Escodyne® : Quand un complément suspect révèle les failles du système de vigilance

Par Nadera Rebiai 

Une alerte sanitaire à Bordj Bou Arréridj.

Les autorités sanitaires de Bordj Bou Arréridj ont lancé une alerte urgente concernant le produit Escodyne®, présenté comme un antidouleur mais soupçonné d’être contrefait et introduit clandestinement en Algérie via des circuits parallèles.

Selon la Direction de la Santé et de la Population, ce produit pourrait provoquer de graves complications, voire la mort en moins de cinq jours, en raison d’une composition inconnue et potentiellement dangereuse.

Un produit hors des circuits officiels

Le Syndicat national des pharmaciens d’officine a confirmé que l’Escodyne n’est ni enregistré ni distribué dans les circuits pharmaceutiques officiels en Algérie.

Autrement dit, tout produit portant ce nom provient du marché informel.

De son côté, l’Association de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement évoque l’hypothèse d’un complément alimentaire non traçable, ce qui soulève de nombreuses interrogations sur son origine et sa composition.

Les limites du contrôle des compléments alimentaires

L’affaire met en lumière une réalité réglementaire : les compléments alimentaires ne sont pas soumis aux mêmes règles que les médicaments.

Contrairement aux produits pharmaceutiques contrôlés par Agence nationale des produits pharmaceutiques, ces produits sont classés comme denrées alimentaires.
Ils ne nécessitent donc pas d’autorisation préalable de mise sur le marché.

Ils sont simplement soumis à :

les Bonnes pratiques d’hygiène (BPH)

le système d’analyse des risques HACCP

des contrôles ponctuels du ministère du Commerce

Ce cadre plus souple laisse parfois des failles exploitées par les circuits informels.

Un encadrement progressivement renforcé

Face à l’expansion du marché des compléments alimentaires, notamment depuis la période post-Covid, les autorités ont commencé à renforcer la surveillance.

Depuis juillet 2024, de nouvelles instructions interministérielles imposent notamment :

un étiquetage obligatoire en arabe et en français

l’interdiction de la publicité sans autorisation

des visites de contrôle inopinées dans les pharmacies et marchés

des analyses renforcées pour détecter les substances interdites

Ces mesures visent à mieux encadrer un secteur en pleine croissance.

Vers une nouvelle réglementation

Les autorités ont déjà procédé à plusieurs interdictions. En février 2022, une vingtaine de produits ont été retirés du marché après la découverte de non-conformités chimiques.

Aujourd’hui, un comité interministériel travaille à l’élaboration d’une législation spécifique aux compléments alimentaires, en s’appuyant notamment sur les propositions du Syndicat national des pharmaciens d’officine et les normes du Codex Alimentarius.

Synapse

L’affaire Escodyne rappelle une règle simple :
lorsqu’un produit échappe aux circuits officiels, la santé des consommateurs devient la première victime.

La vigilance reste donc la meilleure protection.

— Synapse, quand l’actualité rencontre la conscience

N.R

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