L’Algérie et l’Italie, partenaires indispensables sur la carte énergétique de l’Europe

Par Kahina Hammoudi
Les relations bilatérales entre l’Algérie et l’Italie connaissent, depuis plusieurs années, une dynamique inédite, marquée par une montée en puissance du partenariat énergétique entre les deux pays. Par‑delà la diplomatie de bon voisinage et les échanges commerciaux diversifiés, c’est bien le secteur de l’énergie qui structure aujourd’hui cette relation, avec une centralité croissante de l’Italie comme porte‑entrée de l’Union européenne pour les hydrocarbures algériens.
Une coopération historique au service de la sécurité énergétique
L’Algérie et l’Italie entretiennent une coopération dans le domaine des hydrocarbures depuis plusieurs décennies, consolidée par des investissements croisés et des infrastructures communes, notamment le gazoduc Transmed, qui relie l’Algérie à la Sicile depuis 1983.
Ce lien physique, longtemps perçu comme un simple corridor commercial, apparaît aujourd’hui comme une véritable colonne vertébrale de la sécurité énergétique de l’Italie, qui importe environ 95% de ses besoins en gaz naturel.
La signature de nouveaux accords de livraison et le renforcement de la coopération entre Sonatrach et le groupe italien ENI illustrent la volonté politique conjointe d’ancrer l’Algérie comme partenaire fiable et de long terme de la transition énergétique italienne.
L’Italie, véritable «porte de l’Europe» pour l’énergie algérienne
Pour l’Algérie, l’intérêt stratégique réside dans le rôle de l’Italie comme hub énergétique européen, permettant à l’hydrogène et au gaz algériens de rejoindre les réseaux de l’Union européenne via des terminaux et des gazoducs italiens.
Rome s’est ainsi fixé l’objectif de devenir une « porte d’entrée énergétique vers l’Europe », un projet qui ne peut se concrétiser sans l’implication de l’Algérie comme grand fournisseur méditerranéen.
Cette fonction de « porte de l’Europe » est portée par des accords récents visant non seulement à augmenter les volumes de gaz exportés, mais aussi à développer des projets d’électricité et d’hydrogène vert entre les deux pays.
Alger entend ainsi exporter davantage qu’un simple hydrocarbure : il s’agit de positionner l’Algérie comme acteur de la transition énergétique européenne, avec l’Italie comme interface logistique et politique.
Une interdépendance énergétique au cœur du partenariat
La relation énergétique entre l’Algérie et l’Italie repose sur une forte interdépendance : l’Italie a besoin d’un partenaire stable pour sécuriser ses approvisionnements, tandis que l’Algérie trouve dans Rome un levier pour diversifier ses débouchés européens et intégrer les chaînes de valeur de la transition verte.
Les échanges commerciaux bilatéraux, qui ont atteint environ 14 milliards d’euros en 2024, démontrent la consolidation d’un partenariat économique dont l’énergie reste la composante la plus structurante.
Au‑delà du gaz, les deux pays multiplient les accords sur l’hydrogène vert, le solaire et l’éolien, ouvrant la voie à une coopération industrielle dans l’exploration, la production, le raffinage et la décarbonation.
Des projets communs entre Sonatrach et ENI, portés par des déclarations d’entente et des contrats de partage de production, transforment progressivement une relation d’approvisionnement en véritable partenariat stratégique de souveraineté énergétique.
Une diplomatie énergétique au service de l’intérêt national
La montée en gamme de la relation bilatérale passe aussi par une diplomatie énergétique affinée, où des sommets intergouvernementaux réguliers (comme le 5ᵉ sommet algéro‑italien de juillet 2025) servent de plateforme pour consolider une architecture de coopération intégrée.
L’Italie s’y affiche comme un « pont » entre l’Afrique et l’Europe, tandis que l’Algérie y trouve une fenêtre pour renforcer sa présence dans le jeu énergétique européen et diversifier ses partenaires.
Pour l’Algérie, l’enjeu est donc double : sécuriser des débouchés stables pour son gaz et ses futurs produits de transition (hydrogène, électricité), tout en consolidant une image de partenaire stratégique et responsable sur le marché européen.
Pour l’Italie, il s’agit, au‑delà du simple approvisionnement, de bâtir une autonomie énergétique reposant sur une coopération méditerranéenne solide, où l’Algérie occupe désormais une place centrale.
Un partenariat qui irrigue l’avenir
En définitive, les relations bilatérales entre l’Algérie et l’Italie se sont muées en un partenariat stratégique dont l’énergie constitue la clé de voûte. L’Italie, positionnée comme porte de l’Europe, offre à l’Algérie un accès privilégié aux marchés européens, tandis que l’Algérie, avec ses réserves et ses projets de transition, devient un maillon essentiel de la sécurité énergétique italienne et, par ricochet, européenne.
Dans cette configuration, l’interdépendance n’est plus seulement un constat technique, mais un socle politique qui façonne l’avenir commun des deux pays sur la rive méditerranéenne.
K. H.




