L’ONU redessine le monde, le Makhzen perd sa carte truquée sur le Sahara occidental

Par Kahina Hammoudi
La nouvelle carte adoptée par les Nations unies ne se contente pas de corriger des proportions cartographiques : elle vient contredire, sur le plan visuel, les prétentions marocaines sur le Sahara occidental. Le territoire y apparaît clairement séparé du Maroc, rappelant que ce dossier reste, pour l’ONU, une question de décolonisation et d’autodétermination du peuple sahraoui — et non une affaire territoriale marocaine réglée.
Une carte qui contredit la rhétorique de Rabat
Le Makhzen a longtemps mobilisé cartes, couleurs et tracés pour imposer sa propre représentation des frontières. La carte onusienne offre désormais une référence concurrente, produite par une institution internationale, qui isole visuellement le Sahara occidental du territoire marocain. Pour des millions de personnes qui découvrent le monde à travers manuels scolaires, médias ou plateformes numériques, ce choix de représentation façonne une perception politique bien au-delà du simple exercice géographique.
Un vote massif, porté par l’Afrique
La résolution a été portée par le Togo, avec le soutien de l’Union africaine et de la France. Elle a recueilli l’adhésion de 164 pays à l’Assemblée générale, contre une seule voix américaine opposée, et six abstentions (Ukraine, Moldavie, Estonie, Serbie, Lituanie, Géorgie). Le texte pousse à l’adoption d’une projection cartographique plus fidèle aux superficies réelles — la projection « Equal Earth » — en rupture avec la projection de Mercator, qui gonfle visuellement les régions proches des pôles au détriment de l’Afrique et du Sud global.
Le Sahara occidental face au récit marocain
Pour plusieurs analystes, ce basculement dépasse la technique cartographique. Le politologue Mohamed Salah Jamal estime que « l’ampleur du vote — 164 voix contre une seule opposition américaine — traduit le poids croissant des initiatives africaines dans les enceintes multilatérales ». Il souligne qu’une présence effective sur un territoire ne suffit pas à en régler le statut juridique international, celui-ci relevant des mécanismes onusiens de décolonisation.
Le chercheur en études sécuritaires Mustapha Kamal Damani relie cette carte aux récentes prises de position européennes sur le statut du Sahara occidental, y voyant une évolution qui referme l’espace laissé à la propagande marocaine cherchant à imposer une autre lecture de la position des Nations unies. Il rattache par ailleurs le soutien français à des considérations d’intérêt plus larges, notamment la relation de Paris avec Alger sur les dossiers énergétiques et sécuritaires.
Pour l’analyste politique Farouk Teyfour, une carte n’est jamais neutre : « elle participe à la construction de la perception du public sur un territoire ». La séparation visuelle imposée par l’ONU introduit, selon lui, un nouveau front dans une bataille de récits qui dépasse le terrain militaire pour toucher à la légitimité internationale et aux alliances diplomatiques.
Cette carte vient ainsi rappeler une réalité que la diplomatie marocaine s’efforce depuis des années d’effacer : le Sahara occidental figure toujours, aux yeux du droit international et de l’ONU, sur la liste des territoires non autonomes en attente de décolonisation. Aucun accord bilatéral, aucune reconnaissance isolée d’un État tiers, ne peut se substituer à ce statut fixé par les résolutions onusiennes. La présence marocaine sur le terrain relève d’une occupation d’un territoire dont l’ONU elle-même refuse d’entériner l’annexion — une position que cette nouvelle carte vient matérialiser noir sur blanc.
K. H.




