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L’Espagne épingle le Makhzen : Ceuta, un chantage d’État dévoilé

Par Kahina Hammoudi

Un rapport interne du Centre national de l’immigration et des frontières de la Police nationale espagnole accuse sans détour les forces de sécurité marocaines d’avoir planifié et orchestré l’entrée massive d’environ 72 000 personnes à Ceuta fin juillet. Ce document, transmis à la juge de l’Audiencia Nacional María Tardón et communiqué au parquet, transforme l’affaire en dossier judiciaire pesant contre Rabat.

Le rapport et ses preuves matérielles

Selon le CENIF, l’opération s’est déroulée principalement les 30 et 31 juillet 2026. Le rapport contient des éléments concrets : extraits de vidéos de surveillance montrant des déplacements coordonnés, témoignages de migrants décrivant l’accompagnement par des gendarmes marocains, analyses de trajectoires GPS et constatations photographiques de zones de frontière laissées délibérément ouvertes au moment de l’afflux. Ces pièces ont été jointes au dossier transmis à la magistrate et servent de base aux investigations en cours.

Un chantage d’État qui instrumentalise des vies

L’opération à Ceuta apparaît comme un acte de chantage d’État. Le Makhzen a instrumentalisé des êtres humains pour faire pression sur l’Espagne, transformant des vies vulnérables en monnaie d’échange diplomatique. Cette stratégie barbare ne relève plus de l’épisode isolé : elle révèle une pratique d’État qui sacrifie des êtres humains sur l’autel d’intérêts politiques et territoriaux.

Sur le terrain, le bilan humain est lourd et précis : environ 72 000 personnes sont entrées en quelques jours, des milliers ont été renvoyées vers le Maroc dans des opérations massives de refoulement, mais plusieurs milliers sont restés à Ceuta, où des campements de fortune se sont formés. Les ONG locales et internationales ont signalé la présence d’enfants non accompagnés, de femmes enceintes et de personnes blessées, dénonçant des conditions sanitaires précaires, des risques d’exploitation et un accès insuffisant aux soins et à l’assistance juridique.

Un schéma plus vaste de pression et d’ingérence

Les révélations relayées par El Español et portées par des journalistes d’investigation, dont Ignacio Cembrero, confirment ce que beaucoup présentaient : Rabat impose sa stratégie par la force et la manipulation. L’usage de la migration comme levier politique s’inscrit dans un schéma plus large de pression et d’ingérence qui comprend espionnage et corruption. Les affaires Pegasus, les enquêtes sur des financements opaques et les soupçons de liens entretenus avec des institutions européennes témoignent d’un Makhzen prêt à toutes les méthodes pour dicter ses choix aux capitales européennes.

La crise politique à Madrid

Pedro Sánchez et son gouvernement ont d’abord tenté de blanchir Rabat; ils se retrouvent aujourd’hui contredits par leurs propres services de sécurité. L’attitude initiale de Madrid relève d’un compromis politique indigne face à une agression manifeste. La diplomatie ne peut plus servir d’alibi à la complaisance. Les dirigeants européens qui ont soutenu le plan d’autonomie marocain pour le Sahara Occidental doivent désormais répondre : ont-ils cédé sous la pression, la menace ou la manipulation ? Leur volte-face exige des explications publiques et la communication des éléments sur lesquels ils se sont appuyés.

Voies juridiques et réponses attendues

Sur le plan juridique, plusieurs voies s’ouvrent : plainte pénale pour mise en danger de personnes et pour «actes d’organisation en bande» pouvant viser des agents identifiés; demandes d’entraide judiciaire internationale entre Madrid et d’autres capitales européennes; et saisine possible d’instances internationales si des violations massives des droits humains sont avérées. Des auditions de responsables marocains et des demandes d’accès aux enregistrements et aux communications opérationnelles figurent déjà dans les requêtes du parquet.

Exiger la transparence et des sanctions

Madrid doit aller jusqu’au bout : ouverture immédiate d’une enquête indépendante et transparente, attribution de responsabilités, sanctions ciblées contre les responsables identifiés et prise en charge urgente des victimes, y compris assistance médicale, juridique et réinstallation si nécessaire. L’Union européenne doit se montrer ferme : finir avec la politique de complaisance envers un régime qui utilise la migration comme arme. Les relations internationales ne doivent pas se négocier à coups de chantage.

Ceuta, un acte d’intimidation d’État

Ceuta n’est pas un incident ; c’est un acte d’intimidation d’un État contre un autre. Le rapport de la Police nationale place désormais le Makhzen face à ses responsabilités. La justice espagnole détient le dossier. Il appartient aux autorités de faire toute la lumière, de traduire les coupables devant les tribunaux et d’empêcher qu’un État use de vies humaines comme d’un levier diplomatique.

K. H.

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