Sonelgaz anticipe jusqu’à 7% d’augmentation de la consommation électrique cet été : ce que dit le groupe et ce que cela implique

Par Kahina Hammoudi
Fatima‑Zohra Merzougui, directrice de la communication de Sonelgaz, a présenté ce mercredi dans l’émission «L’invité du jour» de la Chaîne 3 de la Radio algérienne les prévisions et les dispositifs mobilisés par le groupe pour faire face à la saison estivale 2026. Entre données de pointe, évolution des comportements et recommandations pratiques, Sonelgaz table sur une hausse de la demande qui pourrait être significative si la chaleur dépasse les normales saisonnières.
Prévisions et scénarios de consommation
Selon Mme Merzougui, «Sonelgaz s’attend cette année à une augmentation de la demande électrique, portée à la fois par la dynamique économique du pays, l’accroissement du nombre d’abonnés et le développement de plusieurs secteurs consommateurs d’énergie, notamment l’industrie, l’agriculture et les infrastructures liées aux ressources en eau», précisant que «pour cette année, nous nous attendons à une hausse de 3,5% si nous avons des températures saisonnières et une hausse pouvant atteindre 7% si nous connaissons des températures exceptionnelles comme celles enregistrées en 2023 et 2024».
Cette double hypothèse — scénario de base à +3,5% et scénario chaud à +7% — repose sur trois facteurs principaux : la croissance de la demande domestique liée à l’usage de la climatisation, l’expansion du parc d’abonnés et l’intensification de la consommation par des secteurs productifs. La distinction entre les deux scénarios est déterminée essentiellement par l’ampleur des vagues de chaleur : une hausse de quelques degrés pendant les mois d’été amplifie fortement la consommation électrique en Algérie, essentiellement via la climatisation.
Records récents et profils de consommation
La responsable a rappelé que «le record historique de consommation a été enregistré le 23 juillet 2025 avec une pointe de 20 628 mégawatts, contre 19 543 mégawatts à la même période en 2024. Cette progression de plus de 1 000 mégawatts en une année illustre l’augmentation constante des besoins énergétiques durant la saison estivale».
Ces chiffres donnent un ordre de grandeur utile pour comprendre les capacités opérationnelles et les marges de manœuvre du système électrique national. En dehors de la période estivale, la demande nationale se situe autour de 10 000 mégawatts. Durant les trois mois d’été, elle peut quasiment doubler, phénomène largement lié à l’essor de l’utilisation des appareils de climatisation dans les foyers et les bâtiments publics.
Qu’entend-on par «pointes» de consommation ?
Interrogée sur la notion de pointe de consommation, Mme Merzougui a expliqué qu’il s’agit des moments de la journée où la demande atteint son niveau le plus élevé : «Actuellement, les pointes de consommation s’établissent entre 13h et 16h et entre 20h et 22h», a‑t‑elle précisé. Elle a ajouté que «la courbe annuelle de consommation commence généralement à s’élever dès le mois de juin avant de diminuer progressivement à partir de la fin août».
La présence de deux pics quotidiens — un en début d’après‑midi, un en soirée — reflète deux comportements distincts : l’usage intensif de la climatisation pendant les heures les plus chaudes et, pour certains ménages et activités, une reprise d’activité en soirée nécessitant éclairage et refroidissement. Cette configuration influe sur la planification des opérations du réseau et sur la gestion des capacités de production et d’approvisionnement.
Évolution des habitudes : du chauffage à la climatisation
La communication de Sonelgaz met en lumière un basculement structurel dans les usages énergétiques des ménages algériens. Mme Merzougui a retracé cette évolution : «Avant 2009, les pics de consommation étaient enregistrés en hiver et en soirée à cause du chauffage électrique. Entre 2009 et 2014, nous sommes passés à une pointe estivale en soirée. Depuis 2014, nous observons une pointe estivale de jour liée principalement à la climatisation», attribuant ce changement «à la généralisation du raccordement au gaz naturel», qui a réduit l’usage de l’électricité pour le chauffage, ainsi qu’à «l’amélioration des conditions de vie favorisant l’équipement des foyers en climatiseurs».
Ce déplacement saisonnier et horaire des pointes modifie la nature des besoins : la demande devient plus sensible aux variations climatiques diurnes et à la pénétration d’équipements électriques de forte puissance. Le recours plus fréquent au gaz naturel pour le chauffage a allégé les pointes hivernales, mais l’augmentation du parc de climatiseurs crée une nouvelle contrainte durant les heures chaudes de la journée.
Impact sur les ménages et sur le système électrique
Sonelgaz souligne que la consommation des ménages augmente «de près de 40% durant cette période, une hausse qui correspond essentiellement à l’usage de la climatisation». À l’échelle nationale, ces variations saisonnières exigent une adaptation fine des capacités de production, du dispatching et des opérations de maintenance pour garantir la fiabilité et la continuité de l’alimentation.
Pour un pays dont la puissance de pointe a atteint récemment plus de 20 000 MW, la planification consiste à équilibrer production, importations éventuelles, stockage (lorsqu’il est disponible) et mesures de gestion de la demande. Cela implique aussi de mobiliser les équipes techniques en renfort pendant les pics, de s’assurer de la disponibilité des centrales et des lignes, et de coordonner les actions avec les autorités locales et les opérateurs d’infrastructures critiques (eau, industrie).
Campagnes de sensibilisation et rationalisation
Dans ce contexte, Sonelgaz participe à une campagne nationale de sensibilisation lancée le 18 juin par le ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables pour encourager la rationalisation. La directrice de la communication a insisté : «La rationalisation ne signifie pas une diminution du confort ou de la qualité de vie des Algériens. Il s’agit de consommer de façon réfléchie et responsable», rappelant les bénéfices attendus, tant pour les ménages (réduction des factures) que pour l’économie nationale (préservation des ressources).
Les axes de la sensibilisation portent sur des gestes simples — réglage des climatiseurs à une température raisonnable, utilisation de minuterie et programmateurs, entretien régulier des appareils — mais aussi sur des décisions d’achat visant l’efficience énergétique. Ces messages combinent pédagogie technique et appel à la responsabilité collective : dans un système électrique où la demande peut rapidement mobiliser l’essentiel des marges disponibles, chaque réduction ponctuelle de consommation pendant les heures de pointe améliore la résilience du réseau.
Choisir des appareils performants et une installation professionnelle
Sur le plan des équipements, Sonelgaz recommande d’«orienter les clients vers des climatiseurs de classe A ou B, qui ont un impact beaucoup moins important sur la consommation électrique que ceux de classes inférieures», et souligne «l’importance d’une installation réalisée par des professionnels afin de garantir un fonctionnement optimal et une consommation maîtrisée».
Ce conseil renvoie à des considérations techniques : la performance énergétique (coefficient d’efficience), l’adaptation de la puissance de l’appareil à la surface à refroidir, la qualité de l’isolation de l’habitat, et la bonne installation (flux d’air, évacuation, raccordement électrique). À terme, des politiques publiques d’étiquetage, d’incitation ou de subvention ciblée peuvent accélérer le renouvellement du parc d’appareils vers des modèles économes.
Mesures opérationnelles de Sonelgaz
Au‑delà de la communication vers le grand public, Sonelgaz doit mettre en œuvre des mesures opérationnelles pour absorber les pointes : vérification et maintenance des centrales thermiques, coordination des équipes de terrain pour limiter les incidents, gestion du réseau de transport et de distribution, et éventuelle activation de réserves de capacité. Le groupe a aussi intérêt à renforcer la surveillance temps réel des flux, à optimiser le dispatching et, le cas échéant, à recourir aux mécanismes de délestage ciblé en dernier recours.
L’option des énergies renouvelables et de solutions décentralisées (autoconsommation photovoltaïque, stockage par batteries) constitue une piste de long terme pour réduire la vulnérabilité aux pointes et aux variations climatiques. Toutefois, leur déploiement à grande échelle nécessite des investissements, des cadres réglementaires adaptés et des mécanismes d’incitation à l’échelle des ménages et des entreprises.
Enjeux à moyen terme
Les prévisions de Sonelgaz pour l’été 2026 posent à nouveau la question de l’adaptation du système énergétique aux nouvelles habitudes de consommation. Si le scénario de +3,5% reste gérable avec une préparation soignée, le scénario à +7% — conditionné par des températures exceptionnellement élevées — impose une vigilance renforcée et des mesures combinées : technique (maintenance, renforts), comportementale (sensibilisation) et structurelle (modernisation du parc, développement des renouvelables et du stockage).
La communication du groupe souligne une posture pédagogique : informer, recommander des gestes et des choix d’achat, et rappeler que la rationalisation n’est pas une contrainte sacrificielle mais une démarche d’efficacité. Pour les décideurs et les acteurs du secteur, l’enjeu reste d’aligner capacités d’offre et trajectoire de la demande, tout en favorisant une transition énergétique qui atténue la dépendance aux pointes liées aux vagues de chaleur.
Pour les ménages et les gestionnaires d’infrastructures, la clé sera d’anticiper la saison estivale en adoptant des pratiques et des équipements qui limitent la pression sur le réseau, sans sacrifier le confort. Dans un contexte de variations climatiques croissantes, la combinaison d’une gestion opérationnelle rigoureuse et d’une politique d’efficacité énergétique devient indispensable pour garantir la continuité de l’alimentation électrique et maîtriser les coûts pour l’économie nationale et les foyers.
K. H.




