Le marché des assurances tente sa mue institutionnelle

Par Lynda.N

Le marché algérien des assurances veut changer de nature. Son organisation patronale, l’Union Algérienne des Sociétés d’Assurance et de Réassurance (UAR), a publié un rapport d’activité 2025 qui acte une rupture de posture : le secteur ne veut plus se limiter à gérer des sinistres automobiles. Il veut financer l’économie nationale.

Le changement le plus concret annoncé concerne l’investissement. L’UAR évoque la création d’un fonds adossé aux actifs des compagnies, destiné à rediriger l’épargne captée par le secteur vers des financements d’infrastructure ou de marché financier.

Dans les économies développées et dans plusieurs marchés émergents d’Asie ou d’Amérique latine, les assureurs figurent parmi les premiers investisseurs institutionnels.

En Algérie, cette pratique reste quasi inexistante. Le projet, encore au stade de l’intention selon le document, signale néanmoins une prise de conscience sur ce retard structurel.

Le volet numérique suit la même logique de rattrapage. L’UAR recense plusieurs chantiers engagés ou annoncés, parmi lesquels l’attestation d’assurance automobile sous format digital, le constat amiable dématérialisé, des plateformes de conformité et de lutte contre le blanchiment de capitaux, ainsi que des projets d’intelligence artificielle appliqués à la gestion des risques. Le marché a longtemps fonctionné avec des flux papier massifs et une interconnexion limitée entre opérateurs.

La montée en compétences techniques accompagne ce mouvement : l’UAR a accueilli à Alger la Conférence Arabe des Actuaires en 2025 et organisé des sessions de formation sur les sukuk souverains et les outils de conformité KYC (connaissance du client), avec l’objectif affiché de recruter des profils d’actuaires et d’analystes de risques, encore rares sur le marché local.

Le document reste cependant discret sur plusieurs indicateurs que les acteurs du secteur considèrent comme déterminants.

Les délais d’indemnisation, régulièrement mis en cause par les assurés particuliers et les entreprises, n’y font l’objet d’aucun engagement chiffré. Le taux de pénétration de l’assurance dans l’économie algérienne, structurellement bas par rapport aux pays comparables d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient, n’est pas traité comme un objectif prioritaire assorti d’indicateurs de progression.

Sur un marché où les compagnies publiques contrôlent les segments les plus rentables, les incitations à améliorer la qualité de service restent mécaniquement limitées.

Le prochain rapport d’activité de l’UAR, attendu pour 2026, dira si les fondations posées l’année précédente ont tenu la mise en charge.

L.N

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