Quand le Maroc alimente les filières du haschisch vers l’Europe

Par Kahina Hammoudi
Une opération policière conjointe menée par la Garde civile, la Police nationale et la Direction de la surveillance douanière a mis un nouvel arrêt, la nuit du 11 août, à une chaîne logistique bien rodée du narcotrafic maritime. À Castillo del Romeral, sur l’île de Grande Canarie, les forces de l’ordre ont intercepté près de 400 kilogrammes de haschisch et procédé à l’arrestation de 11 personnes impliquées dans le débarquement.
Baptisée « Papagayo », l’enquête, ouverte début juillet, avait identifié une zone côtière au sud de Grande Canarie comme point d’entrée récurrent pour des cargaisons provenant des côtes marocaines. Les informations collectées par les services espagnols décrivaient un dispositif organisé : embarcations rapides pour la traversée, équipes sur place pour réceptionner les ballots, et véhicules terrestres prêts à évacuer la marchandise vers l’intérieur de l’archipel voire la péninsule.
Le scénario s’est répété comme attendu : une embarcation arrive en pleine nuit, le chargement est transféré vers un véhicule stationné à l’arrière-plage. Les forces de sécurité, qui suivaient les mouvements du réseau, ont frappé dès le début du débarquement. Plusieurs suspects ont été arrêtés sur le sable; d’autres ont tenté de fuir. Le bilan matériel est lourd : près de 400 kg de résine de cannabis saisis.
Ce coup de filet n’est pas une simple affaire locale. Il s’inscrit dans un schéma plus large — celui d’un trafic structuré reliant des zones de production ou de transit au Maroc aux marchés européens via les Canaries. Les îles offrent une position stratégique : proximité des côtes africaines, faible densité urbaine le long de certaines côtes et corridors maritimes propices aux petites unités rapides qui, jusqu’ici, ont permis à ces réseaux d’opérer avec une latitude inquiétante.
Pour les autorités espagnoles, la clé est désormais d’explorer la chaîne logistique en amont et en aval : démanteler les cellules de réception sur place, remonter jusqu’aux organisateurs et identifier les itinéraires terrestres vers la péninsule. Mais chaque saisie rappelle aussi la résilience du modèle économique du trafic de haschisch, alimenté par une demande européenne soutenue et des réseaux capables d’adapter leurs routes et leurs méthodes.
Du point de vue régional, ces incidents ravivent un dilemme de longue date entre voisinage maghrébin et Europe : comment conjuguer coopération sécuritaire et politiques qui s’attaquent aux causes profondes de ce commerce illicite — pauvreté, marginalisation, économie informelle — sans se contenter d’opérations ponctuelles ? Les autorités espagnoles multiplient les opérations de surveillance et d’interception ; mais la persistance des flux indique que la réponse doit être multidimensionnelle, impliquant aussi des volets sociaux et économiques côté marocain, sans oublier la lutte contre les marchés consommateurs en Europe.
L’affaire Papagayo est donc symptomatique : elle montre la capacité opérationnelle des forces espagnoles, mais elle expose surtout l’existence d’un réseau structuré et mobile, un système qui, tant qu’il trouvera des demandants et des marges de manœuvre géographiques, continuera de chercher des points d’entrée. Pour l’instant, la Canarie a tenu bon. Reste à savoir si, au-delà des captures médiatisées, la coopération transfrontalière saura infléchir durablement ces routes du haschisch.
K. H.




