ONU : la grande trahison des Émirats et du Makhzen

Par Kahina Hammoudi
Alors pas moins de 77 délégations ont quitté la salle de l’Assemblée générale des Nations unies au moment où le Premier ministre de l’entité sioniste, Benjamin Netanyahu, montait à la tribune, les Émirats arabes unis et le Royaume du Maroc ont choisi de rester sur place. Cette posture, à rebours du large mouvement de protestation contre la guerre menée contre Gaza et les politiques israéliennes dans les territoires palestiniens occupés, a suscité une vive controverse.
Le retrait collectif a marqué l’ouverture du discours de Netanyahu, le jeudi 24 septembre 2026, lors de la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU. Des dizaines de représentants ont quitté l’hémicycle sous les huées et les protestations, laissant derrière eux de larges rangées de sièges vides. Netanyahu a réagi en qualifiant les délégations parties de « lâches moraux » et en invitant d’autres représentants à les suivre.
Un boycott diplomatique massif
Le départ des délégations est intervenu à la suite d’un appel de la mission palestinienne auprès de l’ONU, qui avait demandé aux représentations diplomatiques de se mobiliser et de quitter collectivement la salle à l’entrée de Netanyahu. L’objectif était de transformer l’intervention du dirigeant israélien en démonstration publique de son isolement diplomatique croissant.
Des délégations de plusieurs régions du monde — Afrique, Asie, Europe, Amérique latine, Caraïbes et Océanie — ont participé au mouvement ou se sont abstenues d’assister au discours. Les informations publiées dans la presse évoquent jusqu’à 77 délégations absentes ou sorties au début de l’allocution.
Dans le monde arabe, l’Algérie, l’Égypte, l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Qatar, le Koweït, Oman, l’Irak, le Liban, la Syrie, la Tunisie, la Libye, la Mauritanie, le Soudan, la Somalie, le Yémen, les Comores et la Palestine figuraient, selon les listes relayées dans la presse, parmi les délégations absentes ou ayant quitté l’hémicycle au début du discours.
Le geste ne relevait pas d’une simple désapprobation formelle. Il visait à dénoncer l’offensive israélienne contre Gaza, les destructions infligées au territoire palestinien, la poursuite des violences en Cisjordanie occupée et l’absence de sanctions internationales à la hauteur des accusations portées contre les responsables israéliens.
L’Algérie fidèle à sa position
L’Algérie a pris part à ce mouvement de retrait, dans la continuité de sa position de soutien à la cause palestinienne et de son rejet de toute normalisation avec l’entité sioniste. Sa délégation était conduite, à la semaine de haut niveau de la 81e Assemblée générale, par le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, mandaté par le président Abdelmadjid Tebboune.
Par son retrait, Alger a réaffirmé que la solidarité avec le peuple palestinien ne peut se réduire à des déclarations diplomatiques. Dans un contexte où Gaza continue de subir destructions, déplacements forcés, pénuries sanitaires et pertes humaines massives, cette décision a donné une traduction concrète à la position algérienne sur la scène internationale.
Le boycott de l’intervention de Netanyahu a également mis en évidence une fracture nette : d’un côté, les États qui ont refusé de banaliser la prise de parole d’un responsable visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale ; de l’autre, ceux qui ont fait le choix de rester dans la salle.
Émirats et Maroc : le choix de la rupture et la grande trahison
Les Émirats arabes unis et le Maroc ne se sont pas joints au retrait collectif. Leur maintien dans l’hémicycle a contrasté avec la mobilisation de nombreuses délégations arabes et étrangères, y compris parmi les États ayant des relations diplomatiques ou des canaux de dialogue avec Israël.
Des comptes rendus médiatiques citent explicitement Bahreïn parmi les pays restés dans la salle. D’autres sources ont relevé la présence ou l’absence de plusieurs États de façon parfois contradictoire ; il convient donc de distinguer les informations solidement établies sur le boycott massif de celles, moins homogènes, concernant la présence exacte de chaque délégation.
Politiquement, le maintien des représentants émiratis et marocains sur place est perçu par de nombreux observateurs et militants pro-palestiniens comme la conséquence directe de la normalisation avec Israël. Pour eux, rester écouter Netanyahu au moment où une grande partie de la salle se vidait revenait à rompre avec le consensus populaire arabe et à contredire les discours officiels affirmant défendre les droits nationaux du peuple palestinien.
Cette scène met en lumière le fossé entre les déclarations de soutien à la Palestine et les choix diplomatiques concrets. Lorsqu’un représentant palestinien appelle à un geste collectif de protestation, que des dizaines de délégations répondent à cet appel et que le dirigeant israélien se retrouve face à une salle largement désertée, le refus de s’associer au mouvement ne peut être présenté comme un détail protocolaire.
L’échec de la communauté internationale
Le retrait diplomatique s’inscrit dans le contexte de la guerre contre Gaza et de son coût humain dévastateur. D’après les chiffres transmis par les autorités sanitaires palestiniennes dans le texte soumis, au moins 73 928 Palestiniens ont été tués et plus de 175 000 blessés depuis le 7 octobre 2023, tandis que de nombreuses victimes demeurent ensevelies sous les décombres.
Au-delà du bilan humain, Gaza fait face à la destruction de quartiers entiers, d’hôpitaux, d’écoles, de réseaux d’eau et d’infrastructures vitales. La crise sanitaire, les restrictions d’accès à l’aide, les déplacements répétés de la population et la dégradation des conditions de survie ont fait de l’enclave un symbole mondial de l’échec de la communauté internationale à protéger les civils.
K. H.




