(Reportage) Tebboune lance la ligne Gara Djebilet-Béchar: le train du fer algérien prend la voie royale
Cette organisation sans faille donne le ton du reportage à venir. En quelques heures, de l’aéroport Houari Boumediene à la gare de Béchar en présence du président Tebboune, un message s’impose en filigrane: le projet Gara Djebilet ne sera pas seulement une affaire de minerai et de rails, mais aussi un projet suivi de près par les médias nationaux.

De notre envoyée spéciale à Béchar Kahina Hammoudi
La gare de Béchar a vibré d’une tension palpable ce dimanche après-midi. Le président Abdelmadjid Tebboune, silhouette déterminée sous le soleil saharien, annonce d’une voix ferme le lancement officiel de la ligne ferroviaire Gara Djebilet-Tindouf-Béchar.
À ses côtés, la presse nationale, micro en main, carnet ouvert, retient son souffle. Le premier train de voyageurs venant de Tindouf s’immobilise dans un grincement de rails qui résonne comme un verdict historique.
Le chef de l’État descend sur le quai, serrant les mains calleuses des travailleurs SNTF. «Vous avez réalisé l’impossible», leur lance-t-il, regard droit, sans papier.
Les hommes en bleu de travail, visages burinés par le désert, hochent la tête en silence. Puis viennent les voyageurs du premier convoi: familles, ouvriers, quelques officiels.
Tebboune s’arrête, pose des questions simples – «Comment était le trajet ? », « Confortable ? » – et les réponses fusent, sincères, sans filtre.
L’instant d’après, un grondement plus lourd envahit la gare. Le train minier arrive, wagons chargés des premières pelletées de minerai de fer arrachées à Gara Djebilet. Destination Oran. Le président préside la cérémonie, un geste ample de la main vers ces tonnes d’acier brut qui filent vers le Nord. Avant cela, dans une salle adjacente, il avait suivi un documentaire de la Télé algérienne – images aériennes de rails serpentant dans le sable, chiffres projetés en gros: 170 km de ligne, des milliers d’emplois, un pas hors des hydrocarbures.
La presse, placée en arc de cercle parfait, saisit chaque détail. Ce n’est pas qu’une inauguration: c’est un message clair, envoyé depuis Béchar au reste du pays et au monde. Gara Djebilet n’est plus une promesse sur papier, mais des rails qui vibrent, du fer qui bouge, une Algérie qui relance ses moteurs industriels. Le président salue une dernière fois la foule, remonte en cortège. La gare retrouve son souffle, mais le train, lui, n’a pas attendu.
Après les sifflets des trains et les discours solennels, la soirée à Béchar prend une autre tournure. Un dîner copieux réunit la presse nationale et tous les invités dans une salle où flottent les parfums de méchoui et de loisirs autres mets. Parmi les convives, on reconnaît les silhouettes des représentants diplomatiques de plusieurs pays accrédités en Algérie – Chinois, Russes, Européens, Africains – figures discrètes mais attentives, échangeant regards et murmures sur ce qui vient d’être accompli. Les toasts s’enchaînent, les verres de thé à la menthe tintent, l’ambiance est à la fois détendue et lourde de sous-entendus géopolitiques.
Les journalistes, repus et notés, saisissent les bribes de conversations: partenariats à venir, contrats signés dans l’ombre, regards tournés vers le fer qui dormait sous le sable. Puis l’heure tourne. Le convoi se reforme dans la nuit tiède de Béchar, phares allumés, gyrophare discret.
Direction l’aéroport, pour reprendre le vol de retour vers Alger. Les navettes glissent sur l’asphalte, emportant avec elles les images d’une journée hors norme: rails neufs, trains chargés, président au quai, espoir palpable.
Dans le silence du voyage de retour, une pensée s’impose, presque poétique sous les étoiles du Sahel. Ces rails qui s’étendent vers Gara Djebilet ne sont pas seulement du métal: ils sont l’héritage d’un espoir immense pour les générations à venir, ces enfants du Sud qui verront un jour leurs wilayas renaître de la poussière, ports d’une Algérie industrielle et souveraine. Mais cet espoir porte un prix lourd, gravé dans le sable: hommage éternel aux vingt travailleurs qui ont laissé leur vie sur ces chantiers impitoyables, leurs sueurs mêlées au fer qu’ils ont libéré, leurs sacrifices fondateurs d’un futur qu’ils ne fouleront pas.
K. H.




