A la Une

Dakhla occupée: quand les Émirats financent la normalisation de l’occupation marocaine au Sahara occidental

Par Kahina Hammoudi 

Alors que la question du Sahara occidental demeure l’un des derniers grands dossiers de la décolonisation inachevée, les projets touristiques et les infrastructures édifiés dans la ville occupée de Dakhla dépassent largement leur prétendue vocation économique. Sous l’habillage flatteur du développement et de l’attractivité, se dessine une stratégie politique assumée : imposer un fait accompli sur le terrain, effacer la réalité juridique du territoire et bafouer le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination.

Un récent rapport juridique, présenté à Madrid par le Groupe de travail sahraoui chargé des ressources naturelles et des questions juridiques connexes, met en lumière cette mécanique de normalisation. Il dénonce l’utilisation du tourisme, des liaisons aériennes et des activités commerciales comme instruments de consolidation de l’occupation marocaine. Dakhla est ainsi présentée aux visiteurs étrangers comme la « perle du désert », une vitrine soigneusement mise en scène, tandis que la question sahraouie est méthodiquement évacuée du discours promotionnel.

Le rapport souligne également le rôle des infrastructures et des lignes aériennes, notamment les vols de la compagnie Ryanair, dans l’intégration de la ville occupée aux réseaux économiques et commerciaux internationaux. L’objectif est clair : créer une apparence de normalité, attirer capitaux et touristes, et faire exister administrativement, économiquement et géographiquement un territoire dont le statut juridique reste pourtant contesté devant le droit international.

Des projets qui verrouillent l’occupation

Dans une déclaration le militant et journaliste sahraoui Hamma Mahdi a alerté sur la dangerosité de ces projets, qui ne datent pas d’hier. Selon lui, ils s’inscrivent dans une entreprise de longue haleine visant à enraciner une réalité coloniale sur le terrain et à renforcer une contrôle illégitime sur le Sahara occidental.

La menace s’est aggravée, explique-t-il, avec l’implication croissante d’acteurs internationaux : capitaux du Golfe, notamment émiratis, soutien de certaines puissances occidentales et intérêts liés à l’entité sioniste. Ces investissements, présentés comme des opérations de développement, constituent selon lui une violation manifeste du droit international et du droit international humanitaire, ainsi qu’une atteinte à la souveraineté d’un État membre de l’Union africaine.

Le Front Polisario a, à plusieurs reprises, alerté et agi pour freiner ces dynamiques et empêcher la consécration d’un nouveau fait accompli dans les territoires sahraouis occupés. Mais certains acteurs, souligne Hamma Mahdi, poursuivent leurs projets en ignorant délibérément la légalité internationale et les droits du peuple sahraoui.

Le grand port de Dakhla, symbole d’une stratégie

Le militant sahraoui attire particulièrement l’attention sur le projet du grand port de Dakhla, au sud du territoire occupé. Les financements annoncés, les soutiens étrangers et les intérêts économiques qui gravitent autour de ce mégaprojet soulèvent, selon lui, une question essentielle : s’agit-il réellement de développement, ou d’un outil destiné à ancrer l’occupation, à accélérer l’exploitation des richesses sahraouies et à lier durablement des puissances extérieures au maintien du statu quo ?

Pour Hamma Mahdi, ces projets servent à « vendre » l’occupation sous les habits neufs de la croissance, de la modernité et de l’investissement. Ils permettent aussi de précipiter le pillage des ressources naturelles du territoire et de créer des intérêts croisés avec des États et des entreprises étrangères, rendant d’autant plus complexe toute perspective de règlement juste du conflit.

Un pillage silencieux des richesses sahraouies

Au-delà des chantiers et des campagnes de communication, le Sahara occidental subit, affirme le militant, un épuisement continu de ses ressources naturelles. Plusieurs multinationales, dont des entreprises européennes, exploitent les richesses halieutiques du territoire, en particulier les stocks de poissons et les ressources en eau.

Il dénonce notamment l’exploitation intensive de la seiche, présentée comme l’une des ressources les plus convoitées des côtes sahraouies, et évoque des circuits de contrebande organisée qui menacent la pérennité de cette richesse marine. Une richesse qui appartient, rappelle-t-il, au peuple sahraoui et non aux puissances occupantes ou à leurs partenaires économiques.

L’exploitation des ressources naturelles ne peut donc être dissociée de la stratégie globale d’occupation : élargir le cercle des bénéficiaires, associer des acteurs étrangers aux activités économiques du territoire et transformer ces intérêts financiers en leviers politiques. Plus les intérêts s’entremêlent, plus les puissances concernées sont tentées de défendre le maintien d’une situation qui leur est profitable.

Une colonisation à visage économique

Hamma Mahdi estime que ce que subit le Sahara occidental ne se réduit plus à la seule occupation marocaine. Le phénomène prend désormais des formes multiples, nourries par l’imbrication d’intérêts régionaux et internationaux. Il y voit les mécanismes d’une colonisation de nouvelle génération, dans laquelle le système marocain joue le rôle de facilitateur, offrant concessions et avantages à des puissances extérieures en échange de leur complicité dans l’exploitation des richesses sahraouies.

Cette imbrication des intérêts économiques et politiques contribue à prolonger le conflit et à éloigner la perspective d’une solution équitable, fondée sur le respect du statut juridique du territoire et du droit du peuple sahraoui à décider librement de son avenir.

Tant qu’une partie du peuple sahraoui vit dans les camps de réfugiés et dans la dispersion, loin de sa terre, l’appropriation de ses ressources par l’occupant et ses partenaires étrangers apparaît comme une double injustice : celle de l’occupation, et celle du pillage.

En définitive, prévient Hamma Mahdi, priver le peuple sahraoui du bénéfice de ses richesses, au profit de l’occupation marocaine et d’acteurs étrangers, approfondit sa souffrance. Résister à ces projets, les dénoncer et empêcher leur normalisation fait donc partie intégrante de la lutte pour la protection des droits nationaux du peuple sahraoui et pour la sauvegarde de ses richesses contre toute exploitation illégitime.

K. H. 

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page