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Adieu Monsieur le Président

Par Kahina Hammoudi 

À Batna, cette perle altière du Nord-Est algérien, berceau indéfectible du moudjahid Liamine Zéroual, ancien président de la République, des funérailles officielles et solennelles ont déchiré le voile du ciel printanier. Une marée humaine, immense et fervente, affluait des quatre coins de la patrie : des Aurès rugueux aux steppes infinies du Sud, des côtes méditerranéens aux vallées secrètes de Kabylie. Hommes, femmes, enfants, tous unis dans un silence ému, portés par une gratitude viscérale envers ce géant discret qui, dans l’ombre des combats et des palais, avait su incarner l’essence même de l’Algérie libre et souveraine. Leurs visages, burinés par le soleil ou adoucis par les ans, racontaient une histoire commune : celle d’une nation qui pleure son père spirituel, mais se redresse, plus forte, de ses larmes.

La dépouille du défunt, ce moudjahid au cœur de lion et à l’âme de poète du désert, reposait dans sa simplicité auguste au siège de la wilaya de Batna. Entourée de drapeaux tricolores ployés en hommage, elle semblait encore respirer l’air pur des djebels où Zéroual avait forgé sa légende. Lentement, dans un cortège où les youyous des femmes se mêlaient aux prières rauques des hommes, elle fut portée vers le cimetière central de Bouzourane. Les rues de Batna, habituellement bruissantes de vie, s’étaient muées en un fleuve de recueillement, bordé de palmiers inclinés comme en supplication. Chaque pas du convoi résonnait comme un écho des batailles d’hier – celles d’Alger la Blanche, de la Valley de la Mort, et des négociations âpres pour l’indépendance reconquise.

À Bouzourane, sous le regard impassible des collines éternelles, la terre natale ouvrait ses bras. Ici, où les racines de Zéroual plongent dans le sol millénaire des Chaouis, sa dépouille trouvera le repos mérité. Inhumée au milieu des siens, elle rejoindra le panthéon des héros discrets, ceux qui préférèrent le service à la gloire éphémère. Mais son esprit, indomptable, veillera : sur les jeunes qui grandissent dans l’ombre de ses actes, sur une Algérie qui, face aux tempêtes du monde, puise en lui la force de sa résilience. Adieu, moudjahid, ton peuple te garde au chaud de son cœur, et Batna, ta ville lumière, portera à jamais ta flamme.

K. H.

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