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Migration : la crise de Ceuta révèle les fragilités du partenariat entre Rabat et l’Europe

Par Kahina Hammoudi

Alors que le discours officiel marocain continue de mettre en avant une image de «stabilité et de prospérité», les scènes d’afflux massif de milliers de Marocains vers Ceuta sont venues révéler une réalité difficile à dissimuler.

Lorsque des milliers de citoyens choisissent de risquer leur vie en mer pour rejoindre l’autre rive, cela soulève des questions difficiles sur la portée réelle des discours officiels et leur capacité à résister à l’épreuve des faits. Aujourd’hui, la crise de Ceuta n’est plus un simple défi sécuritaire pour l’Espagne : elle s’est transformée en crise politique et diplomatique, dont les répercussions s’étendent jusqu’en Europe, dans un contexte de durcissement des dispositifs frontaliers et de tensions visibles dans la coordination entre certains pays de l’espace Schengen, tandis que Rabat fait face à des critiques croissantes, la question migratoire étant devenue un sujet qui éclipse tous les récits vantant le «modèle marocain».

Dans ce contexte, l’analyste politique Mohamed Lahcen Bachir estime, dans une déclaration accordée à Al Ayam News, que les derniers développements ne peuvent être dissociés du contexte politique qui régit les relations maroco-espagnoles, ni de l’importance croissante prise par le dossier migratoire dans les équations de sécurité régionale et européenne.

Il souligne que ces vagues de passage massif vers Ceuta ont remis sur le devant de la scène un débat récurrent lors de crises similaires : celui de l’éventuelle utilisation du dossier migratoire comme moyen de pression dans les relations bilatérales. Cette hypothèse, précise-t-il, ne surgit pas de nulle part : elle s’appuie sur des précédents dans les relations entre Madrid et Rabat, plusieurs crises migratoires ayant coïncidé par le passé avec des tensions politiques ou diplomatiques entre les deux pays. L’analyste rappelle néanmoins que Rabat dément systématiquement instrumentaliser la migration à des fins politiques, affirmant que ses efforts de lutte contre la migration irrégulière s’inscrivent dans le cadre de la coopération avec ses partenaires européens.

Mohamed Lahcen Bachir ajoute que ce qui retient l’attention dans la crise actuelle, c’est que plusieurs milieux politiques et médiatiques espagnols ont établi un lien entre le relâchement soudain de la surveillance sur certains points de passage frontaliers et le contexte politique du moment, estimant que cette coïncidence soulève des interrogations sur la gestion de ce dossier sensible. Selon lui, le simple retour de ce type de débats traduit la fragilité de la confiance entre les deux parties sur les questions migratoires, et confirme que ce dossier n’est plus une simple question humanitaire ou sécuritaire, mais qu’il est devenu un élément influant sur les relations diplomatiques entre le Maroc et l’Espagne — d’autant plus que Rabat, selon lui, exécute désormais tout ce que lui dicte l’ambassade de l’entité sioniste.

L’analyste souligne que la récente crise a de nouveau mis en évidence la sensibilité de la ville de Ceuta pour l’État espagnol, en tant que partie de son territoire et frontière extérieure de l’Union européenne. Ainsi, tout afflux massif de migrants place les institutions espagnoles face à un véritable test de leur capacité à protéger les frontières et à gérer les crises sécuritaires, ce qui explique la mobilisation observée dans la ville, tant par le renforcement du déploiement des forces de sécurité que par l’accélération des procédures de traitement des migrants arrivés sur place.

Mohamed Lahcen Bachir estime que la réaction espagnole reflète une prise de conscience officielle du fait que l’enjeu dépasse sa seule dimension locale, car protéger Ceuta signifie, pour Madrid, protéger l’une des portes extérieures de l’Union européenne. C’est pourquoi le gouvernement espagnol s’est empressé de prendre des mesures exceptionnelles, tout en intensifiant la coordination avec les institutions européennes, partant du principe que toute brèche frontalière importante à Ceuta n’affecte pas seulement l’Espagne, mais s’étend à l’ensemble de l’espace Schengen, dont le fondement repose précisément sur la protection des frontières extérieures des États membres.

Il affirme que l’Union européenne considère les événements de Ceuta comme un test de la capacité du système européen de gestion des frontières à faire face à des afflux migratoires soudains, dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et humanitaires pour le continent. Selon lui, Bruxelles est consciente de l’importance de maintenir la coopération avec les pays voisins, tout en suivant avec inquiétude tout développement susceptible d’affecter la stabilité de cette coopération ou d’en affaiblir l’efficacité, compte tenu du lien étroit entre la sécurité des frontières européennes et la coopération avec les pays de la rive sud de la Méditerranée.

Évaluant les répercussions de la crise sur l’image du Maroc, Mohamed Lahcen Bachir estime que les événements récents ont terni l’image que Rabat s’est efforcée, ces dernières années, de consolider en tant que partenaire essentiel et fiable de l’Union européenne dans la gestion des migrations et la lutte contre les réseaux de trafic. Il précise que les scènes ayant accompagné l’afflux d’un grand nombre de migrants vers Ceuta ont poussé plusieurs voix politiques et médiatiques européennes à s’interroger de nouveau sur la stabilité des mécanismes de coopération actuels et sur la capacité du partenariat existant à prévenir la répétition de telles crises.

Il considère que les mesures sécuritaires prises par les autorités espagnoles, ainsi que le discours officiel insistant sur la protection de la souveraineté nationale et la sécurisation des frontières, ont traduit l’ampleur de l’inquiétude suscitée par cette crise en Espagne, tout en mettant en évidence que le dossier migratoire est désormais directement lié aux questions de sécurité nationale et de souveraineté, et n’est plus perçu uniquement comme une question humanitaire ou sociale.

Mohamed Lahcen Bachir conclut en insistant sur le fait que la récente crise de Ceuta porte des messages politiques et sécuritaires qui dépassent le cadre de la ville elle-même, dans la mesure où elle a remis en lumière la fragilité des équilibres régissant le dossier migratoire en Méditerranée occidentale, et a démontré que tout dysfonctionnement dans la gestion de ce dossier se répercute rapidement sur les relations bilatérales entre le Maroc et l’Espagne, tout en s’imposant à l’agenda de l’Union européenne en tant que défi touchant à la sécurité de ses frontières extérieures et à la stabilité de l’espace Schengen.

Il convient de rappeler que le ministre iranien des Affaires étrangères avait, par le passé, formulé de vives critiques à l’égard de Rabat, estimant que «le régime marocain n’est qu’une carte entre les mains de Benjamin Netanyahou et de Donald Trump, et qu’il punit l’Espagne en raison de sa position favorable à la Palestine» — des propos qui traduisaient une escalade du discours iranien à l’égard des politiques marocaines, dans un contexte de tensions régionales.

K. H. 

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