Constantine : 1,22 milliard de dinars pour sauver la vieille ville

Par Lylya.M

Après plus d’une décennie de promesses non tenues et de chantiers abandonnés, le projet de réhabilitation de la médina dispose désormais d’un cadre financier et technique.

Le suivi est confié au ministre de l’Intérieur.
Il aura fallu attendre huit ans.

Huit années durant lesquelles les échafaudages ont rouillé sur les façades de Souika, où les familles évacuées n’ont jamais vu revenir la vie dans leurs anciennes demeures, où le label “Constantine capitale de la culture arabe 2015” s’est progressivement mué en souvenir amer pour les habitants du centre historique.

Sous la présidence du wali Abdelkhalek Sayouda, une réunion de concertation a rassemblé cette semaine les responsables locaux et plusieurs bureaux d’études spécialisés pour présenter le premier état des lieux des quartiers concernés.

Le périmètre couvre 83 hectares et quelque 1 140 bâtisses, dont la Casbah et ses 19 hectares de ruelles enchevêtrées, soit 22 % de la surface classée patrimoine culturel.

L’enveloppe initiale s’élève à 1,22 milliard de dinars, complétée par un financement inscrit dans la loi de finances 2026.

Un investissement distinct de 370 millions de dinars est consacré à la réhabilitation des venelles et placettes urbaines.

Une priorité présidentielle

Le projet répond aux directives du président Tebboune pour la valorisation des grandes villes algériennes.

En mars dernier, Brahim Merad, alors ministre de l’Intérieur-aujourd’hui ministre d’État chargé de l’Inspection des services de l’État et des Collectivités locales- avait officiellement lancé l’opération en rappelant que Constantine, par la richesse de son patrimoine, constitue un pôle attractif à l’échelle régionale et internationale.

Le suivi du chantier sera désormais assuré au niveau central par Saïd Sayoud, ministre de l’Intérieur et des Transports, signe de l’importance accordée au dossier par l’exécutif.

Les leçons des échecs passés

Le programme précédent avait sombré dans l’immobilisme. Des projets annoncés en grande pompe comme la réhabilitation de la partie sud de Souika ou encore l’aménagement de ses jardins, n’avaient jamais dépassé le stade des études préliminaires.

Les transferts successifs de maîtrise d’ouvrage et l’absence de suivi avaient achevé de paralyser l’ensemble.
La nouvelle approche se veut plus rigoureuse.

Les études seront sectorisées en quatre volets couvrant l’ensemble du tissu urbain ancien. Les cahiers des charges en préparation exigent des compétences avérées en restauration du bâti ancien, avec un objectif affiché : préserver l’authenticité architecturale tout en modernisant l’intérieur des habitations.

Éviter le syndrome du “décor vide”

Parallèlement à la réhabilitation du centre historique, la wilaya poursuit sa politique de construction dans les pôles urbains périphériques.

Près de 20 000 logements ont été distribués en 2024, et 8 050 unités AADL sont programmées au pôle Sissaoui.
L’enjeu consiste à articuler ces deux dynamiques.

Une médina restaurée mais désertée n’aurait guère de sens. Il s’agit de ramener habitants, commerces et services dans le cœur historique pour lui redonner une fonction urbaine réelle.

La réouverture de l’hôtel Cirta, fin décembre, participe de cette logique. Fermé depuis une dizaine d’années, l’établissement a bénéficié d’une réhabilitation estimée à 6 milliards de dinars. Sa surface est passée de 1 800 à 8 000 mètres carrés, avec l’ajout d’une piscine, d’un théâtre et d’espaces de congrès.

Les autorités y voient un levier pour repositionner la ville des ponts suspendus sur la carte du tourisme d’affaires.

L.M

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