Le président de la République adresse un message aux participants au 8e sommet du GECF à Moscou

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a adressé un message aux participants au 8e sommet du Forum des pays exportateurs de gaz, dont les travaux se sont ouverts ce mardi 27 octobre à Moscou. Le Premier ministre, Sifi Ghrieb, en a donné lecture :
« Je tiens tout d’abord à adresser à Son Excellence le président Vladimir Poutine mes plus hautes marques d’estime et mes remerciements les plus sincères pour l’accueil chaleureux et l’hospitalité généreuse réservés à la délégation algérienne depuis son arrivée dans la ville de Moscou, qui accueille aujourd’hui une nouvelle étape de notre travail commun.
Deux ans se sont écoulés depuis que l’Algérie a eu l’honneur d’accueillir le 7e sommet. Nous rappelons avec fierté la « Déclaration d’Alger », qui a consolidé la place stratégique du gaz naturel dans le système mondial de sécurité énergétique, et nous nous réjouissons de voir ses principes devenir une réalité concrète. En passant le flambeau de la présidence du sommet à la Fédération de Russie amie, l’Algérie lui souhaite plein succès. Notre sommet se tient alors que notre Forum célèbre un quart de siècle d’existence : vingt-cinq années durant lesquelles sa vision prospective est devenue une référence internationale reconnue et sa voix est entendue dans l’équation énergétique mondiale. Le Forum a renforcé ses capacités en créant l’Institut de recherche sur le gaz, pour lequel l’Algérie, en tant que pays hôte, n’a ménagé aucun effort afin de lui fournir tous les moyens nécessaires à son bon fonctionnement, au service de tous les membres.
Nous nous réunissons à un tournant décisif pour les marchés mondiaux de l’énergie. Les crises successives ont révélé la remarquable résilience de l’industrie gazière et prouvé que le gaz naturel n’est pas un choix conjoncturel passager, mais un pilier solide des économies des nations. Cette industrie évolue toutefois dans un environnement très complexe, tiraillé entre les exigences de la sécurité énergétique et celles de la transition climatique, dans un contexte de profondes mutations réglementaires et de recomposition géopolitique sans précédent.
Tout en affirmant que l’élaboration des politiques énergétiques est un droit souverain de chaque État, nous soulignons que des législations fluctuantes alimentent l’instabilité des marchés, freinent l’investissement et exposent la sécurité des approvisionnements à des risques. Investir des milliards de dollars dans les infrastructures gazières exige des cadres réglementaires stables et une juste valorisation du gaz, notamment dans le cadre des contrats à long terme. Depuis cette tribune, nous appelons à un dialogue constructif aboutissant à un cadre réglementaire consensuel qui garantisse la sécurité des investissements et les oriente vers les régions qui en ont le plus besoin.
La transition énergétique que nous appelons de nos vœux ne peut être que juste et progressive. Elle n’exclut personne, ne fait pas peser sur les peuples en développement des fardeaux dont ils ne sont pas responsables, et ne fait pas échanger leur droit au développement contre leur droit à un environnement sain. Dans cette trajectoire, le gaz naturel s’impose comme le partenaire naturel des énergies renouvelables : il assure la stabilité des systèmes électriques, contribue à réduire les émissions et empêche le retour à des sources plus polluantes. Il n’est pas un obstacle à la transition, mais le pont qui permet de l’atteindre en toute sécurité.
La sécurité énergétique mondiale repose sur un équilibre indivisible : une demande prévisible, des approvisionnements garantis et une rémunération équitable, à la hauteur de la valeur de la ressource et du volume des investissements. Cet équilibre assure la pérennité des approvisionnements et concilie les exigences du développement économique et social avec les objectifs climatiques, dans le respect du principe des responsabilités communes mais différenciées et des capacités nationales différentes.
Cet enjeu ne pourra être relevé sans technologie ni innovation. Nous appelons donc notre Forum, par l’intermédiaire de l’Institut de recherche sur le gaz, à jouer un rôle plus important dans la diffusion des techniques de réduction des émissions, de captage, d’utilisation et de stockage du carbone, et d’amélioration de l’efficacité énergétique, en recourant à la numérisation et à l’intelligence artificielle.
L’Algérie est pionnière dans l’industrie du gaz depuis qu’a été construit sur son sol, à Arzew, en 1964, le premier complexe de liquéfaction de gaz naturel au monde. Aujourd’hui, elle compte parmi les dix premiers producteurs de gaz au monde, elle est le deuxième fournisseur de l’Union européenne par gazoduc et elle approvisionne en gaz naturel liquéfié de nombreux pays à travers le monde. C’est le fruit d’une fiabilité qui n’a jamais été ébranlée, même dans les circonstances les plus difficiles, et d’un respect constant de nos engagements. L’Algérie a toujours été, et restera, un fournisseur sûr et fiable.
L’Algérie avance d’un pas ferme dans la mise en œuvre d’une stratégie ambitieuse de transition énergétique, qui fait des énergies propres et renouvelables un pilier essentiel d’un essor économique durable.
Soucieuse de concilier sa souveraineté sur ses ressources et les exigences d’un marché mondial en croissance, l’Algérie a lancé de grands projets structurants. Parmi eux figurent le projet de Gara Djebilet, l’un des plus grands gisements de fer au monde, et le projet de phosphate intégré, qui valorisent nos ressources gazières, renforcent nos capacités d’exportation et servent la sécurité alimentaire mondiale. À l’échelle du continent, le projet de gazoduc transsaharien, d’une capacité d’exportation estimée à trente milliards de mètres cubes par an, incarne une vision commune d’une Afrique unie et maîtresse de ses décisions, ainsi qu’une coopération Sud-Sud qui fait du gaz un levier pour éradiquer la pauvreté énergétique et réaliser le développement durable. L’Algérie s’engage à mettre son expertise et ses capitaux au service de sa réussite.
L’Algérie s’engage résolument dans une transition énergétique juste et ordonnée, qui concilie les impératifs climatiques, la souveraineté nationale et la sécurité énergétique. Notre ambition est claire : nous ne subissons pas la transition énergétique, nous en dessinons nous-mêmes les contours, en réduisant l’empreinte carbone de notre industrie, en limitant les émissions de méthane et le torchage, et en captant le carbone. Cela se traduit par le programme national de production de quinze mille mégawatts d’énergies renouvelables, doté d’une enveloppe d’environ vingt-deux milliards d’euros à l’horizon 2035. L’Algérie aspire également à devenir un acteur majeur de l’hydrogène à travers le Corridor sud de l’hydrogène (South2 Corridor), que nous réalisons avec nos partenaires européens et la Tunisie sœur, et qui permettra à mon pays d’exporter du gaz, de l’électricité, de l’ammoniac et de l’hydrogène, et de consolider sa place de carrefour énergétique intercontinental.
Le contexte actuel exige de consolider le rôle de notre Forum et de renforcer la coopération entre ses membres afin de garantir la stabilité des marchés et la sécurité des approvisionnements face aux tensions géopolitiques. Depuis la tribune de ce sommet, j’appelle à unifier la voix du Forum pour défendre nos intérêts communs, et à élargir la présence du gaz sur de nouveaux marchés dans le cadre de la coopération Sud-Sud. Alors que nous célébrons un quart de siècle de travail commun, portons une vision unie pour les décennies à venir, avec pour mot d’ordre : un gaz plus sûr et plus propre, un marché plus stable, et un Forum plus présent et plus influent. Car la responsabilité que nous partageons ne s’arrête pas à nos générations : elle s’étend aux générations futures, à qui nous devons léguer une planète saine, une énergie accessible et un avenir sûr. Je renouvelle mes remerciements au président Vladimir Poutine et à la Fédération de Russie amie, et souhaite à nos travaux plein succès. »
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