Desertec ressuscité : Alger et Berlin rouvrent le dossier des méga-centrales solaires

Par Nadera Rebiai
Douze ans après sa mise en pause, le projet Desertec retrouve une actualité concrète.
Née en 2009, cette ambition de transformer le Sahara en centrale électrique de l’Europe profite aujourd’hui d’un contexte énergétique européen totalement rebattu.
La visite officielle effectuée à Berlin en juillet 2026 en constitue le signal le plus net : plus de trente accords y ont été signés, touchant à l’énergie, aux renouvelables et à l’hydrogène vert…le président Abdelmadjid Tebboune l’a lui-même confirmé lors de sa rencontre avec les médias : le solaire algérien a désormais vocation à alimenter, en partie, le réseau européen.
Un contexte qui n’a plus rien à voir avec 2014
À l’époque, le projet avait buté sur un manque d’engagement européen, dans un climat marqué par la crise financière et l’afflux de gaz russe à bas coût ; douze ans plus tard, l’équation a changé du tout au tout : la guerre en Ukraine et la rupture avec le gaz russe ont contraint l’Allemagne à repenser sa sécurité énergétique, tandis que l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 impose de miser sur des sources massives de production verte.
Dans ce nouveau paysage, l’Afrique du Nord et l’Algérie en particulier redevient un partenaire stratégique de premier plan.
Un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde
Ce retour d’intérêt s’appuie sur un atout que l’Algérie n’a jamais cessé de posséder : un ensoleillement annuel pouvant atteindre 2 650 kWh/m², et jusqu’à 3 500 heures de soleil par an dans certaines régions du Sahara, les chiffres commencent enfin à suivre le potentiel : l’Algérie vise 15 000 MW de capacité renouvelable d’ici 2035, contre à peine 1 000 MW en 2025 — un bond de plus de quatorze fois.
Sur le terrain, la trajectoire s’amorce déjà. Deux premières centrales de 200 MW, à Tendla (El M’Ghair) et à El Ghrous (Biskra), sont entrées en service dès avril 2026, une capacité supplémentaire de 1 400 MW est attendue avant la fin de l’année, portée par des appels d’offres ouverts aux investisseurs étrangers, les entreprises allemandes en première ligne.
Un dossier qui couvait depuis 2025
Cette relance ne sort pas de nulle part ; dès septembre 2025, le ministre de l’Énergie Mohamed Arkab évoquait des consultations engagées depuis plusieurs mois avec des partenaires allemands pour redonner un cadre à Desertec, une préparation discrète qui trouve aujourd’hui sa traduction officielle.
Un partenariat à double vitesse
Ce rapprochement répond à des intérêts convergents mais distincts. Pour Berlin, l’Algérie coche toutes les cases : un fournisseur de gaz immédiatement disponible, et un futur exportateur d’électricité renouvelable et d’hydrogène.
Pour Alger, l’enjeu est tout aussi stratégique ; diversifier des exportations encore trop dépendantes des hydrocarbures, valoriser un potentiel solaire resté largement sous-exploité, et poser les bases d’une véritable filière industrielle nationale des énergies renouvelables.
Reste à savoir si cette nouvelle dynamique tiendra la distance mieux que la précédente et si l’Algérie parviendra, cette fois, à transformer son avantage naturel en position de force sur l’échiquier énergétique européen.
N.R




