Économie algérienne : l’agriculture talonne les hydrocarbures, importations en pleine explosion
L'ONS révèle une croissance de 3,9% au T2 2025. L'agriculture talonne les hydrocarbures en chute, importations explosent (+30,6%).
Par Kahina Hammoudi
L’Office national des statistiques (ONS) lève le voile sur les chiffres du deuxième trimestre 2025 : une croissance de 3,9%, en légère accélération par rapport à 3,7% un an plus tôt. Cette dynamique, dopée par une conjoncture internationale plus clémente, repose sur quatre piliers : l’industrie (+6,4%), le commerce (+6,7%), l’agriculture (+4,5%) et l’électricité-gaz (+9,7%). Hors hydrocarbures, le PIB bondit de 5,3%, signe que les efforts de diversification commencent à porter leurs fruits, loin de la mono-dépendance aux rentes fossiles.
Hydrocarbures en perte de vitesse, agriculture en embuscade
Le secteur des hydrocarbures, poumon historique de l’économie, tousse : -1,2% sur le trimestre, plombé par une extraction en chute libre de 5,5%. Seul le raffinage (+9%) résiste. Sa valeur ajoutée nominale s’effrite à 1 556,8 milliards DA (12 milliards USD), contre 1 720 milliards un an auparavant. À sa porte, l’agriculture frappe fort : 1 418,5 milliards DA (11 milliards USD), en hausse de 4,6%, rattrapant presque le géant noir. Le PIB total en valeurs courantes atteint 9 410 milliards DA (72,4 milliards USD), +5,1%, avec une inflation maîtrisée à 1,1%.
Importations folles, exportations à la traîne
Les importations explosent de 30,6%, portées par les biens (+34,1%) et les services (+6%), pour toucher 3 800 milliards DA (30 milliards USD) sur le semestre. Sur l’année 2024, elles culminaient à 49,5 milliards USD ; 2025 s’annonce pire. Les exportations stagnent à +0,5%, les hydrocarbures reculent (-1,3%, 21,4 milliards USD sur le semestre), tandis que les non-hydrocarbures s’envolent (+37,2%). Les services exportés chutent de 10,7%, à 2,1 milliards USD. Bilan : déficit commercial qui s’élargit, fragilisant les réserves de change.
Perspectives : diversification ou mirage ?
Les chiffres ONS confirment une trajectoire de diversification, mais les importations galopantes interrogent la soutenabilité. Des économistes comme ceux du FMI prévoient une croissance 2025 à 3,8%, tirée par les non-hydrocarbures, mais alertent sur la volatilité des prix pétroliers et la faible productivité agricole. Le PLF 2026 table sur un PIB en hausse, avec investissements publics massifs (7 milliards USD en infrastructures), mais sans réformes structurelles, l’Algérie risque le surchauffe importateur. L’agriculture, boostée par les céréales (objectif 3 millions d’hectares), pourrait stabiliser le panier, à condition d’irriguer la filière.
K. H.





