Quand la guerre refaçonne le prix du pain: l’indice FAO au plus haut depuis 2023

Par Nadera Rebiai

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié, vendredi 7 août 2026, son indice mensuel des prix alimentaires.

Il s’établit à 131,1 points en juillet, son niveau le plus élevé depuis janvier 2023.

Derrière ce chiffre agrégé, une même dynamique traverse tous les marchés : les couloirs stratégiques qui font transiter l’énergie et les céréales mondiales sont aujourd’hui sous le feu, littéralement.

Un indice des prix alimentaires tiré par les céréales

L’Indice FAO des prix des céréales a progressé de 3,4% en un mois, à 113,8 points, porté par une flambée de 5,8% des cours du blé , soit près de 10% de hausse sur un an ; cette envolée n’est pas un accident de marché : elle reflète l’escalade des frappes de drones sur les infrastructures d’exportation de la mer Noire ; Le terminal céréalier de Demetra, sur le port russe de Taman, a subi début août des dommages significatifs, dans une série d’attaques qui a rendu quasi impraticable la navigation dans le détroit de Kertch depuis le 10 juillet.

Le trafic maritime dans la région d’Odessa est à l’arrêt depuis fin juillet : aucun navire marchand étranger n’y est entré depuis environ trois semaines, et près de 90% des armateurs ont suspendu leurs rotations.

Kiev prévoit désormais des exportations agricoles en repli de 54% pour la campagne 2026-2027, avec un effondrement de 53% pour le seul blé, or l’Ukraine pèse environ 6% des exportations mondiales de blé et 11% de celles de maïs — un poids suffisant pour que toute rupture prolongée se répercute directement sur les cours mondiaux et, en bout de chaîne, sur les pays importateurs du Moyen-Orient et d’Afrique, identifiés par les exportateurs russes eux-mêmes comme les plus exposés.

Le détroit d’Ormuz, chokepoint énergétique et alimentaire

La hausse de 3,6% des prix du maïs et la tension persistante sur l’ensemble du panier céréalier doivent aussi se lire à l’aune du marché pétrolier, le baril de Brent évoluait début août autour de 82-83 dollars, après plusieurs séances de nervosité liées au détroit d’Ormuz, où transitent environ un quart des échanges mondiaux de brut.

Cette volatilité énergétique se transmet mécaniquement aux prix alimentaires : coûts de transport, d’engrais et de production agricole augmentent avec chaque pic pétrolier.

La FAO le confirme explicitement dans son communiqué de juillet, pointant la hausse des prix de l’énergie comme facteur de soutien aux cours du maïs, dans un contexte de tensions géopolitiques accrues.

Huiles végétales et sucre : la double pression climatique et énergétique

L’Indice FAO des prix des huiles végétales a atteint 195,7 points, son plus haut niveau depuis juin 2022, porté par l’huile de palme et de soja — deux marchés directement sensibles aux cours du brut via la demande de biodiesel en Indonésie, le sucre, de son côté, a bondi de 5,6% en un mois, sous l’effet conjugué de conditions chaudes et sèches dans l’Union européenne et des craintes liées à El Niño sur les grands bassins de production asiatiques.

Au Brésil, l’anticipation d’une demande accrue d’éthanol détourne une partie de la canne à sucre vers le carburant plutôt que vers le marché alimentaire…nouvelle illustration de l’interconnexion entre énergie et alimentation.

Viande et produits laitiers : la seule exception à la hausse

Seuls les indices de la viande (-2,8%, à 127,7 points) et des produits laitiers (-0,7%, à 116,2 points) ont reculé en juillet, sous l’effet d’une offre abondante en Europe et au Brésil et d’une demande asiatique atone, un contrepoint qui rappelle que la hausse de juillet reste concentrée sur les produits les plus exposés aux routes maritimes stratégiques et aux marchés énergétiques , céréales, huiles, sucre plutôt qu’un phénomène inflationniste généralisé.

Ce répit sur la viande et le lait ne dit rien de la tendance de fond, qui se joue ailleurs…il y a une géographie discrète du prix du pain : elle passe par Odessa, par Taman, par le détroit d’Ormuz ; des noms que le consommateur ne prononce jamais, mais que son panier finit toujours par payer.

Le blé ne connaît pas de frontières ; les canonnières, si.

N.R

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