Cinquante ans de RASD : Brahim Ghali tonne, le référendum ou rien !
Cinquante ans de résistance, un seul mot d’ordre : référendum d’autodétermination ou rien

Par Kahina Hammoudi
Cinquante ans. Pas une ride sur la flamme de la résistance sahraouie. Depuis ce 28 février 1976, où le Front Polisario a vu le jour dans le sang et les dunes, balayant les chaînes du colonialisme espagnol pour affronter l’occupant marocain. À Aousserd, dans les camps de réfugiés qui incarnent la dignité d’un peuple spolié, le cinquantenaire a été célébré comme un cri de guerre. Pas une simple commémoration : un serment renouvelé, un bilan impitoyable et un programme d’avenir forgé dans l’acier de la détermination. Brahim Ghali, président de la RASD, secrétaire général du Polisario et chef suprême des Forces armées populaires, y a planté le décor d’une épopée inachevée, rappelant que la libération du Sahara‑Occidental n’est pas négociable. Son message est limpide, sans détour : «Pas de solution au conflit sahraoui hors du référendum d’autodétermination».
L’épopée qui a forgé une république
Pour Ghali, la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique n’est pas un événement isolé, mais le couronnement d’une longue épopée de lutte. Il rappelle, dans son texte intégral prononcé le 8 avril 2026, que le 27 février 1976 a couronné un parcours jalonné de sacrifices : la révolte de Zmelia sous la direction du martyr Mohamed Sidi Brahim Bassiri, la création du Front populaire pour la libération de la Saguia el‑Hamra et du Wadi‑Edh‑Dhahab, l’insurrection armée, l’unité nationale, puis la proclamation officielle par le « fondateur de la révolution », le martyr de la liberté et de la dignité, El Ouali Mustapha Sayed.
« La déclaration de la République sahraouie est l’incarnation sur le terrain de la volonté d’un peuple décidé à vivre libre et digne sur sa terre, comme le font tous les peuples de la terre. »
Ghali rend hommage à tous ceux qui ont «marché sur le même chemin, sans jamais laisser place au doute ni au recul», et cite en particulier le président Mohamed Abdelaziz, figure centrale de la consolidation du projet républicain.
« Cinquante ans de résistance héroïque, de dons généreux, de sacrifices immenses : martyrs, détenus, portés disparus, souffrances, exils. Cinquante ans d’État sahraoui qui a forgé une expérience unique, sous la direction du Polisario, en combinant avec succès la mission de libération et celle de la construction. »
Un État en exil qui sait gouverner
Dans son discours‑bilan, Ghali insiste sur le double combat mené par le Polisario depuis 50 ans : libérer le territoire et construire un État moderne. Malgré une guerre qui n’est pas encore terminée, il affirme que la RASD dispose aujourd’hui d’« institutions, organes, structures et systèmes » dans tous les domaines, capables de basculer, dès le lendemain de la restauration de la souveraineté, dans la gestion complète du pays.
«L’État sahraoui peut, dès demain, administrer ses affaires nationales avec compétence, appuyé par un patrimoine sérieux d’experts, de cadres et de compétences dans tous les secteurs».
Sur le plan politique, le président souligne que la RASD a posé les bases d’un État de droit : cadres juridiques, lois, institutions encadrant la vie publique. Il met en avant une expérience démocratique distinguée, marquée par une collaboration constructive entre les pouvoirs exécutif et législatif, sous un système judiciaire complet.
Militairement, l’Institution de la défense et de la sécurité a connu un développement continuel. L’Armée de libération populaire sahraouie occupe une place « particulière dans l’histoire des guerres de libération nationales », et participe, au nom de la RASD, à la lutte contre le crime organisé transfrontalier et les groupes terroristes, ainsi qu’à la consolidation de la paix régionale et internationale.
Un bilan social et humain qui impressionne
Sur le plan social, Ghali dresse un bilan impressionnant, malgré les conditions d’exil, de diaspora et de pénurie :
Éducation : « Une mutation, une véritable révolution » avec l’enseignement gratuit et obligatoire, puis des milliers de diplômés dans tous les domaines et tous les niveaux.
Santé : un système de soins préventifs efficace, développé «dans un contexte de manque de ressources et de réalité de l’exil».
Administration : un secteur qui fait « la fierté » de la cinquantaine, avec une participation pionnière de la femme sahraouie, aux côtés des jeunes, au cœur des politiques nationales qui visent à construire l’être humain.
Ghali rappelle que, dans la RASD, la femme n’est pas un simple symbole, mais un acteur central : éducatrice, cadre, militante, administratrice. La jeunesse, elle, constitue la réserve stratégique de la révolution, formée intellectuellement pour relever le défi de la souveraineté.
Une présence internationale qui ne se négocie pas
Sur le plan extérieur, Ghali affirme que la RASD est une réalité politique, continental et mondiale :
«Ses ambassades et les bureaux du Polisario sont présents sur tous les continents. Elle est membre fondateur de l’Union africaine et assume ses responsabilités dans la recherche de la stabilité et du développement en Afrique et dans le monde».
Il adresse un mot de reconnaissance solennel à tous les pays et peuples qui ont soutenu la cause sahraouie. En premier lieu à l’Algérie, «sœur de plus d’un million et demi de martyrs», «pays de la révolution du 1er novembre, de la justice et de la solidarité avec les causes justes du monde».
«Aujourd’hui, sous la direction de son président Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie écrit des pages glorieuses de progrès, fidèle à ses principes et à son soutien à la cause sahraouie».
Ghali remercie également la Mauritanie, les pays et peuples d’Afrique, les Amériques latines, ainsi que les mouvements de solidarité européens et mondiaux :
«Merci aux peuples libres d’Afrique, à ceux qui ont vécu l’esclavage et créé leurs nations, à nos frères et amis d’Amérique latine, aux militants de la solidarité qui n’ont jamais cessé de soutenir notre combat».
Paix avec justice, ou pas de paix du tout
Ghali retrace que la RASD, dès sa fondation, a prôné la paix fondée sur le respect des frontières internationales reconnues, mais il ne se contente pas de déclarations de principe. Il s’attaque frontalement à l’Union européenne, principal partenaire économique du Maroc :
«Nous exigeons de l’Union européenne qu’elle cesse de violer les jugements de la Cour de justice européenne et le droit international, en annulant toutes les accords avec le Maroc qui portent atteinte au Sahara‑Occidental, à son espace aérien ou à ses eaux territoriales».
Dans le contexte de la résolution 2797 du Conseil de sécurité (octobre 2025) et des efforts conjoints de l’ONU et des États‑Unis pour « un accord acceptable pour les deux parties », Ghali trace une ligne rouge :
«Le seul chemin vers une paix juste et définitive est de permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit inaliénable et imprescriptible à l’autodétermination et à l’indépendance. C’est la seule voie pour instaurer une paix juste et durable».
Le président rejette clairement toute solution «imposée» ou «arrangée» à l’extérieur du cadre de l’autodétermination par référendum, en conformité avec les accords de Houston et le plan de règlement conjoint ONU‑OUA.
Cinquante ans, une lettre de combat à l’humanité
Ghali conclut le texte arabe en affirmant que cette cinquantaine est un message au monde entier :
«Un message de résistance et de courage, d’unité nationale solide, de fidélité à l’engagement des martyrs, et de détermination à poursuivre sur leur chemin.
Un message de refus et de condamnation de toutes les manœuvres, conspirations et complots qui visent à voler au peuple sahraoui son droit à la liberté, à la dignité et à l’existence.
Un message à nos masses dans tous les lieux de présence, pour resserrer les rangs, se mobiliser, se préparer à relever tous les défis, dans un consensus national absolu derrière son seul et unique représentant légitime : le Front populaire pour la libération de la Saguia el‑Hamra et du Wadi‑Edh‑Dhahab».
Pourquoi ce cinquantenaire change tout : un tournant pour la décolonisation africaine
Ce n’est pas qu’un anniversaire ; c’est un séisme géopolitique. Alors que le Maroc parade avec ses mirages d’autonomie, le Polisario rappelle au monde que le Sahara n’est pas à vendre. La RASD incarne la dernière grande cause de décolonisation en Afrique. Soutenue par l’Algérie, berceau de la révolution, elle défie l’axe Rabat-Washington-Paris. Ghali l’a dit : la résolution 27-97 de l’ONU confirme le statu quo intenable. Et si l’inertie onusienne persiste ? La rue sahraouie, les camps, les fronts, sauront rappeler leur droit légitime. Ce 50e, avec sa foule immense et ses alliés, marque un renouveau : mobilisation accrue, diplomatie offensive, et une jeunesse sahraouie qui refuse l’amnésie.
K. H.




