Maroc : le boycott du carburant, cri du ventre contre le Makhzen corrompu

Par Kahina Hammoudi
Exaspérés par la saignée des prix du carburant, des milliers de Marocains ont allumé la mèche d’une campagne de boycott qui vise droit au cœur des stations-service et des barons de la distribution. Né sur Facebook et Twitter, ce soulèvement populaire tape là où ça fait mal : au portefeuille des puissants. Slogans rageurs, hashtags incendiaires – «Tout Marocain qui met de l’essence participe à la corruption !» clame un internaute. Un autre raille : «Moi, je marche à pied… et toi ?» Vendredi, de Tanger à Agadir, les citoyens ont dit stop : pas un dirham pour les voleurs.
Mais ce n’est pas qu’une histoire de pompe à essence. La révolte explose sur fond de vie chère qui étrangle les ménages. L’inflation galopante, dopée par la flambée de l’énergie, fait exploser les prix des produits de base – pain, huile, légumes. « Le vrai scandale, ce n’est pas la bagnole, c’est l’assiette vide », grince un père de famille. Les autorités agitent le chiffon des «tensions internationales» et des marchés mondiaux pour justifier l’hécatombe. Balivernes ! Les internautes y voient une entourloupe pure et simple : le régime tire profit des chaînes d’approvisionnement locales pour nous plumer. «Quel lien avec la guerre en Iran ? Le Makhzen se paye notre tête !» tonne un autre. Opacité totale, gestion mafieuse : voilà le vrai carburant de cette colère.
Et au centre de la tempête, Aziz Akhannouch, le premier ministre ultralibéral, patron du groupe Akwa et seigneur incontesté d’Afriquia Gaz. Ce magnat contrôle l’import, le stockage et la distribution des hydrocarbures – un monopole pur jus. Conflit d’intérêts ? Un gouffre béant ! À la fois chef du gouvernement et roi du pétrole, il incarne la fusion toxique entre l’État et les copains billionnaires. L’homme le plus riche du royaume, au coude-à-coude avec la famille royale, symbolise une gouvernance où l’intérêt général est piétiné au profit des clans. «Eux, ils ne pigent que l’argent», assène un militant. Corruption rampante, déconnexion totale des réalités du terrain : le gouvernement Akhannouch pue la pourriture.
Ce boycott n’est pas qu’un pétard mouillé. C’est un signal d’alarme : le Maroc des inégalités explose, et le Makhzen, acculé, sent le vent tourner.
K. H.




