A la Une

L’Algérie parie sur l’hydrogène vert : un guide allemand dévoile les contours d’un pari à 25 milliards de dollars

Par Kahina Hammoudi 

L’Agence allemande de coopération internationale (GIZ) a publié en août 2026, à la demande du ministère allemand de l’Économie et de l’Énergie, un guide d’investissement consacré à l’hydrogène vert et aux applications Power-to-X en Algérie. Ce document a été élaboré par le bureau GIZ Algérie, en partenariat avec la Chambre algéro-allemande de commerce et d’industrie (AHK Algérie) et le cabinet MIDEAST LAW, dans le but d’offrir une lecture complète du climat d’investissement ainsi que des cadres juridiques et fiscaux qui encadrent ce secteur naissant.

Soleil, vent et géographie : les atouts naturels de l’Algérie

Le guide met en avant la diversité des atouts du pays : l’immensité de son territoire, son fort ensoleillement et son potentiel éolien. À cela s’ajoute un argument stratégique de taille — la possibilité de connexion au corridor SoutH2, destiné à acheminer l’hydrogène vers l’Europe en passant par la Tunisie, l’Italie et l’Autriche, jusqu’en Allemagne. L’Algérie se positionne ainsi comme un maillon clé de la nouvelle route énergétique reliant l’Afrique du Nord au cœur industriel européen.

Des objectifs chiffrés à l’horizon 2040

Sur le plan quantitatif, le document fixe un cap ambitieux : atteindre une production de 40 térawattheures entre 2030 et 2040, soit l’équivalent de 1,25 million de tonnes d’hydrogène. Cette montée en puissance passera par la réalisation d’installations pilotes d’une capacité comprise entre 2 et 4 mégawatts, avant l’entrée en service d’une installation de référence de 50 mégawatts d’ici 2030, soutenue financièrement par la banque allemande de développement KfW.

Sonatrach en première ligne

Le guide s’attarde également sur le plan présenté par Sonatrach, qui prévoit le développement de 30 gigawatts d’énergies renouvelables destinées à alimenter des électrolyseurs d’une capacité totale de 12 gigawatts. Cette dynamique s’inscrit dans un objectif plus large : atteindre 15 000 mégawatts de capacité solaire installée d’ici 2035.

100% de capital étranger : la levée d’un verrou symbolique

Point particulièrement suivi par les investisseurs potentiels, le secteur de l’hydrogène vert n’étant pas classé parmi les secteurs stratégiques, les investisseurs étrangers peuvent y détenir jusqu’à 100% du capital — une manière de dire que la règle des 49/51% ne s’applique pas à cette industrie. À cela s’ajoutent des incitations inscrites dans la loi de finances 2026, notamment l’exonération des droits de douane sur les électrolyseurs. Le financement reste néanmoins le principal défi : plus de 25 milliards de dollars seraient nécessaires pour une production d’hydrogène à grande échelle.

L’Algérie, future plaque tournante énergétique de l’Europe ?

Au-delà des chiffres, ce guide illustre une ambition plus large : celle de faire de l’Algérie un acteur central de la transition énergétique continentale et internationale. Le pays, déjà fournisseur historique de gaz naturel pour l’Europe, cherche désormais à renforcer son rôle de porte d’entrée énergétique — non plus seulement pour les hydrocarbures classiques, mais aussi pour l’énergie propre. Une évolution qui pourrait ouvrir une nouvelle génération de partenariats économiques durables entre les deux rives de la Méditerranée.

K. H. 

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page