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La nouvelle de la semaine: L’imam “Doujabil”

Une fois par semaine, Nahla Rif occupera cet espace pour nous servir avec passion une de ses nouvelles. Pour les intimes, c'est Neikhla Larbi. De formation, elle est architecte. De métier, journaliste. De nature, elle est surtout généreusement belle. D'un charme qui écrit et qui s'écrit... suivons là..

Vendredi matin l’imam “Doujabil” (eau de javel) assis à l’arrière de son Herbil, prie en gueulant dans son porte-voix, les habitants de cette sourde cité, pour descendre acheter ces détergents bas de gamme à bon prix.

-C’est déjà l’heure de la prière ? Qu’est-ce qui se passe ?
Kamel saute du lit et sort sur le balcon en maugréant.

Il était sur le point d’embrasser Mina quand cet énergumène l’a réveillé.
Eh oui… s’il avait été chanceux comme son cousin Karim ou comme son frère, il serait chez lui avec une épouse bien à lui.

Il se dit, tout en se frottant les yeux, qu’il valait mieux pour lui retourner se rouler dans ses draps. Peut-être va-t-il rêver à nouveau de Mina.

Samedi après-midi, parce qu’il adore roupiller, Kamel a pris la voiture et s’est rendu au bled. Au village, il peut bomber le torse. Personne ne sait rien de lui. Il est en plein déboires judiciaires, mais ce qui est important pour lui c’est ce bonheur, bref soit-il, de croiser la cousine Lila quand il se rend chaque soir chez son oncle Arezki.

Kamel aime collectionner les femmes. Sa préférée ? Mina qui dépense des sommes faramineuses chez la coiffeuse pour éclaircir ses cheveux et se faire blonde ? Non.

Derrière ses lunettes polarisées, une cigarette fumée à moitié, calée entre l’index et le majeur, Kamel jure par tous les saints et même sur la tête de son père toujours en vie, qu’il n’y a que Dalel dans sa triste vie.

Tout en ajustant sa robe kabyle, Dalel regarde ses tongs et lui murmure un “mon œil” dans l’oreille.
-Mais qu’ai-je à faire de cette immature ?

Quadragénaire, Kamel échafaude depuis vingt ans des projets qui n’ont jamais vu le jour. Il vit dans l’ombre de son frère aîné qui, après des études poussées en finances, a décroché un poste important dans une multinationale de renom. Hamid vit à l’étranger, il a fondé une famille, ses parents qui lui rendent régulièrement visite, ne manquent jamais d’énumérer les qualités de leur fils prodigue jusqu’à rendre Kamel vert de jalousie.

Quand il se regarde dans la glace, il se dit qu’il a des airs d’al Pacino, il est même un peu plus grand que “The God Father” et qu’il aurait pu être acteur.
Travailler ? C’est le retour à l’amère réalité.

À quarante cinq ans, vivre toujours sous le toit parental, ne même pas avoir de quoi faire le plein d’essence…bof…Mina, Dalel, Radia et Zina sont folles de lui.

Quand il lui arrive de revendre un des objets entassés dans son capharnaüm, il invite l’une des filles à sortir. Des escapades dominicales dans la ville de l’ouest où il fait si bon vivre.

De retour chez lui, sa mère la mine renfrognée, lui “assène” toutes les remarques dénigrantes comme autant de coups de massue et le mettrait à genoux. Pour ne pas changer, son père s’enferme dans un mutisme que Kamel ne peut plus supporter.

À l’appel de l’imam “Doujabil”, il ne manque pas de regarder par la rambarde du balcon, et comme toutes les fois précédentes, il voit Zinou, son voisin trentenaire, les bras chargés de courses qui lui lance un “saha” que Kamel déteste.

Il n’est entouré que de rivaux, comme ce Zinou, commandant de bord qui rend visite chaque vendredi matin à ses parents et il ne vient jamais les mains vides.

Kamel les envie tous. Il les hait pour leur réussite et leur fulgurante ascension sociale. Il bombe son torse puis regarde sa bedaine et ce corps libidineux.

Il va falloir arrêter de manger trop de pain, se promet-il. Il fait très beau en cet énième vendredi d’oisiveté. Kamel agrippe son iPhone 16, va sur son compte Facebook, se met à scroller et s’arrête dès qu’un profil féminin l’attire. Il clique sur la photo, l’agrandit, et bascule sur Messenger.
-Bonjour, Kamel d’alger !
Au diable les remontrances de sa monstrueuse mère, au diable la réussite de son frère, de Zinou…il est heureux.

Le ciel est bleu et il a toute la vie pour se trouver un job. C’est un homme après tout, et l’argent, ce n’est pas tout dans la vie..tant qu’il y a des femmes, tant qu’il y a Dalel.

Nahla Rif

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