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Sonatrach et SOCAR: l’Algérie et l’Azerbaïdjan veulent faire passer leur coopération énergétique à l’échelle industrielle

Par Kahina Hammoudi 

L’Algérie cherche à élargir sa présence sur la carte de l’investissement énergétique international en ouvrant de nouvelles perspectives de coopération avec l’Azerbaïdjan. Il s’agit d’aller au-delà de la coordination traditionnelle sur les marchés du pétrole et du gaz, pour bâtir un partenariat industriel et technique couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur des hydrocarbures.

Les entretiens entre le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, et son homologue azerbaïdjanais, Parviz Shahbazov, en marge de la 28e réunion ministérielle du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG) à Moscou, indiquent une volonté commune de faire évoluer les relations bilatérales de la simple concertation énergétique vers un cadre plus large d’investissement, d’échange d’expertise et de projets conjoints.

L’importance de ce rapprochement tient à la mise à profit des capacités et du savoir-faire du groupe Sonatrach et de la Compagnie pétrolière d’État d’Azerbaïdjan (SOCAR). Il s’agit d’ouvrir des pistes de coopération allant de l’exploration pétrolière et gazière au développement des champs, aux services aux puits et au transport des hydrocarbures, jusqu’au raffinage et à la pétrochimie. L’objectif est de renforcer la valeur ajoutée et d’élargir les opportunités d’investissement dans un secteur stratégique, où la concurrence s’intensifie sur la technologie, l’expertise et les marchés.

L’appel d’offres international « Algeria Bid Round 2026 », qui porte sur sept périmètres d’exploration, donne par ailleurs une dimension concrète à ce partenariat, en attirant les compagnies azerbaïdjanaises et en orientant leur attention vers les opportunités d’investissement offertes en Algérie.

Le Dr Baghdad Mendouch, expert en énergie et hydrocarbures, estime que les discussions algéro-azerbaïdjanaises marquent un pas vers l’élargissement de la coopération énergétique bilatérale. Celle-ci passerait de l’échange d’expertise et des transactions commerciales à la construction de partenariats d’investissement et technologiques couvrant toutes les étapes de la chaîne de valeur des hydrocarbures : de l’exploration-production au transport, au raffinage et aux industries pétrochimiques, jusqu’à la commercialisation des dérivés pétroliers.

Ces discussions s’inscrivent dans la mise en œuvre du mémorandum d’entente signé entre l’Algérie et l’Azerbaïdjan le 29 novembre 2022 dans le domaine du pétrole et du gaz, qui fournit un cadre au développement des relations entre les deux pays dans ce secteur. La rencontre entre M. Arkab et le ministre azerbaïdjanais de l’Énergie, M. Shahbazov, le 26 octobre 2026 à Moscou, a porté sur les moyens d’élargir le partenariat entre Sonatrach et la compagnie d’État azerbaïdjanaise SOCAR, ainsi que sur les opportunités d’investissement et l’échange d’expertise technique et technologique.

Sonatrach et SOCAR : un partenariat sur toute la chaîne de valeur

La nature des économies algérienne et azerbaïdjanaise, et l’expérience que chacune a acquise dans la production et la commercialisation des hydrocarbures, offrent de multiples possibilités de développer la coopération entre Sonatrach et SOCAR, que ce soit dans l’exploration et le développement des champs, les services aux puits et le transport, ou encore le raffinage et la pétrochimie. Ce partenariat permettrait d’échanger savoir-faire opérationnel et technologies modernes, et de capitaliser sur l’expérience accumulée par les deux institutions pour améliorer l’efficacité des opérations et la rentabilité des investissements.

La coopération technologique revêt une importance particulière face aux mutations du secteur énergétique mondial, où l’efficacité de la production, la réduction des coûts et la baisse des émissions comptent parmi les facteurs qui pèsent sur la compétitivité des compagnies pétrolières. Dans ce cadre, la coopération entre les deux parties pourrait inclure l’échange d’expertise sur les techniques de traitement du gaz et de réduction des émissions de dioxyde de carbone, ainsi que le développement de solutions techniques améliorant la performance environnementale des installations énergétiques.

Sonatrach dispose d’une expérience accumulée dans la production, le traitement et la valorisation du gaz, ce qui ouvre la voie à des échanges avec SOCAR, que ce soit par la coopération technique, la recherche et développement ou la formation. Toutefois, la concrétisation de ce potentiel dépend de la nature des projets sur lesquels les parties s’accorderont et de la capacité à transformer les ententes bilatérales en programmes d’exécution précis.

Le raffinage et la pétrochimie comptent parmi les domaines les plus susceptibles de fonder le futur partenariat, compte tenu de leur rôle dans l’augmentation de la valeur économique des ressources pétrolières et gazières. Plutôt que de se limiter à la vente de matières premières, leur transformation en dérivés et en produits manufacturés permet de dégager une valeur ajoutée plus importante et d’élargir la gamme de produits destinés aux marchés extérieurs.

L’expérience acquise par Sonatrach dans le développement de projets de raffinage et de transformation pétrochimique permet d’étudier avec SOCAR des opportunités de coopération en matière d’investissement, de technologie et de commercialisation. Ce partenariat pourrait prendre plusieurs formes : de l’échange d’expertise industrielle à l’étude de projets conjoints, en passant par le développement de canaux de commercialisation des produits pétroliers et pétrochimiques.

La coopération entre les deux institutions permet aussi d’élargir l’accès aux marchés extérieurs en tirant parti des réseaux de commercialisation et des relations commerciales de chacun, ce qui aide à diversifier les destinations d’exportation des dérivés et à renforcer la présence de produits à valeur ajoutée sur les marchés internationaux. Cela suppose d’étudier les besoins des marchés ciblés, les coûts de transport et de transformation, et la capacité des produits à rivaliser en prix et en qualité.

L’appel d’offres 2026, porte d’entrée pour les investissements azerbaïdjanais

L’appel d’offres « Algeria Bid Round 2026 » apparaît comme l’une des occasions concrètes de traduire le rapprochement bilatéral en investissements sur le terrain, d’autant que les compagnies azerbaïdjanaises ont été invitées à participer à la compétition internationale portant sur sept périmètres d’exploration en Algérie. Cet appel d’offres couvre des zones des bassins d’hydrocarbures de l’est et du centre du pays et s’inscrit dans les efforts de l’Algérie pour attirer de nouveaux investissements et développer ses ressources énergétiques. L’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (ALNAFT) a fixé au 26 novembre 2026 la date limite de dépôt des offres. L’annonce des résultats précédera la signature des contrats d’hydrocarbures, prévue le 31 janvier 2027.

La participation de SOCAR ou d’autres sociétés azerbaïdjanaises à cet appel d’offres constitue une occasion d’étudier le potentiel d’investissement dans l’exploration et le développement des champs, selon les conditions techniques, commerciales et juridiques propres à chaque périmètre. La coopération pourrait aussi s’étendre aux champs existants, par l’échange d’expertise sur le développement de la production et l’amélioration de l’exploitation des installations, ce qui permettrait aux deux parties d’examiner les complémentarités entre leurs capacités industrielles et techniques.

L’intérêt de cette opportunité dépend de la capacité des sociétés participantes à présenter des offres compétitives, à mobiliser les ressources financières et technologiques nécessaires et à satisfaire les exigences réglementaires en vigueur en Algérie. L’appel d’offres n’est donc pas un simple champ de coopération supplémentaire, mais un test concret de la disposition des deux parties à passer des consultations aux investissements effectifs.

La coopération algéro-azerbaïdjanaise ne se limite pas au volet industriel et d’investissement. Elle s’étend à l’échange de données et d’expériences sur l’évolution des marchés pétroliers et gaziers, les fluctuations de la demande et des prix, et les moyens d’améliorer l’efficacité de la commercialisation et du commerce international. L’expérience des deux pays dans la production et l’exportation d’hydrocarbures fournit une base pour discuter d’opportunités commerciales communes et élargir la coopération dans la commercialisation des produits pétroliers et pétrochimiques.

L’appartenance des deux pays à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et à l’alliance OPEP+ leur offre en outre un cadre supplémentaire de concertation sur l’évolution du marché pétrolier et les défis liés à sa stabilité. La poursuite de la coordination et de l’échange de vues peut contribuer à renforcer le dialogue entre producteurs, en tenant compte des intérêts nationaux de chaque pays et des évolutions des marchés mondiaux de l’énergie.

Les discussions algéro-azerbaïdjanaises revêtent des dimensions économiques, industrielles et techniques multiples, compte tenu des opportunités qu’elles offrent pour élargir l’investissement dans l’exploration-production, développer les services aux hydrocarbures et renforcer la coopération dans le raffinage, la pétrochimie et la commercialisation. Toutefois, l’impact réel de ce partenariat se mesurera à sa concrétisation en projets précis, en contrats d’investissement, en programmes de transfert de technologie et d’échange d’expertise, au service de la valorisation des ressources nationales et de la maximisation de la valeur ajoutée de l’industrie énergétique algérienne.

K. H. 

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