ONU: Le Polisario rejette le projet américain et menace de quitter le cadre politique

Par Kahina Hammoudi
La tension autour du Sahara Occidental s’exprime désormais au cœur des institutions internationales.
Dans une lettre envoyée au Président du Conseil de sécurité, le représentant sahraoui, le Dr Sidi Mohamed Amar, qualifie le texte américain de « dangereux dérapage » qui mine le droit international et cherche à pérenniser le statu quo imposé par le Makhzen.Le texte, discuté depuis le 22 octobre à New York, affirme vouloir prolonger le mandat de la MINURSO.
Or, selon le Polisario, il réécrit en creux le mandat onusien en effaçant l’autodétermination du peuple sahraoui. Des sources africaines indiquent que la proposition résulte d’une forte pression de Rabat et de ses relais européens, et vise à introduire un « langage d’autonomie réaliste » tout en marginalisant toute perspective de référendum.
Pour le Polisario, cela est illégal, partial et moralement indéfendable.Ce projet viole non seulement le mandat de la MINURSO, mais renie aussi les résolutions du Conseil, la Charte des Nations unies et les arrêts de la CIJ. Il s’agit d’une manœuvre pour entériner le fait accompli colonial et blanchir l’occupation marocaine du Sahara Occidental.
Le Polisario invoque le droit international et l’avis de la CIJ.
Le texte rappelle les principes du droit onusien: le Sahara Occidental est un territoire non autonome, non souverainement marocain; le peuple sahraoui a un droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance; toute solution doit être négociée sous l’égide exclusive de l’ONU, sans pressions bilatérales.
En s’appuyant sur la jurisprudence internationale, notamment les arrêts de la CJUE et l’avis de la CIJ (1975), le Polisario rejette l’idée d’un « accord d’autonomie sous tutelle marocaine », qui n’a aucune valeur légale ni légitimité populaire.
Une dénonciation du double jeu: Washington et Rabat
Au-delà du texte, la lettre met en lumière le double jeu du Makhzen, soutenu discrètement par Washington et Paris: un régime qui multiplie les manœuvres dilatoires pour gagner du temps, cristalliser le statu quo et sécuriser ses ressources du territoire – phosphate, fer, or et surtout halieutiques.« Le Maroc ne cherche pas la paix, il cherche à normaliser l’occupation », remarque un diplomate à l’ONU.
Parallèlement, des milliers de Sahraouis vivent dans des camps à Tindouf dans des conditions précaires, pendant que Rabat exploite les ressources du Sahara Occidental avec la complicité de multinationales européennes, en violation du droit international.« Si le texte américain est adopté sans amendement, le Polisario ne participera à aucune négociation fondée sur ce contenu. »
Cette position marque une rupture de confiance avec certaines chancelleries occidentales, accusées de démanteler la légalité internationale pour servir des intérêts géostratégiques.Une crise qui dessine une nouvelle dynamique
La liaison sahraouie-palestine accentue les enjeux. Washington semble céder du terrain face aux intérêts du Maroc et de ses alliés, remettant en cause son rôle de garant du processus onusien de décolonisation.
Le mouvement sahraoui appelle le Conseil de sécurité à revenir à l’esprit et à la lettre de la Charte des Nations unies, et à garantir la reprise d’un véritable processus politique centré sur le référendum d’autodétermination.
La lettre est perçue comme un avertissement: si l’ONU s’entend avec une résolution vidée de son essence, le Polisario pourrait se retirer du cadre onusien, ouvrant la voie à une escalade régionale. « Le statu quo n’est pas la paix», affirme le Polisario.
Le Polisario affirme: cette trêve injuste prolonge la souffrance et viole le droit international. Pendant que Rabat se pavane, la réalité juridique demeure: le Sahara Occidental est occupé et le Maroc reste une puissance coloniale effective.
Le Makhzen joue la montre, instrumentalise la diplomatie pour figer le conflit, et affaiblit la MINURSO, avec la complicité de grandes puissances.
Le Polisario réaffirme: le 23 octobre 2025 restera un moment de vérité diplomatique. Il appelle à un retour à l’esprit et à la lettre de la Charte, et au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance, négocié sous l’égide exclusive de l’ONU.
K. H.




