Jeunesse marocaine en révolte : Gen Z 212 reprend la rue malgré la répression

Plus de 600 de nos camarades sont emprisonnés. Leur seul crime ? Rêver d’un Maroc plus équitable. »

Par Kahina Hammoudi 

Après un silence forcé de neuf jours par la peur et la répression, la jeunesse marocaine est de nouveau dans la rue, avec une rage intacte et une détermination à toute épreuve.

Samedi 18 octobre, des centaines de jeunes ont bravé non seulement la peur mais aussi le dispositif policier déployé pour les étouffer, pour crier leur colère face à un régime sourd aux revendications populaires, verrouillé par un pouvoir profond obsédé par ses privilèges.

Casablanca, Rabat, Tanger, Fès et une dizaine d’autres villes ont vu les jeunes de Génération Z 212 reprendre le pouvoir symbolique de la rue.

Sur la place Maréchal à Casablanca, flottent fièrement trois drapeaux : celui du Maroc, celui de la Palestine, et celui du mouvement Gen Z 212, signé d’un poing levé en signe de lutte obstinée.

Cette génération refuse de baisser les bras. Elle dénonce sans détour la corruption rampante du Makhzen et la complicité affichée avec l’occupant israélien. Amin, un jeune manifestant, résume la douleur et l’espoir : « Notre priorité, c’est la libération de toutes les personnes arrêtées.

Plus de 600 de nos camarades sont emprisonnés. Leur seul crime ? Rêver d’un Maroc plus équitable. »

Le rapport glaçant de l’Association marocaine des droits de l’Homme révèle que près de 600 militants sont derrière les barreaux, victimes d’une justice aux ordres, qui criminalise la jeunesse pour des slogans et des rêves.Les pancartes exposent leur défi : « Wanted : Aziz Akhannouch, Amine Tahraoui » — un appel ironique mais brutal à ces figures emblématiques d’un système déconnecté.

Le Premier ministre milliardaire devient le symbole d’un pouvoir méprisant, sourd aux souffrances populaires. Yasmine, 25 ans, s’emporte : « Personne ne nous écoute. Le Parlement, c’est du théâtre. Pendant qu’ils construisent des stades pour des compétitions grandioses, nos écoles tombent en ruine. »

Le courage de certains pousse même parents et enfants à descendre ensemble dans la rue. Une mère, timidement, révèle: « Le message a été reçu. Ils font semblant d’ignorer, mais là-haut, ils tremblent. »

Début octobre, Mohammed VI a choisi le silence face à Gen Z 212, esquivant les arrestations massives, limitant son discours à un vague appel à la « célérité » des réformes dans la santé et l’éducation. Comme s’il s’agissait d’un simple retard bureaucratique, et non d’une faillite morale et politique.

Mais dans chaque coin du pays, le slogan persiste : « Pas de stades sans hôpitaux, pas de Coupe sans justice sociale. »Face à cette mascarade sportive que représente la Coupe d’Afrique des Nations 2025, des centaines de jeunes ont choisi la désobéissance civile.

À Casablanca, Tanger et ailleurs, ils appellent à boycotter tous les matchs, refusant d’être complices d’un système qui détourne des milliards dans des stades luxueux pendant que la misère ronge les hôpitaux et que l’école publique s’effondre.

Leurs slogans résonnent comme un cri de révolte : « Les stades sont prêts, mais où sont les hôpitaux ? » « Pas de football sur la souffrance du peuple ! »Malgré les arrestations, malgré la surveillance policière, le mouvement reprend force et espoir.

Les jeunes dénoncent la corruption endémique, la pauvreté galopante et réclament la démission d’Aziz Akhannouch, incarnation de cette alliance toxique entre argent et pouvoir.

Mohammed VI, dans son discours d’ouverture du Parlement, s’est bien gardé d’évoquer ces voix qui s’élèvent dans la rue. Sa rhétorique, en maquillant les contradictions par la coexistence des projets sportifs et sociaux, ne trompe plus personne.

Pour ces jeunes, il s’agit d’une pirouette méprisante, une négation de l’échec douloureux du modèle imposé par le Makhzen.« Ils veulent que le monde entier regarde la CAN pour qu’on oublie la pauvreté, le chômage, l’effondrement des écoles, les hôpitaux sans médecins », dénonce un manifestant à Tanger.

«Nous, on oublie pas. »Génération Z 212, née sur Discord, TikTok et X, fédère plus de 200 000 abonnés. Elle incarne une jeunesse informée, critique, qui refuse la soumission à un discours officiel déconnecté.

L’appel au boycott de la CAN 2025, et bientôt de la Coupe du Monde 2030 coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, porte un symbole fort : refuser que le sport serve de vitrine pour masquer la faillite sociale.

Le contraste est brutal : derrière les stades flambants neufs, la jeunesse fait face à un chômage massif, à des services publics délabrés et à une répression sans précédent.Un étudiant de Casablanca résume avec lucidité ce cri des jeunes rebelles : « Le Makhzen construit pour le spectacle mondial, mais oublie de bâtir l’avenir de sa jeunesse. »

K. H. 

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