce sens. Ces relations remontent à la guerre de libération, période durant laquelle l’Union soviétique a soutenu l’Algérie. Des relations diplomatiques ont ensuite été établies avec le Gouvernement provisoire de la République algérienne le 23 mars 1962, avant la proclamation de l’indépendance le 5 juillet de la même année.
Le président Tebboune a ajouté que l’Algérie ne « sacrifiera » ni sa relation avec la Russie, ni celles qu’elle entretient avec les États-Unis ou la Chine. Sa politique étrangère ne repose pas sur une hiérarchie entre ces puissances ni sur un alignement sur l’une d’elles au détriment des autres. Certains estiment, a-t-il dit, que l’Algérie doit rejoindre un camp en abandonnant l’autre, mais elle « ne le fera pas », et personne n’a le droit de lui demander des comptes sur le choix de ses partenaires.
Ces déclarations interviennent alors que l’Algérie mène trois partenariats parallèles avec ces puissances.
Avec Moscou, les présidents Tebboune et Poutine ont signé en juin 2023 la déclaration de partenariat stratégique approfondi, qui a élargi le cadre politique et économique de la coopération. Cette dynamique s’est poursuivie en 2026 avec la 13ᵉ session de la commission intergouvernementale mixte algéro-russe, tenue à Moscou. Elle a porté sur les hydrocarbures, les mines, l’énergie, les industries de transformation, les énergies renouvelables et l’usage pacifique de l’énergie nucléaire.
Avec Washington, l’Algérie a maintenu des canaux de dialogue politique, économique et sécuritaire. Lors de la visite à Alger du sous-secrétaire d’État américain Christopher Landau en avril 2026, les discussions ont couvert l’énergie, l’investissement, le commerce, l’agriculture, l’innovation, le transport aérien et l’enseignement supérieur, ainsi que des dossiers régionaux. Le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a de nouveau rencontré M. Landau à New York en septembre 2026 pour faire le point sur les relations bilatérales et la poursuite du renforcement de la coopération.
Avec Pékin, un partenariat stratégique global lie les deux pays depuis 2014, auquel s’ajoute le deuxième plan quinquennal de coopération stratégique 2022-2026. Les échanges commerciaux entre l’Algérie et la Chine ont atteint 15,25 milliards de dollars en 2025, en hausse de 22,2 %, selon les données de l’ambassade de Chine à Alger, tandis que les importations chinoises en provenance d’Algérie ont progressé de 67,4 %.
Ces trois voies montrent que la position du président sur le refus de s’aligner sur un seul camp s’appuie sur un réseau de relations déjà existant avec Moscou, Washington et Pékin. De nature et d’ampleur différentes selon les partenaires, elles se développent en parallèle plutôt qu’en s’opposant.
Le Président a enfin affirmé que les intérêts de l’Algérie «se préservent par l’amour et l’amitié avec tout le monde», signifiant que le choix des partenaires relève du calcul de l’intérêt national et non d’une logique d’alignement entre grandes puissances.
Le chef de l’État a ainsi replacé les relations avec la Russie dans un cadre plus large : préserver les partenariats historiques, tout en développant les relations économiques et politiques avec les États-Unis et la Chine, sans en faire des choix exclusifs ni exiger de l’un des partenaires qu’il renonce à l’autre.
K. H.




