Nouveauté Managériale et Anticipation: L’Algérie se dote d’un modèle macroéconomique pour préparer l’après-pétrole

Par Lynda.N

La Banque d’Algérie dispose désormais de son premier modèle trimestriel de projection macroéconomique, élaboré avec l’assistance technique du FMI dans le sillage de la loi monétaire et bancaire de 2023.

Depuis le contre-choc pétrolier de 2014 qui avait fait chuter les cours du Brent de 100 à 53 dollars le baril, la question de la modernisation des instruments de politique économique en Algérie a pris une acuité nouvelle.

La chute des recettes d’hydrocarbures avait alors mis à nu la fragilité d’un modèle budgétaire entièrement indexé sur les exportations pétrolières et gazières, creusant des déficits persistants et faisant fondre les réserves de change, passées de 194 milliards de dollars en 2013 à 48 milliards en 2020.

C’est dans ce contexte de prise de conscience que s’inscrit la publication, en février 2026, d’un document de travail du Fonds monétaire international consacré au premier modèle trimestriel de projection macroéconomique de la Banque d’Algérie.

Baptisé “AMPM pour Algeria Macroeconomic Projection Model”, ce dispositif analytique est le produit d’une assistance technique conduite par le FMI depuis 2023, dans le sillage de la loi monétaire et bancaire adoptée en juin de la même année.

Ce texte fondateur avait redéfini les missions de la banque centrale en plaçant explicitement la stabilité des prix au coeur de son mandat, tout en limitant les avances au Trésor et en fournissant les bases juridiques d’une modernisation du cadre opérationnel. Restait à traduire ces ambitions en instruments concrets. L’AMPM est une réponse à cette exigence.

La tâche n’était pas simple. La Banque d’Algérie opère dans un environnement où les banques publiques concentrent plus de 85% des actifs du secteur financier et pratiquent des taux bonifiés sous garantie de l’État, ce qui affaiblit considérablement la transmission de la politique monétaire.

Les exportateurs d’hydrocarbures sont tenus de céder leurs devises à la banque centrale, ce qui confère à cette dernière une position quasi monopolistique sur le marché des changes mais rend le signal des taux d’intérêt largement inopérant.

Dans ce contexte, construire un modèle capable de reproduire les mécanismes réels de l’économie algérienne relevait d’un exercice de haute précision.

Le modèle décompose le PIB réel en deux secteurs, extractif et non extractif, le premier étant principalement piloté par les cours mondiaux du pétrole et du gaz, le second reflétant la dynamique du cycle économique intérieur sur laquelle les autorités monétaires et budgétaires peuvent effectivement agir.

La politique de change administrée par la Banque d’Algérie, qui ajuste graduellement la valeur de référence du dinar pour corriger les écarts du taux de change effectif réel par rapport à son niveau d’équilibre fondamental, fait l’objet d’une formalisation explicite.

Les interactions entre politique monétaire et politique budgétaire y sont également modélisées, un enjeu central dans une économie où la dépense publique a suivi de près, depuis des décennies, les fluctuations des recettes pétrolières.

Les simulations produites confirment la cohérence du modèle avec les données historiques.

Une hausse de 10% des prix mondiaux de l’énergie provoque une expansion du secteur extractif, une amélioration du solde courant et une appréciation du dinar.

Un choc de dépense publique d’un point de PIB génère une hausse d’environ 0,4 point du PIB hors hydrocarbures dès la première année, avant que les pressions inflationnistes et la progression de l’endettement n’imposent un resserrement monétaire.

Testé sur des horizons allant d’un à huit trimestres, le modèle surpasse systématiquement la marche aléatoire pour l’ensemble des variables considérées.

L’Algérie rejoint ainsi un mouvement plus large de modernisation des banques centrales dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, où des institutions comparables en Jordanie et aux Philippines ont récemment adopté des outils similaires avec l’appui du FMI.

L’AMPM doit permettre à la Banque d’Algérie d’évaluer les implications d’un éventuel basculement vers un régime de ciblage des taux d’intérêt, une perspective que le Fonds encourage dans ses consultations annuelles et qui supposerait une rupture profonde avec des décennies de pilotage par les agrégats monétaires.

L.N

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