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Un million de moutons importés : une course contre la montre aux lourds enjeux logistiques et alimentaires

L’expert Mustapha Benaoui analyse l’importation d’un million de moutons en Algérie à l’approche de l’Aïd al-Adha, entre défis logistiques, besoins du marché et stratégie de reconstitution du cheptel national.

Par Kahina Hammoudi 

À quelques semaines de Aïd al-Adha, l’Algérie engage une opération d’envergure rarement égalée : l’importation d’un million de moutons pour répondre à une demande nationale sous tension. Une manœuvre à la fois conjoncturelle et stratégique, que décrypte Mustapha Benaoui, invité de l’émission « L’invité du jour » sur la chaîne 3 de la Radio algérienne.

Dès les premiers arrivages enregistrés au port d’Alger, le ton est donné. L’opération, pilotée par le ministère de l’Agriculture, s’inscrit dans une logique d’urgence : alimenter le marché et desserrer l’étau sur un cheptel national fragilisé. Mais derrière l’annonce, se cache une mécanique lourde, complexe, où chaque maillon compte.

Les importations, en provenance notamment d’Espagne, de Roumanie, du Brésil et de l’Uruguay, mobilisent plusieurs opérateurs internationaux. Sur le papier, l’objectif est clair : distribuer un million de têtes en l’espace de 60 jours. Dans les faits, le défi est d’une tout autre ampleur.

Car entre l’arrivée des bêtes et leur mise sur le marché, le parcours est semé de contraintes. Quarantaine sanitaire, contrôles vétérinaires, organisation des circuits de distribution… autant d’étapes qui exigent rigueur et coordination. Cinq ports sont mobilisés — Oran, Mostaganem, Ténès, Alger et Annaba — transformés en plateformes logistiques à ciel ouvert.

Mais c’est surtout la prise en charge du cheptel qui cristallise les inquiétudes. Nourrir, abreuver, surveiller des centaines de milliers de têtes pendant plusieurs semaines relève d’un véritable défi logistique. À raison de 600 à 700 grammes d’aliments par jour et par mouton, ce sont près de 30 000 tonnes à mobiliser, sans compter les besoins en eau et en encadrement sanitaire.

Le transport, lui aussi, pèse lourd dans l’équation. Entre camions adaptés et moyens insuffisants, la réussite de l’opération dépendra de la capacité à acheminer les bêtes dans des conditions optimales jusqu’aux points de vente. Sur ce point, Mustapha Benaoui plaide pour une implication accrue des grands éleveurs, mieux outillés pour gérer ce type de flux.

Reste la question sensible de la distribution. Les autorités promettent un maillage renforcé des points de vente à travers le territoire, avec l’ambition d’éviter les déséquilibres observés par le passé. Mais pour l’expert, une réalité s’impose : un million de têtes ne suffira pas à couvrir une demande estimée entre 3,5 et 4 millions.

Derrière cette opération ponctuelle, se dessine en réalité une stratégie à plus long terme. Face à la dégradation des parcours naturels et à la pression croissante sur les ressources locales, l’importation apparaît comme un levier incontournable pour reconstituer progressivement le cheptel national, sur une période pouvant s’étendre de cinq à huit ans.

Plus encore, Mustapha Benaoui appelle à repenser le modèle. Plutôt qu’une importation concentrée à l’approche de l’Aïd, il préconise une approche étalée sur toute l’année, plus rationnelle, plus durable.

Car au-delà de l’urgence, c’est bien la question de la souveraineté alimentaire qui se joue — en filigrane — dans cette opération hors norme.

K. H.

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