Maroc : le Makhzen, refuge doré des barons de la cocaïne traqués en Europe

Par Kahina Hammoudi
Le Maroc est une nouvelle fois placé sous les projecteurs dans une affaire impliquant des criminels recherchés en Europe. L’arrestation de Mounir «Gino» El Bartali, présenté par la presse belge comme une figure des réseaux de cocaïne à Anvers, relance les interrogations sur le rôle du Royaume dans la traque des fugitifs internationaux.
Recherché depuis plusieurs années par la justice belge, El Bartali, âgé de 31 ans, a été arrêté vendredi dernier au Maroc sur la base d’une notice internationale. Il aurait été condamné dans plusieurs dossiers de trafic de stupéfiants et dans une affaire de corruption, pour un total annoncé de 52,5 années de prison.
Son nom a été également lié à une affaire portant sur la disparition d’environ 800 kilogrammes de cocaïne. Une récompense de 100 000 euros aurait même été promise pour toute information susceptible de conduire à sa localisation.
De Dubaï au Maroc
Selon les médias belges, El Bartali a vécu plusieurs années à Dubaï avant de s’installer au Maroc en 2024. Il a ensuite résidé dans différentes villes marocaines, loin des prisons européennes et des autorités judiciaires qui le recherchaient.
La presse belge le présente comme un acteur important des réseaux criminels liés au trafic de drogue à Anvers. Plus de 15 millions d’euros auraient par ailleurs été confisqués par la justice belge dans le cadre des procédures le concernant.
Cette arrestation pourrait donc apparaître comme un succès de la coopération sécuritaire. Mais une question demeure : l’interpellation débouchera-t-elle réellement sur une remise aux autorités belges ?
Arrêté, mais pas forcément extradé
Le cas de Younes «El Magico» El Ballouti nourrit déjà les interrogations. Condamné en Belgique à plus de vingt ans de prison dans plusieurs affaires de stupéfiants, il avait été détenu au Maroc dans le cadre d’une affaire de faux passeport avant d’être libéré après avoir purgé sa peine marocaine.
La Belgique avait transmis, fin 2025, deux dossiers de trafic de drogue à la justice marocaine afin que des poursuites puissent être engagées sur place. Le résultat de ces démarches demeure toutefois incertain.
Le problème est d’autant plus sensible que les personnes concernées sont de nationalité marocaine. Les autorités belges doivent alors composer avec les limites de l’extradition et avec la possibilité que les condamnations prononcées en Europe ne soient pas directement exécutées au Maroc.
Le Maroc au cœur des critiques
Le makhzen n’est plus seulement un territoire de passage, mais un refuge pour des fugitifs recherchés en Europe. Plusieurs pays européens dénoncent un système dans lequel un criminel peut être arrêté sans nécessairement être transféré vers le pays où il a été condamné.
Le cas de Younes «El Magico» El Ballouti met en lumière une faille préoccupante dans la coopération judiciaire transfrontalière. Tant que les procédures d’extradition resteront incertaines et que les dossiers transmis à la justice marocaine manqueront de transparence, le Maroc continuera d’être accusé par les médias européens, d’offrir un refuge aux barons de la cocaïne traqués sur le continent.
K. H.




