Plus de 110 millions de dollars récupérés : Alger met la pression sur Paris

Par Lynda.N

Quatre dossiers bouclés, vingt acceptés, trente-trois commissions rogatoires transmises.

Au terme du conseil des ministres réuni dimanche sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, le ministre d’État aux Affaires étrangères Ahmed Attaf a égrené des chiffres qui en disent long sur l’état des relations algéro-françaises : l’Algérie s’apprête à récupérer plus de 110 millions de dollars d’avoirs illicitement transférés à l’étranger, grâce à la coopération judiciaire de la Suisse et de l’Espagne.

De la France, en revanche, pas une réponse aux 61 commissions rogatoires transmises. Pas une seule.

Tebboune a tenu à remercier publiquement Berne et Madrid. Le silence à l’égard de Paris, lui, n’avait pas besoin d’être commenté.

«Aucune d’elles n’a reçu de réponse»

Le dossier des avoirs pillés, vestige de décennies de prédation sous les régimes Bouteflika, cristallise depuis des années une tension sourde entre les deux rives de la Méditerranée.

Alger réclame le rapatriement de fonds placés en France par d’anciens dirigeants et leurs proches, poursuivis ou condamnés en Algérie. La justice française, pour des raisons que le gouvernement algérien juge politiques, n’a jusqu’ici donné suite à aucune des soixante et une demandes d’entraide pénale adressées à Paris.

L’annonce de dimanche, en mettant en regard la réactivité helvético-espagnole et l’inertie française, constitue un message politique autant qu’une communication judiciaire.

Le reste de l’ordre du jour portait sur des dossiers de politique intérieure, mais le ton adopté par le président reflétait la même impatience.

Sur le secteur minier, Tebboune a ordonné la présentation, «dans les plus brefs délais», d’un plan d’exploration détaillé devant le conseil des ministres, précisant filière par filière les délais d’exploitation et de production.

Il a exigé que seul «un rythme élevé» soit désormais accepté dans la mise en œuvre des orientations arrêtées, et prescrit un recours exclusif aux technologies de pointe et aux compétences algériennes, qu’elles soient locales ou issues de la diaspora.

Le secteur minier est devenu, depuis plusieurs années, l’un des axes de la stratégie de diversification économique d’Alger, qui cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Les gisements de zinc, de fer, de phosphate et, surtout, de minerais critiques suscitent un intérêt croissant des partenaires étrangers.

Sur le front agricole, le ministre de l’Agriculture a reçu instruction d’être «en état de préparation totale» pour la prochaine campagne de moisson, anticipée comme qualitativement favorable au vu des conditions climatiques de cette saison. Tebboune a réaffirmé la nécessité de fournir aux agriculteurs la mécanisation requise à l’échelle nationale, en fondant les priorités d’allocation sur des critères objectifs tels que les superficies cultivées et les volumes de production, et en faisant de ces volumes le principal indicateur pour la création de coopératives de mécanisation, «loin de toute forme de bureaucratie administrative».

À Aïn Salah, dans le Grand Sud, une station de dessalement est en projet pour alimenter en eau potable la wilaya de Tamanrasset. Le président a demandé que sa capacité de production soit revue à la hausse pour anticiper la croissance démographique future de la région.

Le conseil s’est conclu par l’adoption de décrets individuels portant nominations et cessations de fonctions à des postes supérieurs de l’État.

L.N

 

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