Sahara occidental: Rahabi voit dans le veto de la Russie un tournant et envisage un renvoi devant l’Assemblée générale

Par Kahina Hammoudi
L’ancien ambassadeur algérien Abdelaziz Rahabi estime que le recours de la Russie au droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU, après huit années d’abstention, traduit les limites de la patience de Moscou face à la persistance de l’unilatéralisme américain et aux tentatives de Washington d’imposer sa volonté. Il souligne que ce développement soulève des questions sur l’avenir de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) et sur ses missions.
Dans une lecture politique de l’évolution du dossier sahraoui, M. Rahabi explique que, par sa position, la Russie a exprimé son refus de voir le rôle des États-Unis comme « porte-plume » au Conseil de sécurité se transformer en privilège leur permettant d’imposer leurs vues sans tenir compte de leur responsabilité envers les parties concernées, au premier rang desquelles le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie, ces deux dernières ayant le statut d’États observateurs. Il a rappelé, à ce propos, les déclarations de l’ambassadeur algérien Amar Bendjama.
Il ajoute que la position russe s’appuie sur une vision stratégique qui dépasse les calculs étroits au sein du Conseil de sécurité. Il évoque l’histoire de Moscou dans le soutien aux mouvements de libération contre la colonisation en Afrique et sa contribution à la Seconde Guerre mondiale, assurant que la doctrine diplomatique des États est façonnée par leur histoire et leurs expériences, et non par leurs seuls intérêts matériels immédiats.
Analysant le contenu des projets de résolution occidentaux sur le Sahara occidental, M. Rahabi dégage trois orientations principales : faire du plan d’autonomie marocain l’unique base de négociation, supprimer la lettre « R », qui désigne le référendum, de l’acronyme de la MINURSO, et changer la qualification des Sahraouis de « peuple » en « réfugiés ».
L’ancien ambassadeur y voit la marque d’une démarche américano-française visant à modifier le statut juridique international du Sahara occidental et à consacrer son rattachement au Maroc. Cela permettrait de redistribuer l’influence occidentale dans une zone qui s’étend de la frontière libyo-nigérienne à la façade atlantique du Sahara occidental.
Dans ce cadre, M. Rahabi établit un lien entre les évolutions du dossier sahraoui et la coopération militaire entre l’Algérie et le Niger, qu’il lit comme faisant partie de mesures préventives face à des menaces visant la profondeur stratégique de l’Algérie et sa sécurité régionale.
Il évoque aussi le rôle d’acteurs internationaux et régionaux dans les développements en cours : selon lui, les États-Unis se servent du Conseil de sécurité comme d’un outil pour atteindre leurs objectifs, tandis que l’entité sioniste contribue à dessiner les contours des arrangements sécuritaires futurs de la région, et que les Émirats arabes unis jouent un rôle de bailleur de fonds dans ce processus.
Concernant la position chinoise, M. Rahabi considère que l’abstention de Pékin, assortie de la réaffirmation du principe d’autodétermination et d’une mise en garde sur le déséquilibre du texte américain, est cohérente avec son approche diplomatique. Elle traduit, à ses yeux, le souci de la Chine de ne pas apparaître comme une puissance économique dépourvue de vision stratégique en Afrique.
En revanche, il a regretté le faible intérêt des pays des BRICS pour les causes de libération et les valeurs universelles, au profit des intérêts commerciaux, estimant que cela soulève des questions sur l’étendue réelle de la notion de « Sud global » dans la pratique internationale.
Quant aux pays européens membres du Conseil de sécurité (France, Royaume-Uni, Grèce, Danemark et Lettonie), M. Rahabi a critiqué leurs positions, jugeant qu’elles n’ont pas dérogé au schéma d’alignement sur les États-Unis dans les dossiers qui font l’objet d’une opposition russe.
L’ancien ambassadeur a tenu ces pays pour responsables des conséquences de la nouvelle situation de la MINURSO, mettant en garde contre ses répercussions possibles sur les territoires sahraouis occupés. Il a insisté sur le fait que les difficultés à renouveler le mandat de la mission dans les circonstances actuelles ne représentent pas, à son avis, une avancée dans le processus de décolonisation, mais traduisent l’échec du Conseil de sécurité à s’acquitter de sa mission de maintien de la paix et de la sécurité internationales.
M. Rahabi a souligné que la MINURSO ne saurait être réduite à une instance temporaire ni considérée comme un instrument de transfert de souveraineté du peuple sahraoui à la puissance occupante. Il a affirmé la nécessité qu’elle poursuive ses missions, notamment la surveillance du respect de l’accord de cessez-le-feu de 1991 et la protection des civils sahraouis.
Il a conclu en évoquant la possibilité de porter la question devant l’Assemblée générale des Nations unies après le veto russe, en s’appuyant sur la pratique onusienne qui permet d’y débattre des questions que le Conseil de sécurité ne peut trancher en raison d’un veto. Cela pourrait, selon lui, offrir à la cause sahraouie un espace de débat international plus large.
K. H.




