Vidéosurveillance au travail : l’ANPDP pose des garde-fous stricts pour protéger la vie privée

Par Kahina Hammoudi
Dans un contexte d’explosion des caméras de surveillance dans les entreprises et lieux publics, l’Autorité nationale de protection des données personnelles (ANPDP) publie une délibération claire et ferme.
Elle encadre l’usage de ces outils, répondant aux inquiétudes croissantes des citoyens et des employeurs.
Invité aujourd’hui sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Aissaoui Boualem, membre de l’ANPDP, a démêlé le vrai du faux. «Notre rôle est de protéger au maximum les droits des personnes et des biens. Cette délibération clarifie la loi sur les données personnelles, surtout pour la vidéosurveillance qui pullule partout», a-t-il lancé d’entrée.
Pas d’autorisation pour l’achat, mais un contrôle total sur les images
L’ANPDP ne valide ni l’achat ni l’installation des caméras. Son intervention frappe là où ça compte : la gestion des images filmées, qualifiées de données personnelles. «Dès qu’une personne est captée, on entre en ligne de mire. L’utilisateur doit déclarer à l’ANPDP comment il traite, utilise et stocke ces enregistrements», insiste Boualem.
Les entreprises et centres commerciaux doivent déposer une déclaration préalable, détaillant l’usage et la conservation. Contrôles inopinés à l’appui : des auditeurs peuvent débarquer sans prévenir pour vérifier le respect des règles.
Droits des salariés : information, accès, opposition… et un an maximum
Pour les employés filmés au boulot, la loi brandit quatre armes : droit à l’information, d’accès, de rectification et d’opposition (articles 32 à 36). «Un salarié peut exiger de voir l’image le concernant, la corriger, l’annuler ou s’y opposer si elle dérape», explique le responsable.
Conservation limitée à un an maximum, puis effacement obligatoire. Toilettes, vestiaires, cabines d’essayage ? Zones rouges, interdites à toute caméra pour sauvegarder l’intimité. Et obligation d’affichage clair : «Vous êtes filmés !» dans règlements internes ou conventions collectives.
Abus = sanctions pénales, délégué obligatoire et transferts à l’étranger sous loupe
Détourner une image ? C’est du pénal pur et dur. «La victime saisit la justice contre l’employeur ou l’entreprise. L’ANPDP intervient via ses contrôles», avertit Boualem. Chaque organisme doit nommer un délégué à la protection des données, pivot entre l’interne et l’Autorité.
Pour les transferts abroad, c’est l’autorisation préalable qui prime : interlocuteur clair à l’arrivée, cadre légal protecteur dans le pays hôte, et données minimales. «Ça vise les multinationales qui centralisent RH ou autres à l’étranger», précise-t-il.
Cette délibération arrive à pic, dans une Algérie où la tech envahit le quotidien. Elle équilibre sécurité et dignité, sans transiger sur la vie privée.
K. H.




