Énergie Solaire: l’Algérie passe à la vitesse supérieure…

Par Nadera Rebiai
Après les 3,2 GW en cours de déploiement, l’Algérie prépare une deuxième phase qui doit porter sa capacité photovoltaïque à 15 GW d’ici 2035, un pari chiffré à près de 9,84 milliards de dollars, adossé à sa nouvelle Contribution déterminée au niveau national (CDN), transmise à l’ONU.
L’Algérie ne cache plus ses ambitions, le pays s’est doté d’un calendrier précis pour bâtir l’un des plus vastes programmes solaires du continent : 3,2 gigawatts (GW) de capacité photovoltaïque actuellement en chantier.
Avec une mise en service échelonnée entre 2026 et 2027, puis une deuxième phase qui doit porter la puissance totale installée à 15 GW à l’horizon 2035.
L’objectif, fixé de longue date par le programme national des énergies renouvelables, franchit une nouvelle étape avec le dépôt, début août, de la CDN 2026 de l’Algérie auprès du secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
Une feuille de route chiffrée
Selon la ministre de l’Environnement et de la Qualité de vie, Kaouter Krikou, ce document engage l’Algérie sur la voie d’une action climatique renforcée, articulée autour d’un vaste programme de transition énergétique.
Le coût total de sa mise en œuvre est évalué à 24 milliards de dollars sur la période 2026-2035 ; soit environ 2,4 milliards de dollars par an dont 9,84 milliards de dollars fléchés vers le seul secteur électrique, pour accélérer le déploiement des renouvelables et moderniser le réseau, le bâtiment (7,9 milliards de dollars) et les transports (3,7 milliards de dollars) complètent ce triptyque.
Cette montée en puissance doit permettre d’économiser chaque année plusieurs milliards de mètres cubes de gaz naturel, des volumes que l’Algérie entend réorienter vers l’exportation ou l’industrie locale plutôt que vers la production électrique domestique … un arbitrage économique assumé par les autorités.
Financements internationaux et partenariats mobilisés
Pour boucler cette enveloppe, Alger table sur les mécanismes climatiques internationaux ; Fonds vert pour le climat, Fonds pour l’environnement mondial, Fonds d’adaptation ainsi que sur des coopérations bilatérales.
Les besoins couvrent la construction de nouveaux parcs solaires et éoliens dans les zones à fort potentiel, notamment les Hauts Plateaux et le Sud, le renforcement des lignes de transport d’électricité, l’intégration de solutions de stockage, et la formation de compétences locales.
Sur le terrain, la libéralisation du cadre d’investissement avec l’abrogation en 2022 de la règle du « 51/49 » pour les projets d’énergies renouvelables, qui plafonnait la participation étrangère a ouvert la voie à une présence accrue des opérateurs internationaux.
L’Europe, débouché stratégique
Les discussions avec l’Allemagne sur de grands projets photovoltaïques dans le Sud algérien se sont récemment relancées, une piste qui pourrait déboucher sur un premier partenariat structurant dans ce domaine.
Avec l’Italie, la coopération est déjà engagée à travers le projet Medlink : un câble sous-marin de 2 000 mégawatts reliant l’Algérie à l’Italie via la Tunisie, validé en août 2025 par la Commission européenne au titre du mécanisme «Connecting Europe Facility», et dont la mise en service est annoncée pour fin 2027.
Le projet prévoit, en amont, le développement d’environ 10 GW de capacités solaires et éoliennes en Algérie et en Tunisie, pour une production annuelle avoisinant 30 térawattheures — une partie destinée au marché local, le reste à l’exportation vers le nord de l’Italie.
Des pistes d’interconnexion avec l’Espagne sont également évoquées, dans la logique d’une future boucle électrique méditerranéenne.
Le corridor SoutH2, dédié à l’export d’hydrogène vert depuis l’Algérie vers l’Union européenne, s’inscrit dans la même trajectoire d’intégration énergétique régionale.
Un potentiel encore largement sous-exploité
Avec environ 3 000 heures d’ensoleillement annuel, l’Algérie dispose de l’un des gisements solaires les plus importants au monde.
Reste à transformer ce potentiel en projets effectivement financés, raccordés et pérennes ; un défi que plusieurs experts du secteur pointent désormais comme le véritable enjeu des prochaines années, davantage que la ressource naturelle elle-même.
La première phase du programme doit être pleinement opérationnelle début 2027 ; la seconde devra être bouclée d’ici 2035 pour porter la capacité nationale à 15 GW…Les prochains mois seront déterminants pour transformer les annonces en montages financiers et en partenariats techniques concrets.
N.R




