Production locale de médicaments en Afrique : Alger déclenche une dynamique cruciale face à la dépendance sanitaire et géopolitique
Alger accueille la Conférence ministérielle africaine sur la production locale de médicaments (27-29 nov. 2025), un rendez-vous crucial pour réduire la dépendance aux importations, renforcer la souveraineté sanitaire et stimuler l’industrie pharmaceutique africaine face aux enjeux économiques et géopolitiques du continent.
Par Kahina Hammoudi
Alger s’est imposée dès ce jeudi comme l’épicentre d’un tournant stratégique pour le continent africain avec l’ouverture d’une Conférence ministérielle de trois jours dédiée à la production locale de médicaments.
Organisée par le ministère de l’Industrie pharmaceutique en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cette rencontre ambitieuse rassemble ministres africains, dirigeants d’entreprises pharmaceutiques et acteurs clés du secteur.
L’objectif est clair : sortir l’Afrique de sa dangereuse dépendance aux importations et construire une souveraineté sanitaire que le continent attend depuis trop longtemps.
Abdelouahed Kerrar, vice-président du Conseil du Renouveau Économique Algérien (CREA) et président de l’Union Nationale des Opérateurs de la Pharmacie (UNOP), avertit que cette conférence est avant tout un cri d’alarme collectif. «L’Afrique vit une situation très critique», insiste-t-il. «Les dépenses de santé du continent ne représentent que 3% des dépenses mondiales de santé et sa production locale de médicaments représente à peine 2,5% de la production mondiale, alors que le continent compte 18% de la population mondiale».
Cette faiblesse structurelle a des racines géopolitiques et économiques profondes. Selon M. Kerrar, «la faiblesse de production locale ne couvre que 15% des besoins de l’Afrique», obligeant le continent à dépenser près de 18 milliards de dollars en importations pharmaceutiques, chiffres confirmés par la Chambre internationale de commerce (2024). Cette dépendance entraîne vulnérabilité et instabilité, aggravées par des systèmes de régulation nationaux encore fragiles et par des réseaux clandestins faisant proliférer les médicaments contrefaits, responsables de centaines de milliers de morts chaque année.
Sur le plan humain, les conséquences sont dramatiques. «L’espérance de vie en Afrique (63 ans) reste inférieure de 10 ans à la moyenne mondiale, et la mortalité infantile y est deux fois plus élevée», rappelle M. Kerrar.
Ces chiffres tragiques reflètent un retard économique majeur : «Les insuffisances en matière de santé sont le reflet des retards économiques».
Le développement d’une industrie pharmaceutique locale ne se limite donc pas à un enjeu sanitaire mais constitue un levier fondamental pour la souveraineté économique et politique du continent.
Dans ce contexte, la conférence d’Alger a une double ambition. Elle vise non seulement à poser les jalons d’une intégration africaine renforcée par une harmonisation des cadres réglementaires et un transfert accru de technologies, mais aussi à affirmer la nécessité d’une coopération stratégique contre les dépendances extérieures. «L’Afrique doit prioriser la production locale de médicaments, augmenter l’intégration économique locale et exploiter les énormes potentialités existantes», exhorte Kerrar. Il appelle à faire de cet événement «le point de départ d’une réflexion collective» pour garantir la sécurité sanitaire et économique du continent, en s’appuyant sur des partenariats solides tant intra-africains qu’internationaux.
Au-delà d’Alger, ce défi s’inscrit dans une dynamique plus large portée par l’Union Africaine et ses initiatives, telles que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), qui pourraient ouvrir des opportunités inédites pour l’industrie pharmaceutique naissante.
La souveraineté sanitaire est désormais un enjeu géopolitique mondial, et l’Afrique se prépare, peu à peu, à reprendre en main son destin.
K. H.





