Interview exclusive pour ABNews : Benmouloud révèle les dessous de la révolution numérique en Algérie
Projet majeur de la feuille de route du Président Tebboune : la numérisation, arme technologique, cœur battant du social et de l'économique... le défi de la fiabilité. Quand le numérique va, tout va.
Interview réalisée par Kahina Hammoudi
À un moment charnière de son histoire, où l’Algérie reconstruit ses institutions sur des bases modernes, la numérisation s’impose comme un défi majeur de l’État pour garantir efficacité, transparence et souveraineté.
Ce dossier est une priorité absolue pour le Président Abdelmadjid Tebboune, qui suit personnellement chaque étape de la transformation numérique et a fixé un ultimatum clair : achever la généralisation de la numérisation à tous les secteurs d’ici fin 2025, sous peine de mesures radicales.
Sous son impulsion déterminée, la numérisation devient le levier stratégique pour moderniser les services publics, instaurer une transparence totale de gestion, et lutter résolument contre la corruption et les privilèges indus.
Dans un monde marqué par une course effrénée au contrôle des données et des technologies, l’Algérie a choisi de forger son propre modèle souverain, basé sur ses capacités nationales.
Madame Meriem Benmouloud, ministre et Haut-Commissaire à la Numérisation, incarne cette ambition nationale sans précédent.
Par son action, l’État a réalisé des avancées exceptionnelles en un temps record.
Dans cet entretien exclusif, elle dévoile les coulisses de cette transformation, les fondements de la souveraineté numérique, les infrastructures déployées pour un État numérique robuste, ainsi que les défis et perspectives à venir.
Ce dialogue ouvre une fenêtre unique sur le cœur stratégique du numérique étatique et dessine les contours d’une Algérie nouvelle, bâtie avec fermeté et vision.
Comment expliquez-vous cet avancement rapide de l’Algérie en matière de numérisation sur une période si courte?
Madame la Ministre : « La progression rapide s’explique d’abord par l’intérêt soutenu et le suivi direct que porte Son Excellence le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à ce dossier. Ce soutien continu a permis, grâce à Dieu, de concrétiser plusieurs projets importants et de surmonter de nombreux obstacles. La présidence a joué un rôle majeur en assurant un environnement propice à ces réalisations, en accord avec ses engagements solennels.
Depuis la création de la Haute-Commission à la Numérisation en septembre 2023, nous avons immédiatement entamé le travail d’organisation des structures, le recrutement des talents, et l’élaboration d’une stratégie rigoureuse validée comme feuille de route. La gestion officielle des projets a débuté en avril 2024, soit six mois après la création. Durant cette période, nous avons structuré méthodiquement nos activités et rempli toutes les conditions nécessaires au lancement effectif.
Nous nous appuyons fondamentalement sur la volonté politique forte des plus hautes autorités, à commencer par le Président, pour impulser la numérisation et la transformation digitale. Même avec des ressources humaines et techniques présentes, sans cette volonté politique, atteindre les objectifs serait difficile. Cette volonté a été déterminante pour accélérer le rythme des réalisations.
Par ailleurs, nous miserons beaucoup sur les compétences des jeunes diplômés des grandes écoles et universités, spécialisés en informatique et numérique, ainsi que sur des experts provenant de secteurs ayant déjà amorcé leur propre processus de numérisation.
Vous évoquez que les efforts étaient auparavant sectoriels et indépendants.
Pourquoi le raccordement intersectoriel est-il devenu une nécessité urgente aujourd’hui?
Madame la Ministre : « Autrefois, chaque secteur œuvrait isolément, utilisant ses propres outils et bases de données, ce qui provoquait un morcellement des données, des redondances et parfois des incohérences. Aujourd’hui, la prise de décisions éclairées et l’élaboration de politiques publiques efficaces nécessitent des données organisées, unifiées et fiables.
C’est la raison pour laquelle le Président de la République insiste constamment : l’interopérabilité entre secteurs est la seule voie pour assurer la fluidité des données et l’unification des politiques publiques et sectorielles.
Depuis avril 2024, nous avons donc posé les bases organisationnelles et techniques indispensables pour gérer efficacement les projets numériques, ce qui est une étape cruciale pour assurer la souveraineté numérique ».
Comment définissez-vous la souveraineté numérique pour l’Algérie?
Madame la Ministre : « La souveraineté numérique ne peut se réduire à utiliser un certain pourcentage d’outils ou de systèmes étrangers, comme cela est parfois le cas avec certains modèles. L’objectif est plus profond : il s’agit de construire un écosystème national complet, maîtrisé intégralement avec des capacités locales assurant un contrôle total des données et des infrastructures numériques, au service de l’économie nationale et de la protection des intérêts de l’État. »
En matière de gestion des données et de sécurité, comment garantissez-vous que les données restent dans leur cadre légal et sont protégées contre tout usage frauduleux?
Madame la Ministre : « Nous sommes à une étape cruciale où les systèmes gouvernementaux doivent accompagner le développement, notamment sur l’accès et l’exploitation des données pour la prise de décisions. Nous ne cherchons pas un échange de données anarchique ou désordonné, mais un partage organisé, sécurisé et contrôlé.
Il est essentiel de connaître précisément :
Comment les données circulent-elles ?
Qui est l’émetteur ?
Qui est le récepteur ?
Quel est le trajet emprunté ?
Quelles sont les garanties empêchant toute fuite ou usage illicite ?
Ces principes fondamentaux protègent les informations et en régulent la circulation pour garantir qu’aucune donnée ne sorte de son cadre légal ou institutionnel. »
Quelles méthodes et dispositifs avez-vous mis en place pour la gouvernance et la sécurité des données?
Madame la Ministre : « La protection des données commence par leur organisation. Aussi, nous avons créé la Plateforme nationale de gouvernance des données, un système massif qui permet de transférer les données en toute sécurité, du point de départ jusqu’à la destination finale, quel que soit leur type ou mode de transfert. Cette plateforme intègre un dispositif de sécurité complet appliqué d’abord au niveau du réseau, puis à l’ensemble de la plateforme.
Nous travaillons en étroite coordination avec l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information, qui dispose d’une stratégie nationale de cybersécurité et prépare un projet de loi sur la sécurité de l’information. Notre collaboration est constante et réciproque, avec pour objectif d’élever la sécurité au plus haut niveau, tant pour l’accès aux données que pour le contrôle strict des personnes habilitées à y accéder.
Ainsi, nous avons mis en place un système national sécurisé de gouvernance des données, garantissant la souveraineté de l’État sur ses informations et assurant la fluidité et la sécurité des échanges via une plateforme nationale unifiée.
Par ailleurs, nous renforçons l’arsenal juridique avec un nouveau code de la numérisation, qui sera prochainement publié pour consolider le cadre réglementaire actuel. »
Qu’en est-il, justement, des infrastructures numériques et des services fournis aux secteurs?
Madame la Ministre : « L’Algérie dispose désormais d’un réseau souverain national à très haut débit reliant tous les secteurs aux centres de données nationaux. Nous avons établi des centres de données souverains répondant aux plus hauts standards techniques, ainsi qu’un cloud public sécurisé. Six secteurs clés sont déjà connectés, tandis que le reste suit progressivement.
Pour alléger les démarches administratives et accélérer la transition numérique, nous mettons gratuitement à disposition des secteurs le cloud souverain, sans procédures lourdes ni coûts. Une simple connexion au réseau sécurisé suffit pour obtenir un environnement numérique complet.
Cela permet des économies de temps, d’efforts et de budget, en évitant les appels d’offres longs, coûteux et risqués. »
Où en est le portail national des services publics numériques?
Madame la Ministre : « Nous avons lancé une phase pilote comprenant 51 services numériques parmi les plus demandés : état civil, casier judiciaire, cadastre, logement, etc. Nous avons délibérément choisi de ne pas démarrer avec un volume trop important afin d’assurer une base technique fiable. Cette base solide nous permet désormais de prévoir l’ajout rapide de centaines de nouveaux services dans les mois à venir. »
Enfin, les citoyens algériens, et en particulier les jeunes, sont-ils prêts pour cette vaste transformation numérique?
Madame la Ministre : Absolument. La jeunesse algérienne se distingue par son fort engouement pour le numérique, sa curiosité et sa remarquable capacité d’adaptation.
Nous avons recruté massivement des ingénieurs et spécialistes issus des universités et grandes écoles, qui constituent le moteur vital de cette transformation nationale. »
Merci beaucoup, Madame la Ministre, pour ces éclairages détaillés.
Madame la Ministre : « C’est moi qui vous remercie. La numérisation est une entreprise collective qui engage tous les acteurs pour servir l’Algérie. »
K. H.





