L’Algérie face au défi de la consolidation après une croissance robuste

Par Nadera Rebiai

Le Fonds monétaire international salue la dynamique de croissance et les efforts de diversification de l’économie algérienne, mais alerte sur l’érosion des marges budgétaires et extérieures.

Une croissance soutenue par l’investissement

Le conseil d’administration du Fonds monétaire international a conclu, le 11 septembre 2026, les consultations au titre de l’article IV avec l’Algérie.

Dans son évaluation, le FMI estime que le programme de réformes engagé par les autorités a contribué à soutenir la diversification économique et une croissance robuste.

Le produit intérieur brut réel a progressé de 3,9% en 2025, après une croissance de 3,7% en 2024.

Cette performance a été portée principalement par la vigueur de l’investissement, notamment dans le cadre de la stratégie fondée sur le développement de grands projets structurants et le renforcement des capacités productives.

Pour 2026, l’institution de Bretton Woods prévoit une croissance de 3,8%.

Pour le FMI, cette évolution devrait être soutenue par l’amélioration des recettes d’exportation et des revenus budgétaires liés aux hydrocarbures, dans un contexte marqué par la hausse des prix de l’énergie.

Le retour de l’inflation

La reprise de la croissance s’est toutefois accompagnée d’une remontée de l’inflation.

Après une période de déflation, l’inflation globale est passée de -2,0% en septembre 2025 à 5,2% en avril 2026, selon le FMI.

Cette évolution s’explique notamment par la fin de la baisse des prix alimentaires et par la hausse des cours internationaux de l’or.

Pour l’ensemble de l’année 2026, l’inflation moyenne est projetée à 5,5%, contre 1,4% en 2025.

Cette accélération des prix intervient alors que les conditions monétaires se sont assouplies et que le financement de l’État par la banque centrale s’est accru.

De ce fait, le FMI estime que la politique monétaire devra être resserrée si les tensions inflationnistes deviennent plus généralisées.

Malgré une amélioration en 2025, le déficit budgétaire demeure à un niveau particulièrement élevé, estimé à 10,5% du PIB en 2025 et devrait atteindre 9,6% en 2026.

La réduction enregistrée en 2025 a notamment été soutenue par des versements exceptionnels de dividendes provenant d’entreprises publiques et de la Banque d’Algérie.

Cette amélioration ponctuelle n’a toutefois pas suffi à reconstituer durablement les marges de manœuvre des finances publiques.

La hausse des besoins de financement a entraîné une progression de la dette publique et un recours accru au financement monétaire. La dette publique brute est estimée à 52,1% du PIB en 2025 et devrait atteindre 53,2% en 2026.

Pour le FMI, la hausse des cours des hydrocarbures représente une occasion de reconstituer les réserves budgétaires.

L’institution recommande une consolidation progressive et crédible des finances publiques, fondée sur une meilleure mobilisation des recettes hors hydrocarbures, une amélioration de l’efficacité de l’investissement public et une rationalisation des dépenses.

Les réserves extérieures sous pression
La situation extérieure s’est fortement dégradée en 2025.

L’augmentation des importations et la baisse des exportations d’hydrocarbures a contribué à creuser le déficit du compte courant, estimé à 8,9% du PIB.

Cette tendance a entraîné une diminution importante des réserves internationales brutes, estimées à 51 milliards de dollars en 2025, contre 68,9 milliards de dollars en 2024.

Pour 2026, le FMI prévoit un nouveau recul à 46,5 milliards de dollars.

La couverture des importations devrait ainsi passer de 11,1 mois en 2024 à 8,6 mois en 2025, puis à 8,1 mois en 2026.

À court terme, le déficit courant devrait toutefois se réduire à 1,9% du PIB en 2026, grâce à la hausse attendue des prix des hydrocarbures et au ralentissement des importations.

Le taux de change au centre des recommandations

Le FMI appelle également à une plus grande flexibilité du taux de change.

Selon l’institution, cette évolution permettrait à l’économie algérienne de mieux absorber les chocs extérieurs et contribuerait à réduire la prime observée sur le marché parallèle.

La Banque d’Algérie est invitée à renforcer le cadre de politique monétaire en faisant de la faible inflation un ancrage nominal clairement défini.

Le FMI préconise aussi une amélioration de la transmission des décisions monétaires, un renforcement de l’indépendance opérationnelle de la banque centrale et une limitation du financement monétaire aux circonstances exceptionnelles.
Les banques appelées à renforcer leur résilience

Le FMI relève que les banques algériennes restent liquides, rentables et suffisamment capitalisées. Il appelle néanmoins à poursuivre les réformes destinées à réduire les risques liés au niveau élevé des créances douteuses et aux liens financiers étroits entre l’État, les entreprises publiques et les banques publiques.

N.R

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