Quand l’intelligence artificielle fait taire certaines plumes

Par Nadera Rebiai
L’intelligence artificielle s’est installée dans nos vies avec une facilité déconcertante; dans les rédactions, sur les écrans des écrivains, dans les outils du quotidien, elle promet gain de temps, efficacité et productivité. Elle écrit vite, sans fatigue, sans silence. Peut-être trop vite.
Elle séduit : toujours disponible, prête à produire à la demande. On y va d’abord par curiosité…puis par facilité..et très vite par habitude.
Une écriture sans aspérités
Cours, rédactions des thèses et même dans de nombreux médias, l’IA rédige des brèves, reformule des dépêches, produit des contenus en série, le résultat est souvent correct, propre, lisse, même rythme, même structure, même prudence et à force d’optimisation, la voix s’efface.
Ce que la machine ne peut pas remplacer
Le journalisme n’a jamais été seulement une affaire de rapidité, il est fait de regard, de choix, de subjectivité assumée, il porte l’empreinte de celles et ceux qui écrivent : une sensibilité, une colère, parfois même un silence explicite…chose que la IA ne pourra l’avoir !
Elle ne tremble pas devant une phrase, elle ne porte ni responsabilité morale ni mémoire intime, Or c’est précisément cette fragilité qui donne sa profondeur à un texte.
Un outil, pas une voix
Il ne s’agit pas de rejeter la machine, elle peut être un soutien, un assistant discret; le danger apparaît lorsqu’elle devient une voix principale, une source de désinformation quand elle remplace au lieu d’accompagner.
À l’ère de l’automatisation, certaines plumes se taisent non parce qu’elles sont moins talentueuses, mais parce qu’elles sont jugées moins rentables, moins rapides, moins dociles et à trop préférer la rapidité de l’algorithme, on risque de perdre la profondeur du regard humain.
Écrire soi-même, aujourd’hui, est peut-être devenu un acte de résistance.
— Synapse, quand l’actualité rencontre la conscience.
N.R




