Maroc : agression mystérieuse contre Sion Assidon, militant anti-normalisation – Le Makhzen face à ses crimes d’État
Un militant emblématique à l’hôpital, une démocratie en coma

Par Kahina Hammoudi
À Casablanca, une veillée silencieuse réunissait le 18 août militants, ONG et sympathisants devant l’hôpital Cheikh Khalifa. Sion Assidon, 77 ans, militant antisioniste reconnu et symbole vivant de la cause palestinienne au Maroc, est plongé dans le coma après avoir été agressé à son domicile dans des circonstances troubles.
Une action de solidarité, certes, mais surtout une manière de protester vigoureusement contre le silence coupable et le déni des autorités marocaines face à une affaire grave, qui met une fois de plus en lumière la répression systématique orchestrée par le Makhzen.
Sion Assidon : une vie de combats contre la normalisation et l’oppression
Sion Assidon n’est pas un militant ordinaire. Juif marocain, né en 1948 à Agadir, il incarne la résistance politique contre la tyrannie, le sionisme et l’impérialisme. Fondateur du Front Marocain de Soutien à la Palestine et Contre la Normalisation, il coordonne également le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) au Maroc.
Défenseur infatigable d’une Palestine libre, il a payé cher son engagement : emprisonné de 1972 à 1984 durant les sinistres années de plomb, période où le Makhzen intensifiait la répression contre tous ceux qui défiaient son autorité, il incarne depuis des décennies la lutte anticolonialiste au Maroc.
Une agression policière ou politique ? Le mystère du Makhzen
Le 11 août, Sion Assidon a été retrouvé inconscient chez lui, couvert d’ecchymoses sur la tête, au visage et à l’épaule.
Plusieurs jours sans nouvelles ont conduit son entourage à obtenir de justesse l’autorisation des autorités pour entrer dans son domicile. Transporté en urgence à Mohammedia, il a subi une intervention cérébrale avant d’être transféré à Casablanca, où il reste dans un état grave.
Cet « incident mystérieux », comme le qualifient pudiquement les autorités, ressemble en réalité à une agression politique revendiquée par un régime habitué à faire taire par la violence ses opposants, notamment les militants anticolonialistes et pro-palestiniens. Le silence assourdissant des autorités judiciaires et sécuritaires marocaines n’a fait qu’accentuer les soupçons d’une opération menée dans l’impunité totale.
Le Makhzen et ses années noires : un passé toujours présent
Rappelons que le Maroc a connu une période appelée « années de plomb » (années 1960-1980), où le régime marocain a commis d’innombrables violations des droits humains : arrestations arbitraires, tortures, disparitions forcées, et exécutions extrajudiciaires.
Les militants anticolonialistes, progressistes et défenseurs des droits étaient alors la cible d’une répression féroce.
Aujourd’hui, ce sombre héritage continue de hanter le pays. Les militants qui défendent la Palestine et dénoncent la collaboration avec l’entité sioniste font face aux mêmes tentatives d’intimidation, à la surveillance, à l’arrestation arbitraire, et parfois à des agressions physiques, comme dans le cas actuel de Sion Assidon.
Une mobilisation populaire et politique face à la répression
Le Parti Socialiste Unifié, tout comme le Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation, exigent une enquête complète, transparente et indépendante.
Mais face à un État profondément verrouillé par le Makhzen, habitué à museler toutes les voix dissidentes et à faire taire violemment les militants, cette demande est plus qu’un simple appel : c’est une revendication de justice et de vérité.
De nombreuses ONG, associations de défense des droits humains et militants se mobilisent pour exiger la vérité et la protection des militants à risque. La solidarité avec Sion Assidon traduit une colère populaire grandissante contre un régime qui refuse de respecter les principes élémentaires de libre expression et de respect des droits.
Dans ce contexte, il est légitime de se poser la question de l’identité des auteurs et de leurs commanditaires.
Si certains évoquent l’implication direct ou indirecte du Mossad israélien, ce qui n’est pas à exclure, la responsabilité première incombe surtout à un régime marocain qui piétine les droits humains et politique de ses citoyens, et qui persécute sans relâche ceux qui défendent la cause palestinienne et s’opposent à la normalisation.
Vers une normalisation au prix de la répression ?
La normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël, concrétisée ces dernières années, suscite une opposition farouche au sein de la société civile marocaine, mais aussi chez des personnalités comme Sion Assidon.
Ce rapprochement qui est une grande trahison de la cause palestinienne, est accompagné d’un durcissement du contrôle politique et sécuritaire.
Cette agression s’inscrit dans une volonté manifeste de faire taire toute voix dissidente qui refuse ce basculement géopolitique, quitte à violer les droits fondamentaux. Pour les défenseurs des droits humains, il faut voir au-delà de l’incident isolé : c’est un avertissement adressé à tous ceux qui contestent le Makhzen.
Enjeux et exigences : vérité, justice et mobilisation
Cette affaire doit susciter une réaction ferme de la communauté internationale, des défenseurs des droits humains et des médias.
Il est urgent d’exiger :
• L’ouverture d’une enquête indépendante et transparente sur les circonstances de l’agression de Sion Assidon.
• La protection effective de tous les militants pro-palestiniens et anticolonialistes au Maroc.
• La fin des pratiques de répression, d’arrestations arbitraires et d’agressions physiques contre les opposants politiques.
Le régime marocain, s’il veut prétendre au respect des droits humains, doit cesser de persécuter ceux qui défendent la justice et la liberté.
La communauté internationale, les défenseurs des droits humains, et surtout le peuple marocain, doivent exiger la vérité sur cette affaire, défendre les droits des militants et condamner fermement la banalisation de la répression sous toutes ses formes au Maroc.
Car en tolérant cet état de fait, la responsabilité collective devient lourde.
K. H.




