Témoignage : torture, mur et résistance — Aminatou Hidar demande justice pour le Sahara occidental

Par Kahina Hammoudi
«La prison, la torture et la sauvagerie de l’occupant m’ont rendue plus courageuse»C’est ainsi qu’Aminatou Hidar, présidente de l’Instance sahraouie de lutte contre l’occupation marocaine, résume une vie façonnée par la violence, la résistance et une volonté inébranlable de justice. Invitée à Ljubljana par le Centre d’études du Moyen-Orient de l’université de la capitale slovène, la militante sahraouie a livré, dans un long entretien à la journaliste Tina Gerib, le récit cru de son parcours et un appel vibrant en faveur du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.
Son engagement remonte à l’adolescence. Selon son témoignage, la répression marocaine, dès les premières manifestations pacifiques, l’a poussée naturellement vers la défense des droits humains. En 1987, après avoir participé à des rassemblements coïncidant avec la visite d’une mission onusienne au Sahara occidental, elle a été arrêtée. Quatre années de «disparition» forcée dans un centre carcéral secret, dit‑elle, durant lesquelles elle a subi torture et mauvais traitements, sans procès ni contact avec sa famille. Ce silence imposé par l’occupant, loin de briser sa détermination, l’a fortifiée : «Je suis sortie de prison plus courageuse et plus déterminée à révéler les crimes de l’occupation», confie Hidar.
Dans son intervention à Ljubljana, Aminatou n’a pas limité son récit aux expériences personnelles. Elle a dressé un tableau sombre des conditions humaines dans les territoires occupés et des camps de réfugiés sahraouis en Algérie. Elle a mis en lumière le rôle central des femmes sahraouies : piliers de la résistance non‑violente, gestionnaires de la vie quotidienne dans les camps, souvent visées par des arrestations arbitraires, des tortures et des restrictions de liberté.
Hidar a aussi rappelé l’existence du mur militaire construit par Rabat — une digue de fer de 2 700 kilomètres qui sépare les territoires occupés des zones libérées, déchire des familles et entoure des millions de mines antipersonnel. Elle a dénoncé la persistance des violations : arrestations arbitraires, procès inéquitables, surveillance électronique via le logiciel «Pegasus», et frappes de drones visant des civils. Autant d’éléments, selon elle, qui dessinent le visage d’une occupation à la fois brutale et technologique.
Sur le plan politique, la militante pointe la responsabilité partagée de la communauté internationale. Les intérêts économiques — phosphates, richesses halieutiques et autres ressources — expliqueraient une complaisance coupable de certains acteurs. Elle a rappelé que, malgré des décisions de la Cour de justice de l’Union européenne affirmant la distinction juridique entre le Sahara occidental et le Maroc, l’Union européenne et plusieurs puissances occidentales continuent d’apporter un soutien réel ou implicite à Rabat.
Interrogée sur les similitudes avec la question palestinienne, Hidar a observé des parallèles douloureux : occupation, déplacement, politiques de peuplement. Mais elle a souligné l’injustice du silence international : la cause sahraouie ne reçoit pas la couverture médiatique ni la pression diplomatique dont bénéficie la Palestine.
Malgré la montée d’un profond découragement chez de nombreux jeunes sahraouis, Aminatou Hidar réaffirme son attachement à la lutte pacifique. Elle met en garde contre les dangers d’une spirale de violence si l’horizon politique restait fermé, tout en insistant sur la légitimité et la nécessité d’un combat non‑violent pour préserver la mémoire et la dignité du peuple sahraoui.
Son message final, lancé à l’ONU, à l’Union européenne et à l’État slovène, est sans détour : reconnaître et soutenir le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, exiger la libération des prisonniers politiques sahraouis, et étendre le mandat de la mission MINURSO pour inclure la surveillance des droits humains au Sahara occidental. «Nous ne demandons que l’application du droit international, le respect de notre liberté, de notre dignité et de notre souveraineté sur notre terre», conclut‑elle.
Arrivée à Ljubljana le 17 mai, Aminatou Hidar a été accueillie par les représentants du Front Polisario en Slovénie et par ses déléguées scandinaves, multipliant rencontres médiatiques, débats universitaires et une séance au Parlement slovène où la vice‑présidente du Parlement lui a offert une tribune publique. Sa tournée européenne n’est pas un simple voyage : c’est une mise en accusation internationale et un appel pressant à rompre le silence qui étouffe la voix sahraouie.
K. H.




